•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La menace négligée des volcans

Radio-Canada

Les spectaculaires éruptions des volcans de Fuego, au Guatemala, et Kilauea, à Hawaï, remettent à l'avant-plan les dangers reliés aux volcans. Les prenons-nous trop à la légère?

Un texte de Ximena Sampson

Il y a environ 1500 volcans actifs dans le monde. Plus de 400 millions de personnes vivent à moins de 100 km des 220 considérés comme les plus dangereux. Mais pourquoi choisir de s’installer dans ces régions à risque?

Éruptions volcaniques des 50 dernières années

Source : National Centers for Environmental Information


C’est le résultat d’une analyse coût-avantage, croit Alanna Simpson, spécialiste de la gestion des risques de catastrophe à la Banque mondiale.

« Les sols volcaniques sont parmi les plus fertiles de la planète », explique-t-elle. Grâce à leur richesse en minéraux, on peut parfois faire jusqu’à trois récoltes par année, alors qu’ailleurs on n’en fera qu’une.

Et si un volcan n’est pas entré en éruption depuis des décennies, sa proximité semble moins menaçante.

Une femme cultive son champ alors qu'un épais nuage de cendre s'élève du volcan Agung.Le volcan Agung, en Indonésie, en novembre 2017. Photo : Reuters / Nyimas Laula

« On parle d’un risque acceptable, c’est-à-dire que les gens acceptent de vivre dans des zones à risque parce qu’ils en tirent des bénéfices au quotidien qui sont bien plus importants que le risque global », pense Julie Morin, du Laboratoire magma et volcans de l’Université Clermont Auvergne à Clermont-Ferrand, en France.

Connaître son volcan

Cependant, accepter ce risque ne veut pas dire qu’il ne faut pas tenter de le limiter. Et pour cela, il faut comprendre le volcan que nous côtoyons.

D’abord, en étudiant son « histoire éruptive », puis en effectuant une surveillance constante, et en informant la population, soutient Elizabeth Rovere, présidente de l’ONG Gevas Red Argentina (Groupe d’étude des volcans, de l’environnement et de la société), et docteure en géologie de la Faculté de sciences exactes et naturelles de l’Université de Buenos Aires.

« Les cartes du danger seront différentes pour chaque volcan », explique-t-elle.

Des amoncellements de roche fondue entourent des palmiers.De la lave refroidit dans la cour arrière d'un résident de Leilani Estates, à Hawaï. Photo : Reuters / Terray Sylvester

Par exemple, à Hawaï, ce sont les coulées de lave qui représentent le principal danger. Leur direction potentielle doit donc être clairement indiquée sur les cartes.

Dans le cas du volcan de Fuego, au Guatemala, c'est le déplacement des flux pyroclastiques, des coulées de lave, des chutes de cendres et des lahars qu'il aurait fallu surveiller.

« Il doit y avoir une carte simple pour la communauté et une carte technique pour les scientifiques », affirme Mme Rovere.

Ensuite, « il y a un impératif absolu, qui est de faire des bons plans d’aménagement du territoire en évitant d’implanter trop d’activités humaines dans les zones menacées par les aléas volcaniques », croit Julie Morin.

Mais cette recommandation ne semble pas vraiment avoir été suivie au cours des dernières décennies. Depuis 1975, l’urbanisation à proximité des volcans a augmenté de 139 %, selon une étude de la Commission européenne.

Quelque 5,5 % des habitants de la planète vivent à proximité d’un volcan. Pour ces populations, il faut donc se préparer à toute éventualité.

Cela implique d’abord de savoir que l’on habite une zone dangereuse – ce que les gens ignorent parfois – et d’avoir accès à des cartes des routes d’évacuation, croit Elizabeth Rovere.

Un système très efficace utilisé au Mexique, dit-elle, est d’installer des signaux lumineux dans des lieux publics pour informer la population de l’imminence d’une éruption. Leur couleur passe du vert au jaune puis au rouge selon le niveau d’alerte.

Mais ces alertes ne fonctionnent que si les gens savent comment réagir.

Le Japon, un pays très exposé aux risques volcaniques, est un exemple à suivre, affirme Alanna Simpson. « Ils ont un système de calibre mondial pour surveiller tous leurs volcans », affirme-t-elle. Dans les villes à risque, les écoliers font fréquemment des simulations et s'entraînent à l'utilisation d'un masque à gaz.

Le Chili, la Colombie et l’Équateur font également du bon travail en ce qui concerne la planification stratégique, croit Elizabeth Rovere.

Elle cite notamment l’évacuation de Chaitén, au pied du volcan du même nom, au Chili, en 2008. Les 4000 habitants de ce village côtier ont été évacués en 24 heures, après l’éruption du volcan, qui était inactif depuis un millier d’années. Il n’y a eu aucune victime directe lorsqu’un lahar a détruit le village un peu plus tard.

Un danger insoupçonné

Un volcan en éruptionLe mont Tavurvur entre en éruption à Rabau, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, le 30 août 2014. Photo : Getty Images / NESS KERTON

Cependant, bien des volcans dans le monde ne sont pas adéquatement surveillés. C’est surtout le cas dans les pays en développement, précise Alanna Simpson.

« Par exemple, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, soutient-elle, il y a une vingtaine de volcans actifs, mais un seul est constamment sous surveillance ».

Après une catastrophe, les autorités réagissent en investissant dans la recherche et la prévention. Mais les années passent et on oublie, soutient Mme Simpson.

« Une bonne analogie est celle des tsunamis », croit-elle. « Après la tragédie de 2004 [dans laquelle 280 000 personnes sont mortes], il y a eu des investissements massifs dans la recherche sur les tsunamis et sur la prévention, mais ça s’est estompé avec le temps. C’est la nature humaine ».

Incidents et catastrophes naturelles

International