•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Ottawa lui refuse un visa malgré une invitation à une visite exploratoire par le Manitoba

Une femme et quatre enfants sur une plage.

Rabha Boucheta et ses quatre enfants. Mme Boucheta, son mari et leurs enfants souhaitent immigrer au Manitoba.

Photo : Rabha Boucheta

Radio-Canada

Une Algérienne qui voudrait s'installer au Manitoba n'a pu obtenir de visa du gouvernement fédéral, même si elle était invitée par la province à une visite exploratoire. Cette situation est plus courante qu'on ne le pense, selon une agente en immigration.

Un texte de Gavin Boutroy

Rabha Boucheta est mariée, a quatre enfants et habite dans la région de la grande Kabylie, en Algérie. Psychologue de formation, la femme de 39 ans a du mal à trouver un emploi dans son domaine. Elle travaille comme agente de bureau.

« Si vous parlez de la petite Kabylie, de la grande Kabylie ou d'autres petites régions, il n’y a pas de travail. Et des femmes comme moi, il y en a beaucoup qui souffrent. On a fait des études, mais pour rien », affirme Rabha Boucheta.

Elle a donc décidé de chercher une meilleure vie ailleurs. En 2015, alors qu'elle se renseignait pour immigrer au Québec, elle a découvert le Manitoba.

Un avenir meilleur

En novembre 2016, elle a déposé un dossier pour entamer le processus d’immigration avec le programme des candidats du Manitoba (PCM). Ce programme permet aux provinces de sélectionner et de soutenir des candidats à la résidence permanente.

En octobre 2017, le gouvernement du Manitoba a approuvé sa participation à une visite exploratoire, organisée avec l'appui de son organisme partenaire en immigration francophone, le Conseil de développement économique des municipalités bilingues du Manitoba (CDEM).

Rabha Boucheta a acheminé au gouvernement fédéral sa demande de visa de visiteur, appuyée par une lettre du Manitoba et une lettre du CDEM datée de mars 2018.

« Afin d’être admissibles sous le volet stratégique du PCM, les personnes cherchant à immigrer au Manitoba doivent effectuer une visite exploratoire avant de déposer leur demande au PCM. Cette visite est approuvée au préalable par le ministère de l’Immigration du Manitoba après avoir évalué les diplômes, l’expérience de travail, les fonds d’établissement et le niveau linguistique du candidat », indique la lettre du CDEM.

Visa de visiteur refusé

Sa demande de visa a été refusée. Le gouvernement fédéral n’était pas convaincu que Mme Boucheta quitterait le Canada au terme de son séjour d’une semaine.

Une lettre du gouvernement du Canada.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La lettre indiquant le motif du refus de visa de visiteur de Mme Boucheta.

Photo : Rabha Boucheta

« Vous savez ce qui m’a fait le plus mal, c’est cette phrase-là », déclare Mme Boucheta, consternée. « J’ai quatre enfants [...] mon mari, sa famille, ma mère qui est malade », dit celle qui devait passer une semaine, sans sa famille, au Canada.

Une mère, quatre enfants, elle abandonne tout le monde alors qu’elle était en processus d’immigration, que son dossier était admissible, et vous dites que je vais rester au noir? Qu’est-ce que je vais gagner en restant au noir?

Rabha Boucheta

Qui a besoin d'un visa?

L’agente d’immigration du CDEM, Brigitte Léger, explique que des Européens viennent régulièrement en visite exploratoire au Canada et qu’ils n’ont pas besoin de visa de visiteur.

Cependant, poursuit-elle, « parce qu’on dessert et qu'on recrute des immigrants francophones », nombre de candidats proviennent du Maghreb et d’autres régions francophones de l’Afrique. Le Canada exige que les visiteurs de la plupart de ces pays obtiennent un visa.

« Maintenant, ce visa, c’est une demande qui est faite directement au gouvernement du Canada, souligne Brigitte Léger. Nous n’avons aucune influence. On leur donne une lettre expliquant c’est quoi une visite exploratoire, et comment les candidats ont été sélectionnés et vérifiés. La province leur donne une lettre les invitant à faire cette visite exploratoire, là. »

Mme Léger indique que, dans la majorité des cas, c’est suffisant pour l’obtention d’un visa. « Mais ça arrive assez souvent que les visas soient refusés », ajoute-t-elle.

Le Canada a toujours cette peur que les candidats arrivent au Canada et ne pas retourner chez eux.

Brigitte Léger, agente d’immigration au CDEM

« Ça fait 11 ans que je fais ça [...] et je peux vous dire qu’il n’y a pas une seule fois, dans toutes ces années, qu’un candidat est resté au Canada et n'est pas retourné dans son pays. Ils sont en bonne voie vers une résidence permanente, ils ont déjà été sélectionnés, il n’y a aucune raison qu’ils ne vont pas recevoir cette résidence permanente », ajoute Mme Léger.

Des refus justifiés?

Le gouvernement refuse d'accorder des visas de visiteur pour plusieurs raisons. « Premièrement, ça peut être des demandes qui sont incomplètes, parce que j’ai souvent vu des candidats qui ont été refusés une première fois, et qui sont approuvés une deuxième ou une troisième fois. Ça veut dire qu’ils ont ajouté des documents d’appui », note Mme Léger.

Toutefois, elle croit aussi qu’il y a un problème de communication entre les provinces et les établissements consulaires canadiens d’outre-mer. « On a souvent soulevé nos inquiétudes auprès des ambassades », indique-t-elle.

« Je crois qu’à l’interne il y a un manque de communication sur les critères des programmes dans les différentes provinces, et on est constamment en train d’essayer de travailler avec eux », ajoute Mme Léger.

Un autre obstacle qu’elle relève, c'est le roulement du personnel dans les ambassades. Les demandes de visite exploratoire dans le cadre du PCM ne sont pas communes dans les consulats, selon Mme Léger. Ainsi, le personnel ne se rend pas compte de la nécessité de cette visite.

« Une fois qu’un certain personnel s'habitue au fait que c’est une réalité, qu’il y a effectivement le besoin de faire une visite, cette personne-là reste un an, deux ans dans l’ambassade, et puis elle part, et il y a un nouveau personnel qui arrive », poursuit Mme Léger.

Au moment de publier cet article, le ministère de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté du Canada n’avait pas pu fournir des informations sur la fréquence des refus de visa de visiteur aux candidats potentiels de provinces, et sur la communication entre les consulats et les provinces.

Quant à Mme Boucheta, elle prépare une nouvelle demande de visa pour une visite exploratoire au Manitoba. Mais, de peur d’essuyer un nouveau refus, elle demandera aussi un visa pour aller en France et rencontrer le personnel consulaire canadien à Paris.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Francophonie

Société