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Votre groupe sanguin peut vous prédisposer à la tourista

Une jeune fille souffre d'intenses maux de ventre.
Votre sensibilité à la diarrhée du voyageur varie selon votre groupe sanguin, montre une nouvelle étude américaine. Photo: iStock

Votre confort lors de voyages dans le Sud ou dans d'autres régions éloignées pourrait dépendre de votre groupe sanguin. Ce que beaucoup connaissent sous le nom de tourista ou de diarrhée du voyageur frapperait plus les personnes des groupes sanguins A ou AB.

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné

Avis aux personnes du groupe sanguin de type A, vos risques de passer vos vacances dans le Sud à chercher des salles de bain avec l’énergie du désespoir sont plus élevés que pour les personnes d’autres groupes sanguins.

D'après une étude parue dans le Journal of Clinical Investigations (Nouvelle fenêtre), la bactérie E. coli, qui est l’une des principales responsables de graves diarrhées à travers le monde, aurait plus de facilité à s’installer chez des personnes de groupe sanguin de type A.

Cette découverte dépasse largement la situation des vacanciers, puisque les infections à E. coli sont responsables de centaines de milliers de morts chaque année, surtout chez les enfants dans les pays en voie de développement.

Un touriste qui s’accroche

Une des raisons pour lesquelles l'E. coli cause beaucoup de problèmes de santé est qu’elle sécrète des toxines qui inversent le rôle des pompes microscopiques présentes sur les cellules intestinales, qui normalement absorbent l’eau dans notre système digestif.

Cela n’arrive pas à tout le monde. Si, chez certaines personnes, la maladie entraîne une déshydratation au point d’en être mortelle, pour d’autres, elle ne provoquera que des symptômes temporaires, tandis que certains individus ne seront même pas malades.

Vue au microscope de la bactérie E. coliUne protéine de la bactérie E. coli accélère l'infection au contact de molécules spécifiques aux personnes de groupe sanguin A. Photo : iStock

Par le passé, d’autres études avaient montré que certains groupes sanguins étaient plus affectés que d’autres. Il existe quatre groupes sanguins, A, B, AB et O, tous pouvant être positifs ou négatifs. Ces catégories représentent en fait des types de chaînes de sucres présents à la surface des globules rouges ou d’autres cellules du corps.

Boire de l'eau contaminée

Afin de comprendre le lien entre ces molécules et les risques pour la santé, les chercheurs ont suivi 106 volontaires à qui on avait administré de l'eau contenant une souche d'E. coli isolée d'une personne souffrant de grave diarrhée.

En cinq jours, 81 % des volontaires de type A ou AB ont souffert d’une diarrhée allant de modérée à grave, contre environ 50 % de ceux des groupes sanguins O ou B. Toutes les personnes ayant participé ont ensuite été soignées avec des antibiotiques.

Cette différence de 30 % est causée par une protéine à la surface de l'E. coli, appelée EtpA, qui se rattache comme des câbles aux molécules des cellules sanguines de type A, mais beaucoup moins sur celles de type B ou O.

Ces molécules sont également présentes sur de nombreux tissus du corps, dont les cellules à la surface de l’intestin. L'E. coli s’en servirait pour s’y installer plus facilement.

Des individus de tous les groupes sanguins risquent de tomber malades si des précautions ne sont pas prises, mais l’étude montre que ces risques sont plus grands chez certains.

Couper les câbles

Jusqu’à maintenant, il est difficile de se défendre contre cette bactérie, car il en existe plusieurs variétés. Elles n’ont pas toutes le même degré de dangerosité et chacune possède des protéines ou des antigènes de surface différents. Ces multiples identités complexifient beaucoup le développement de mesures préventives comme des vaccins.

Toutefois, l’étude montre que, au lieu de s’attaquer à la bactérie, un vaccin contre la protéine EtpA permettrait de diminuer les risques chez les personnes les plus sensibles en empêchant la bactérie d’adhérer plus facilement à l’intestin.

À première vue, un vaccin peut sembler une mesure exagérée, surtout que le fait de se laver les mains et de consommer de l’eau en bouteille diminue fortement les risques chez les touristes. Des installations sanitaires de base pour filtrer les bactéries hors de l’eau dans les pays en développement ont aussi le potentiel de détruire plusieurs organismes pathogènes à la fois.

Il faut toutefois se rappeler que le plus grand nombre de morts dans ce type d’infection se retrouve chez les enfants, qui ne peuvent pas nécessairement prendre ces précautions. Ce genre d’infection à répétition en bas âge peut aussi mener à la malnutrition ou à des problèmes de croissance. Cette découverte pourrait aider à éviter ces complications.

Science