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BEF : on demande un super ministère pour l'éducation française au Manitoba

12 personnes sont regroupées pour la photo, dauns une salle, derrière une table où on voit des copies du rapport.

Les partenaires pour l'éducation en français, un regroupement de plusieurs organismes, ont rendu public le rapport qui détaille la vision d'avenir et les solutions qu'ils proposent à la province, à la suite des changements survenus au Bureau de l'Éducation française à l'automne 2017.

Photo : Radio-Canada / Gavin Boutroy

Radio-Canada

Les partenaires pour l'Éducation en français rendent public lundi le rapport qu'ils ont remis à la province, fruit de la réflexion menée depuis plusieurs mois sur l'avenir de l'éducation en français au Manitoba. Au-delà de la réintégration d'un francophone au poste de sous-ministre adjoint responsable du Bureau de l'éducation française, les auteurs plaident pour une refonte complète du système.

Un texte de Barbara Gorrand

Les partenaires pour l’éducation en français, qui sont aussi membres du comité de travail conjoint mis sur pied par la province, formulent trois recommandations dans un rapport assez court.

Ils demandent ainsi la création d’un poste de sous-ministre bilingue, et veulent une nouvelle structure regroupant le continuum en éducation de langue française, soit un super ministère responsable de programmes « allant du berceau à la berçante ».

Rectificatif
Une version précédente de ce texte disait que les organismes demandent la création d'un poste de sous-ministre adjoint bilingue.

Si ces deux recommandations ne sont pas acceptées, ils demandent à la province de rétablir le poste de sous-ministre adjoint tel qu’il existait avant les compressions de l'automne dernier, en assurant qu’il soit désigné bilingue.

Les partenaires ont aussi déposé lundi un deuxième rapport plus long, de 196 pages, qui trace le bilan des rencontres printemps et rappelle que « jamais depuis l’instauration des écoles d’immersion (1973) et la création de la Division scolaire franco-manitobaine (1994), avait-on discuté de l’éducation en français avec la communauté et les acteurs ». Ce rapport fait état d’une vingtaine de grandes enjeux qui comportent plusieurs volets, totalisant 94 recommandations.

Rappel des événements

En octobre 2017, on apprenait la mutation de l'ancien sous-ministre adjoint au ministère de l'Éducation, Jean-Vianney Auclair.

Le Bureau de l’éducation française (BEF) passait alors sous la responsabilité d’un sous-ministre adjoint anglophone.

Cette goutte d’eau, qui a fait déborder le vase du mécontentement de la communauté francophone du Manitoba, a donné lieu à une vaste réflexion autour de l’éducation française dans la province.

Un Forum en éducation s’est tenu fin avril pour proposer des solutions pérennes pour l’éducation en français.

Qui a organisé le Forum?

L’équipe du BEF, le ministère des Affaires francophones et le comité de travail des Partenaires de l'éducation en français, représentant les organismes suivants : Manitoba Teachers' Society, Fédérations des parents du Manitoba, Société de la francophonie du Manitoba, Division scolaire franco-manitobaine, Université Saint-Boniface.

Un super-ministère du berceau à la berçante

En allant au-delà du simple retour du poste de sous-ministre adjoint francophone, les partenaires pour l’éducation en français offrent au gouvernement manitobain une possibilité de sortie de crise qui lui permettrait de ne pas revenir sur sa décision.

C’est ainsi que l’analyse Jules Rocque, professeur à la faculté d’éducation de l’Université de Saint-Boniface.

Jules Rocque

Jules Rocque, professeur de la Faculté d’éducation de l’Université de Saint-Boniface, à Winnipeg.

Photo : Radio-Canada

« Ce rapport propose un pas de plus par rapport à la situation que l’on connaissait, avec la création d’un super-ministère, explique-t-il. En regroupant sous un même parapluie toute la question de l’éducation, du berceau à la berçante, le ministre ne revient pas sur sa décision initiale mais, après consultation, détermine que cette nouvelle structure est la mieux adaptée à l’éducation française au Manitoba. Tout le monde sort gagnant. »

Dix enjeux ont guidé la réflexion des participants au Forum du 23 avril :

  • Appui aux familles
  • Identité culturelle et insécurité linguistique
  • Éducation spécialisée
  • L’enseignement en français au Manitoba
  • Fidélisation à l’éducation en français
  • De la maternelle à la 12e année
  • La participation et la contribution à la communauté francophone
  • La petite enfance
  • Structures administrative et politique
  • Postsecondaire et formation continue

Un BEF autonome et indépendant

Le partenaires souhaitent également que le BEF soit une entité indépendante et autonome. Ce qui semble contradictoire avec la première recommandation, à savoir qu’un sous-ministre du gouvernement soit responsable du BEF.

« Pas si le sous-ministre est francophone. À ce moment-là, nous aurions la solution », répond Alain Laberge, directeur général de la DSFM.

« Le BEF est la courroie de transmission avec les écoles, avec les enseignants, avec les examens, avec le matériel, les ressources pédagogiques… Or, si le BEF ne peut pas parler directement avec le ministre de l’Éducation, on rompt le fil », poursuit-il.

Alain Laberge se tient debout en costume-cravate dans une salle de conférence. Il est souriant avec les mains sur les hanches.

Alain Laberge, directeur général de la Division scolaire franco-manitobaine

Photo : Radio-Canada / Gavin Boutroy

« Ce dont nous ne voulons pas, c’est que le ministère de l’Éducation amalgame les services et que les Français se retrouvent à travailler avec les Anglais. Non pas que ce soit mauvais, mais nous avons vu que dès que l’on fait cet amalgame, on ne travaille plus en français au BEF », déplore encore Alain Laberge.

Le directeur général de la DSFM rappelle que 52 % des élèves au Manitoba ont des cours de français, parce qu’ils fréquentent un programme d’immersion ou qu’ils ont des cours de français de base.

« Si 52 % des élèves reçoivent une éducation en français, que près de 2000 enseignants travaillent avec ces enfants-là, et ce sans compter la petite enfance, il serait logique que le gouvernement prenne en compte notre besoin de représentativité solide au Ministère. »

Une province officiellement bilingue?

Derrière l’instauration de ce super-ministère de l’Éducation, la communauté a également réclamé à plusieurs reprises que la province devienne officiellement bilingue.

« Oui, il y a eu un cri du coeur de la communauté francophone pour dire : nous souhaitons une province bilingue, il faut arrêter de le dire et il faut passer à l’action, reprend Alain Laberge. Vous allez peut-être me traiter de rêveur, mais si on déclare que, dès demain, les enfants auront dès la maternelle un apprentissage en anglais et en français, un peu comme ça se fait en Europe, ce ne sera pas un fardeau sur les épaules des enfants. Et on finira par avoir une province bilingue. »

Jules Rocque s’interroge quant au réalisme de cette demande. « Il n’y a à l’heure actuelle qu’une seule province officiellement bilingue au Canada, comme le précise l’article 16 de la Charte canadienne des droits et libertés : c’est le Nouveau-Brunswick. Or au Nouveau-Brunswick on parle de 31,8 % de personnes qui parlent le français selon les chiffres de 2016. Au Manitoba, on est à 3,2 % », précise M. Rocque.

Un cours de mathématique

Une salle de classe dans une école francophone du Manitoba

Photo : Radio-Canada

Selon lui, il serait en revanche temps de « mettre à exécution tout le pouvoir d’une loi qu’on a déjà adoptée au Manitoba », à savoir la Loi sur l’appui à l’épanouissement de la francophonie manitobaine.

« Son objet est d’appuyer le développement de la francophonie manitobaine, et d’assurer le concept d’offre active, c’est-à-dire que les prestations soient disponibles et de qualité comparable à celles qui sont offertes en anglais. Nous avons déjà une belle loi, veillons à ce que personne ne l’oublie, y compris le ministre de l’Éducation. »

Rapport des Partenaires pour l'éducation en français by Radio-Canada on Scribd

Manitoba

Éducation