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Événement de nature homophobe annulé par la paroisse de Saint-Jean, au N.-B.

La Villa Madonna de Rothesay, près de Saint-Jean, au N.-B.

La retraite doit avoir lieu à la Villa Madonna de Rothesay, que possède et exploite le diocèse de Saint-Jean.

Photo : CBC/Julia Wright

Radio-Canada

L'évêque de Saint-Jean, Robert Harris, a annulé l'événement controversé d'un groupe chrétien supposé se tenir fin juillet à Rothesay, près de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick.

La Villa Madonna, à Rothesay, a confirmé à Radio-Canada que l'événement avait été annulé, mais a décidé de ne pas commenter davantage le dossier, préférant attendre une déclaration de l'évêque.

Ce groupe, Journey Canada, se présente comme un ministère non confessionnel centré sur la guérison « relationnelle et sexuelle ».

Il considère que les actes sexuels pratiqués en dehors du mariage hétérosexuel - les actes homosexuels, le sexe oral, la masturbation, etc. - ne respectent pas les limites posées par Dieu à l’expression sexuelle.

Charles MacDougall, coordonnateur des projets pour l'organisme Rivière de fierté à Moncton, affirme qu'il s'agit d'une très bonne nouvelle. « C'est un beau geste, un geste nécessaire, de la part du bishop et de la Villa Madonna. »

C'est une petite victoire, en effet, mais on verra si Journey Canada va continuer à essayer de trouver d'autres lieux au Nouveau-brunswick où ça peut se faire.

Charles MacDougall, coordonnateur des projets pour l'organisme Rivière de fierté à Moncton

Journey Canada affirme dans son rapport annuel 2017 que ses enseignements ont touché 9100 personnes dans 42 villes canadiennes l’an dernier.

Le groupe préparait une retraite intensive à la Villa Madonna de Rothesay, qui appartient au diocèse catholique de Saint-Jean. L’événement devait s'y tenir du 22 au 28 juillet et aurait été le premier de l'organisme au Nouveau-Brunswick.

Pour le moment, Journey Canada n'a pas répondu aux demandes d'entrevues de Radio-Canada.

Il reste donc un flou à savoir si l'annulation de l'événement à la Villa Madonna provoquera un changement d'endroit pour la retraite, où si elle n'aura pas du tout lieu.

Charles MacDougall estime que si l'événement venait à être déplacé à un autre endroit, les opposants seraient toujours présent. « La manif était appelée "Pas de thérapie de conversion au Nouveau-Brunswick" alors si on trouve d'autres lieux où ça se passe, il faut continuer de se mobiliser. C'est pas fini »

La retraite, qui coûterait 1200 $ par personne, s’adresse à des chefs spirituels de confessions diverses. Elle abordera des thèmes comme « les intentions de Dieu concernant les relations humaines et la sexualité » ainsi que « le genre et l’identité ».

Des réactions d'indignation

Une professeure de sociologie de l’Université St. Thomas de Fredericton, Erin Fredericks, affirme que de tels enseignements n’ont pas leur place dans la province.

Erin Fredericks, professeure de sociologie à l'Université St. Thomas de Fredericton

Erin Fredericks, professeure de sociologie à l'Université St. Thomas de Fredericton

Photo : Gracieuseté d'Erin Fredericks

Elle décrit les enseignements de Journey Canada comme une « thérapie anti LGBTQ ».

L’artiste Queer Xavier Gould, alias Jass-Sainte, abonde dans le même sens. « À la fin de la journée, c’est quand même convertir des gens gais comme s’ils sont malades », a-t-il déclaré en entrevue à l’émission Le Réveil Nouveau-Brunswick de Radio-Canada.

Le jeune humoriste en entrevue à l'émission Le Réveil.

Xavier Gould participe au Gala des Rendez-vous de la Francophonie, animé par l'humoriste Jean-Michel Anctil.

Photo : Radio-Canada / Stéphan Bénard

Journey Canada dément pratiquer des thérapies de conversion

Journey Canada n’a pas répondu à une demande de précisions au sujet des sujets qui seront abordés pendant sa retraite et des compétences de ses animateurs.

Le 1er juin, toutefois, le groupe a émis une déclaration où il dément tout lien avec les thérapies de conversion, une forme de psychothérapie discréditée qui prétend convertir des membres de la communauté LGBTQ en hétérosexuels grâce à une expérience spirituelle.

Ces thérapies ont été bannies en Ontario et au Manitoba.

Xavier Gould croit que le gouvernement du Nouveau-Brunswick pourrait en faire plus pour empêcher ces événements. « Je crois que si le gouvernement est prêt à faire une annonce que les [traverse de piétons] en arc-en-ciel sont correctes, il faut qu'ils disent que non ce n'est pas correct d'avoir des thérapies de conversion au Nouveau-Brunswick. »

Sur son site web, Journey Canada déclare qu’une majorité des participants à ses programmes « connaissent une réduction de leur attirance envers les personnes de même sexe et un espoir, une force et un désir accrus de vivre conformément à leurs croyances personnelles concernant l’éthique sexuelle ».

Il précise que ces transformations personnelles ne sont pas le but premier de ses programmes.

Un message dommageable, selon les défenseurs de la communauté LGBTQ

Même s’il rejette l’expression « thérapie de conversion », Erin Fredericks affirme que la philosophie mise en avant par l’organisation est dommageable pour l’estime de soi des membres de la communauté LGBTQ.

« Ils ne disent pas que vous devez être hétérosexuel, mais ils laissent entendre clairement que vous ne pouvez être LGBTQ et vivre la vie que Dieu souhaite que vous viviez », dit-elle.

Des drapeaux gais pendent le long des clôtures lors du défilé de la fierté, à Montréal.

Les experts du Centre américain de contrôle et de prévention des maladies ont été informés que l'administration Trump leur interdisait l'utilisation de termes comme « diversité » et « transgenres » dans l'élaboration de leur prochain budget.

Photo : getty images/istockphoto / Marc Bruxelle

Nous savons qu’il est très dommageable pour les membres de la communauté LGBTQ de ne pas pouvoir compter sur un environnement favorable [à leur épanouissement]. Cela augmente les risques de suicides, de comportements autodestructeurs et de maladies chroniques liées au stress.

Erin Fredericks, sociologue

« Ça peut être endommageant pour des communautés, parce que tu viens passer ce message-là, puis ça trickle down et tout d’un coup, des gens [...] pensent, ah c’est pas normal...Ça, ça affecte nos jeunes, ça affecte nos communautés [...] », renchérit Justin LeBlanc, de Rivière de fierté, un groupe qui représente la communauté LGBTQ dans le Grand Moncton.

Contacté, l’évêque de Saint-Jean, Robert Harris, a déclaré qu’il « travaillait sur la question ». Il n’a fait aucun autre commentaire.

La Villa Madonna que possède et exploite son diocèse accueille les activités de différents groupes religieux.

Avec des renseignements de Julia Wright, CBC

Nouveau-Brunswick

Communauté LGBTQ+