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  • Exclusif
  • Les relations étaient tendues entre Philippe Pichet et le directeur général de la Ville

    M. Pichet en point de presse au QG du SPVM.

    L'ex-chef de police de Montréal, Philippe Pichet, le 31 octobre 2016.

    Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

    Radio-Canada

    Les relations entre l'ancien chef du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) Philippe Pichet et le directeur général sortant de la Ville ont été tendues tout au long de l'année 2017, jusqu'à la suspension du chef de police, selon ce qu'a appris Radio-Canada. La version des faits de Philippe Pichet est attendue pour la première fois, aujourd'hui, devant la Commission de la sécurité publique de Montréal.

    Un texte de Pascal Robidas

    Rien n'allait plus entre le chef de la police et le directeur général sortant, Alain Marcoux. Selon nos informations, ce dernier voulait réduire le nombre de policiers au SPVM pour assainir les finances de la Ville.

    Mais Philippe Pichet s'y serait opposé à plusieurs reprises, afin de respecter le Plan d'organisation de la police (POP) exigé par le ministère de la Sécurité publique.

    En s'opposant aux coupes budgétaires qui visaient le SPVM, Philippe Pichet se serait rapidement mis à dos le directeur général Alain Marcoux.

    Le DG, souriant, lors d'une conférence de presse.

    Alain Marcoux (archives)

    Photo : Radio-Canada

    Radio-Canada a pu consulter les deux dernières évaluations de rendement de Philippe Pichet produites par Alain Marcoux. Au terme de l'année 2016, le directeur général était optimiste et confiant à l'égard de son chef de police.

    « M. Pichet a atteint les résultats attendus pour l'année 2016 de façon performante. La révision des processus aux enquêtes et leur implantation sont un succès, auquel s'ajoutent les changements structurels implantés dans ce secteur des activités policières. Les autres objectifs ont été atteints de façon pleinement satisfaisante. [...] »

    - Extrait de l'évaluation de Philippe Pichet par Alain Marcoux, directeur général de la Ville de Montréal. (8 février 2017)

    Puis le ton a changé lors de la dernière évaluation de Philippe Pichet, déposée une semaine après sa suspension. La résistance du chef de police aux compressions budgétaires semble avoir déplu au directeur général.

    [...] Le plan de réduction de 45 policiers en 2018 n'a pas été effectué. La non-collaboration manifestée dans l'élaboration du budget 2018 illustre la difficulté de M. Pichet à gérer le changement organisationnel et la gestion des contraintes et des défis de la Ville.

    - Extrait de l'évaluation de Philippe Pichet par Alain Marcoux, directeur général de la ville de Montréal. (11 décembre 2017)

    Anie Samson à la défense de Philippe Pichet

    Anie Samson

    La mairesse sortante de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension Anie Samson

    Photo : Radio-Canada

    L'ancienne responsable de la police à cette époque, Anie Samson, s'explique mal la suspension soudaine et expéditive de Philippe Pichet par décret gouvernemental. Elle rappelle qu'il a lui-même transféré tous les dossiers des enquêtes internes à la Sûreté du Québec.

    « Les problèmes à l'interne au SPVM avaient commencé bien avant l'arrivée de Philippe Pichet », affirme sans détour Anie Samson.

    Sept mois après sa défaite aux élections municipales, l'ex-mairesse de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension prend la parole publiquement pour la première fois, parce qu'elle s'indigne du traitement réservé à son ancien directeur de police.

    Anie Samson était responsable de la Sécurité publique au comité exécutif et présidente de la Commission de la sécurité publique de 2013 à 2017.

    Habituellement, lors de la suspension d’un haut fonctionnaire comme un chef de police, on le rencontre pour lui expliquer les raisons de cette décision. Dans le cas de Philippe Pichet, aucun des standards professionnels ne semble avoir été respecté. Pourquoi s’intéresser au point de vue de M. Pichet maintenant et non pas au moment de sa suspension il y a 7 mois?

    Anie Samson, ancienne responsable de la Sécurité publique et président de la Commission de la sécurité publique

    Elle assure que Philippe Pichet avait toujours la pleine confiance du ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux jusqu'à l'automne 2017. Les communications en coulisses entre la Ville et le ministre étaient sans ambiguïté.

    « Martin Coiteux a exprimé sa satisfaction et sa confiance à plusieurs reprises envers le directeur du SPVM, Philippe Pichet, durant toute la crise de confiance du service en 2017 », assure Anie Samson.

    « D'abord, lors de la présentation du Plan d’action pour améliorer le lien de confiance des citoyens envers le SPVM en mars. Puis, à deux autres reprises, en juin et septembre. Le ministre Coiteux ne doutait pas des compétences du directeur du SPVM pour redresser la situation », ajoute-t-elle.

    Après la défaite d'Équipe Coderre le 5 novembre dernier, l'ancien chef de police se serait retrouvé sans l'appui du directeur général au sein d'une administration municipale en transition avec l'arrivée au pouvoir de Projet Montréal.

    Il y avait des divergences évidentes de point de vue entre les deux hommes sur des dossiers névralgiques.

    Anie Samson, ancienne responsable de la Sécurité publique et présidente de la Commission de la Sécurité publique

    Un mois plus tard, Philippe Pichet a été emporté par le rapport produit par Michel Bouchard à la demande de Martin Coiteux, un document très critique des décisions du chef de police pour redresser le SPVM, malmené publiquement depuis des mois.

    Le choix de Philippe Pichet en 2015

    En 2015, l'ancienne élue rappelle que le climat à la police de Montréal était tendu à plusieurs niveaux avec la loi 15 sur les régimes de retraite, les relations de travail difficiles, la convention collective échue. L'environnement de travail était difficile pour le futur chef de police, dit Anie Samson, qui faisait partie du comité de sélection.

    « [Philippe Pichet] était conscient des problèmes d'organisation au SPVM. Il nous avait prévenus en comité de sélection qu'il entendait faire des changements au SPVM qui allaient déranger. Il s'était identifié comme un haut gradé qui n'appartenait à aucun clan. C'est pourquoi on allait sans doute tenter de le faire couler », conclut Anie Samson.

    Le directeur général sortant de la Ville de Montréal, Alain Marcoux, a décliné notre demande d'entrevue.

    Pour joindre Pascal Robidas: 514-895-0158 ou pascal.robidas@radio-canada.ca

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