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Saison des ouragans : à quoi s’attendre?

Un homme marche sur la plage lors d'une journée ensoleillée. Autour de lui, les palmiers sont presque déracinés et les habitations sont très endommagées.

En 2017, la partie française de l'île de Saint-Martin a été presque totalement détruite par l'ouragan Irma.

Photo : Getty Images / AFP/Martin Bureau

Radio-Canada

La saison des ouragans est amorcée dans l'Atlantique depuis le début du mois. La tempête subtropicale Alberto a toutefois devancé le coup d'envoi officiel, ravivant, une semaine à l'avance, les mauvais souvenirs du passage d'Irma, de Harvey et de Maria dans les Caraïbes et le sud-est des États-Unis. La saison 2018 sera-t-elle aussi mouvementée que l'an dernier?

Un texte de Joëlle Girard

Depuis 1984, l’Université d’État du Colorado (CSU) publie ses prévisions pour la saison des ouragans dans l’Atlantique, tout comme le Service météorologique national américain (NWS), le Consortium sur les risques de tempête tropicale (TSR) et l’Université d’État de Caroline du Nord (NCSU).

De manière générale, ils s’accordent pour prédire une activité similaire ou supérieure à la normale en 2018. Selon les statistiques cumulées de 1981 à 2010, une saison moyenne comprend 12 tempêtes nommées, six ouragans et trois ouragans majeurs (catégorie 3 ou plus).

L’an dernier a connu une saison près de deux fois plus active que la normale, avec 19 tempêtes nommées, dont 10 ouragans et, parmi eux, 6 qui ont été considérés comme majeurs. Il s’agit de la saison la plus active depuis 2005, qui, elle, avait vu déferler 28 tempêtes nommées, dont 15 ouragans.

Selon l’Organisation météorologique mondiale, la saison s'étend officiellement du 1er juin au 30 novembre, soit lorsque la température des eaux de l'Atlantique est suffisamment élevée (26 degrés Celsius) pour déclencher un cyclone tropical. Les dates réelles varient toutefois d’année en année, comme nous l’a démontré la tempête Alberto.

Les caprices d’El Niño et La Niña

Divers facteurs cruciaux permettent aux prévisionnistes de déterminer le degré d’activité de la saison des ouragans. Parmi eux se trouve la probabilité d’un développement du courant El Niño dans l’est de l’océan Pacifique, au large du Pérou et de l’Équateur.

Ce courant côtier, chaud et saisonnier, survient après Noël, de janvier à avril. Il se caractérise par des températures anormalement élevées le long de la côte pacifique de l’Amérique du Sud.

En somme, les années où le phénomène se développe avec un minimum de vigueur, la saison des océans tend à être moins active dans l’Atlantique. L’inverse est aussi vrai pour sa phase opposée, La Niña, qui refroidit les eaux de la côte pacifique et provoque donc une saison des ouragans plus intense dans l’Atlantique.

S’il est admis que ces courants marins provoquent de nombreux bouleversements climatiques au niveau mondial, l’étendue de leur influence est encore mal comprise et fait toujours l’objet de nombreuses recherches.

Les scientifiques savent toutefois qu’en modifiant la force des vents en haute altitude, la pression atmosphérique et la température à la surface de l’eau dans le Pacifique, ces courants atténuent (El Niño) ou accentuent (La Niña) les conditions favorables à la formation des ouragans en Atlantique.

Une photo satellite montre la température des océans en rouge ou en bleu selon la normale habituellement observée.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L’hiver dernier La Niña était observable à une faible intensité dans le Pacifique.

Photo : Service météorologique national américain

L’hiver dernier, La Niña était observable à une faible intensité dans le Pacifique. L’Organisation météorologique mondiale estime les probabilités à 75 % ou 80 % que le phénomène s’affaiblisse d’ici la fin juin et laisse place à des conditions neutres, c’est-à-dire que ni El Niño ni La Niña ne seront observables.

La majorité des modèles des prévisionnistes vont dans ce sens, estimant que la probabilité qu’El Niño se développe dans le pic de la saison des ouragans, en août, demeure faible. Le modèle neutre est donc priorisé.

Toutefois, prévoir avec justesse dès le printemps le développement ou l’affaiblissement de l’un ou l’autre de ces phénomènes demeure difficile. Les prévisions seront donc ajustées d’ici août.

Même si la saison des ouragans débute officiellement le 1er juin, 95 % des ouragans majeurs (catégorie 3 et plus) surviennent après le 1er août.

Une question de température

Si les modèles s’avèrent erronés concernant El Niño et La Niña, un autre facteur fondamental risque de guider encore plus que d'habitude les prévisionnistes dans leurs prédictions pour la saison 2018 : la température à la surface de l’eau. Généralement, la présence d’une eau plus chaude que la normale laisse présager une saison des ouragans plus active.

Présentement, l'ouest de l'Atlantique Nord est un peu plus chaud que la normale, tandis que l'extrême Atlantique Nord et l'est de l'Atlantique tropical sont légèrement plus frais. De manière générale, les températures à la surface de l’eau se sont refroidies beaucoup plus rapidement que d’habitude l’hiver dernier. Cette situation est sensiblement similaire à l’an passé à la même période.

Toutefois, en 2017, les eaux se sont réchauffées beaucoup plus rapidement que d'habitude au cours de l’été, et ce, à travers tout l’Atlantique. Les températures étaient donc plus élevées que la moyenne dans le pic de la saison des ouragans, ce qui a provoqué une activité cyclonique plus intense que la normale.

Cette année, les prédictions de la plupart des modèles climatiques, dont celui du Service météorologique national américain, sont similaires; l’eau devrait se réchauffer rapidement d’août à octobre. Si cela s’avère, on peut encore une fois s’attendre à une saison des ouragans plus active que la normale.

Comme les prévisions sur l’occurrence d’El Niño et La Niña, celles-ci devraient également s’affiner à l’approche du mois d’août.

Des prénoms à retenir

C’est l’Organisation météorologique mondiale qui choisit les prénoms des tempêtes depuis 1953. Six listes de prénoms en ordre alphabétique sont en rotation, ce qui signifie que les listes reviennent tous les six ans. En 2018, on reprendra ainsi la liste de 2012.

Les prénoms des tempêtes qui ont causé énormément de dommages et de morts sont supprimés définitivement des listes. L’an dernier, on a retiré Harvey, Irma, Maria et Nate, qui ont fait au moins 200 morts, quoique le bilan de Maria soit sujet à débat. Une étude indépendante estime que Maria a fait 4600 morts à Porto Rico, et non 64 comme le suggère le bilan officiel de l'administration Trump.

La liste de 2018 comprend ainsi une modification par rapport à sa version de 2012; le prénom Sandy a été remplacé par Sara.

En 2012, l’ouragan Sandy, qui fut qualifié de « Monsterstorm » (tempête monstre) par les médias américains, était remonté de la mer des Caraïbes jusqu’à New York et a fait au moins 210 morts sur son passage. Les dégâts engendrés ont été évalués à 52,5 milliards de dollars américains.

Des infrastructures brisées et un drapeau américain déchiré se trouvent le long d'une plage jonchées de déchets.

L'ouragan Sandy a frappé les Caraïbes, les Bahamas, les États-Unis et le Canada.

Photo : Getty Images

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