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  • Exclusif
  • Travailleur exposé à l’amiante à l'Hôpital de Hull : le CISSS de l’Outaouais doit corriger le tir

    L'Hôpital de Hull à Gatineau
    L'Hôpital de Hull à Gatineau Photo: Radio-Canada / Michel Aspirot
    Radio-Canada

    EXCLUSIF - Des documents obtenus en vertu de la Loi sur l'accès à l'information par Radio-Canada démontrent qu'un travailleur a été exposé à des matériaux contenant de l'amiante, lors de travaux effectués à l'Hôpital de Hull en janvier dernier. Une enquête menée après cette découverte révèle que la majorité des registres de gestion de l'amiante du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l'Outaouais n'ont pas été tenus à jour depuis 2014, ce qui enfreint la réglementation québécoise.

    Un texte de Laurie Trudel

    En janvier dernier, un sous-traitant de la compagnie DLS construction inc. est mandaté par le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Outaouais pour remplacer un lave-vaisselle industriel et faire les raccordements nécessaires dans le sous-sol de l'Hôpital de Hull.

    Au moment de procéder aux travaux, un des plombiers de la compagnie Plomberie DX constate la présence d’un calorifuge qu’il soupçonne contenir de l’amiante. Il avise son superviseur de sa découverte pendant que son collègue poursuit la réparation.

    Après vérification auprès du chargé de projet du CISSS de l’Outaouais, les travaux sont immédiatement arrêtés et la zone est confinée pour qu’une firme vienne décontaminer les matériaux.

    Une quarantaine de registres négligés

    L’enquête de la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), dont Radio-Canada a obtenu copie, révèle que « la majorité des registres [de gestion de l’amiante] du CISSS de l’Outaouais, près d’une quarantaine, n’ont pas été tenus à jour depuis 2014. »

    Le document, obtenu en vertu de la Loi sur l’accès à l’information, montre aussi que depuis cette date, « plusieurs interventions ont pourtant été réalisées sur des matériaux contenant de l’amiante », mais celles-ci « n’ont pas été notées au registre ».

    Au Québec, les centres intégrés de santé et de services sociaux doivent dresser et tenir à jour un registre dans lequel la nature et la date des travaux réalisés sur les flocages, les calorifuges, les matériaux et les produits contenant de l’amiante sont inscrits.

    La loi québécoise sur la santé et la sécurité du travail prévoit qu’une inspection doit être effectuée tous les deux ans.

    Cependant, aucune inspection à l’Hôpital de Hull n’a été faite depuis 2014 sur les matériaux pouvant contenir de l’amiante, selon la CNESST.

    Présence d’amiante : aucun avertissement pour les plombiers

    Les informations recueillies par la Commission lors de l’enquête confirment également que le registre de gestion de l’amiante n’a pas été remis au sous-traitant. Celui-ci n’a donc pas pu le consulter en prévision des réparations à effectuer.

    D’ailleurs, la version papier du registre disponible sur les lieux au moment des travaux n’indiquait pas la présence d’amiante alors que dans la version numérique, c’était pourtant le cas. Cette dernière version n’avait, elle non plus, pas été mise à jour.

    La CNESST a donc demandé au CISSS de l’Outaouais d’apporter les correctifs qui s’imposent, notamment la mise à jour de ses registres de gestion de l’amiante.

    Une intervention a été faite par la CNESST auprès du sous-traitant Plomberie DX afin qu’il développe une marche à suivre lors de travaux effectués sur des bâtiments construits avant 1999, puisque celui-ci « s’en remettait toujours au propriétaire ou au maître d’oeuvre pour être informé de la présence ou non de matériaux contenant ou susceptible de contenir de l’amiante ».

    Joint au téléphone, le président de Plomberie DX, Sylvain Rousseau, affirme que son entreprise a collaboré à l’enquête de la CNESST. Les deux travailleurs impliqués dans l’incident ont eu la possibilité de consulter un médecin pour faire évaluer leur état de santé, bien que l’exposition à l’amiante ait été minime, selon lui.

    Des minéraux dangereux

    Selon la vice-présidente de l’Association pour la santé publique du Québec, la docteure Louise Soulière, « l’amiante tue plus de travailleurs québécois que toutes les autres causes professionnelles, incluant les accidents de travail ». On en retrouve dans de nombreux bâtiments construits avant 1985.

    Au Québec, en 2017, 145 travailleurs sont morts après avoir été exposés à l’amiante, sur un total de 230 décès liés au travail. La mise en place de registres permet de réduire considérablement les risques d’exposition, et leur mise à jour est tout aussi importante, selon Mme Soulière.

    Il n’y a pas de seuil d’exposition sécuritaire à l’amiante.

    Louise Soulière, vice-présidente de l’Association pour la santé publique du Québec

    C’est lorsque les fibres d’amiante, parfois invisibles à l’oeil nu, se propagent dans l’air et sont inhalées qu’il y a un risque pour la santé. Ce sont les travailleurs de la construction, de la rénovation et de l’entretien qui risquent le plus d'y être exposés.

    Risques d’exposition à l’amiante pour la santé :

    • l’amiantose (une formation dans les poumons de tissus cicatriciels, qui gênent la respiration);
    • le mésothéliome (forme rare de cancer de la paroi thoracique ou de la cavité abdominale);
    • le cancer du poumon (le tabagisme, allié à l’inhalation d’amiante, augmente fortement le risque de cancer du poumon).

    Source : Santé Canada

    Le CISSS de l’Outaouais doit apporter des correctifs

    La direction des services techniques et de la logistique au CISSS de l’Outaouais assure que le registre de gestion de l’amiante du local de l'Hôpital de Hull où était situé ce chantier de construction était à jour au moment des travaux.

    Les travaux auraient débordé de la zone initialement prévue, selon le directeur du département Stéphane Pleau, ce qui expliquerait l’incident isolé.

    M. Pleau assure que les endroits où l’amiante est présent à l’Hôpital de Hull, bâti dans les années 50, ont été catégorisés et traités, selon les règlements en place. Ce sont les travaux réalisés par la suite pour sécuriser les lieux qui n’auraient pas été ajoutés au registre.

    Vingt-cinq registres de gestion de l’amiante devront être mis à jour pour l’ensemble des établissements du CISSS de l’Outaouais, plutôt que la quarantaine mentionnée dans le rapport d’intervention de la CNESST. Un contrat a été attribué à une compagnie en avril 2018, afin de réaliser la mise à jour des registres, qui devrait être complétée d’ici l’automne.

    On est en train de le mettre à jour, on a eu un petit peu de retard, un an à peu près pour certains sites, selon la norme, mais je dirais que ce n’est pas critique, en ce qui nous concerne.

    Stéphane Pleau, directeur des services techniques et de la logistique au CISSS de l’Outaouais

    Dorénavant, lors d’un appel d’offres pour des travaux de construction au CISSS de l’Outaouais, la direction s’engage à ce que l’ensemble des registres de gestion de l’amiante soient remis au maître d’oeuvre, pour qu’il puisse obtenir l’information nécessaire et éviter qu’un tel incident ne se reproduise.

    De son côté, le Syndicat des travailleuses et travailleurs de la santé et des services sociaux de l'Outaouais se dit « inquiet » pour la santé et la sécurité de ses travailleurs. La présidente, Josée McMillan, affirme qu’elle va surveiller la situation de près et s’assurer que l’employeur mette en place les mesures nécessaires pour prévenir l’exposition des travailleurs aux fibres d’amiante.

    Dans le cas de ce qui s'est produit à l'Hôpital de Hull en janvier dernier, le travailleur exposé était un sous-traitant, mais les travaux ne sont pas toujours donnés à contrat, explique Mme McMillan. Les risques d’exposition sont donc également présents pour les employés du CISSS de l’Outaouais.

    Ottawa-Gatineau

    Établissement de santé