•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Pour certains cancers du sein et du poumon, la chimio n’est pas nécessaire

Le reportage d'Ève Couture
Radio-Canada

Il est maintenant possible de traiter plusieurs types de cancers du sein et du poumon sans nécessairement avoir recours à la chimiothérapie après une opération, simplement en adaptant le traitement au profil génétique du patient. Explications.

Un texte d'Alain Labelle

Les participants qui assistent depuis samedi au congrès annuel de la société américaine d’oncologie (ASCO) ont bien senti que les récentes percées réalisées en médecine mènent leur discipline à l’aube d'une nouvelle ère sans chimiothérapie.

La chimiothérapie sauve annuellement des milliers de vies, mais ce traitement n’est pas de tout repos pour les patients qui doivent le subir.

Deux études présentées à la rencontre de l’ASCO qui se tient cette année à Chicago ont particulièrement retenu l’attention et indiquent que la chimiothérapie, dont les effets secondaires sont difficiles à supporter, ne serait tout simplement pas nécessaire.

Le saviez-vous?

  • En 2017, il y a eu environ 206 200 nouveaux cas de cancer au Canada, et 80 800 décès causés par la maladie.
  • Pas moins de 25 000 femmes ont reçu un diagnostic de cancer du sein, et 5000 en sont mortes.
  • Environ 28 600 personnes ont reçu un diagnostic de cancer du poumon, et 21 100 en sont mortes.

Le cancer du sein

D’abord, des résultats de travaux réalisés auprès de plus de 10 000 participantes américaines (Nouvelle fenêtre) indiquent qu’il est possible d’éviter la chimiothérapie après une opération dans pas moins de 70 % des cas, en fonction des résultats d'un test génétique existant basé sur 21 gènes.

Selon le Dr Joseph A. Sparano de l'Albert Einstein Cancer Center de New York et ses collègues d’autres établissements, ces femmes peuvent être traitées à l’aide des médicaments hormonaux habituellement prescrits après une opération sans voir leurs risques de récidive augmenter.

Cela aura une incidence énorme sur les médecins et les patients. […] Nous allons faire reculer les thérapies toxiques.

Kathy Albain, cancérologue à l'hôpital Loyola Medicine de Chicago

Depuis plusieurs années, un test génétique réalisé sur la tumeur permet de prédire la probabilité de récidive. Ce test donne un score entre 0 et 100. Jusqu'à présent, la chimiothérapie était conseillée au-dessus de 25 (environ 17 % des femmes). En dessous de 10, elle ne l'était pas (environ 16 %). Il existe cependant une très grande zone grise (entre 11 et 25) qui représente pas moins de 70 % des femmes, et qui posait un problème. La majorité d’entre elles devaient se plier au pénible traitement de chimiothérapie postopératoire.

Or, la présente étude montre clairement que pour ces femmes, qui représentent 6500 des participantes à l’étude, le traitement de chimiothérapie ne change en rien leurs chances de survie après neuf ans de suivi.

Cette nouvelle connaissance pourrait éviter à des milliers de femmes de subir un traitement toxique de chimiothérapie.

Toute femme de moins de 75 ans avec un cancer du sein de stade initial doit faire le test et parler des résultats avec son médecin.

Joseph Sparano

Le cancer du poumon

Une étude américaine, réalisée par le Dr Gilberto Lopes et ses collègues du centre hospitalier universitaire de Miami (Nouvelle fenêtre), montre pour sa part que l’analyse génétique d’une tumeur pulmonaire peut permettre d’éviter la chimiothérapie. En effet, si certaines mutations sont détectées, l'immunothérapie offre de bons espoirs de traitement.

Le médicament en question est le Keytruda (ou pembrolizumab) de la pharmaceutique américaine Merk. Un traitement donné par voie intraveineuse toutes les trois semaines est très efficace contre les cancers du poumon et les mélanomes.

L'immunothérapie aide le système immunitaire du patient à détecter et à attaquer la tumeur. La méthode ne fonctionne pas contre tous les types de cancers et peut provoquer de graves effets secondaires, parfois au point que les patients cessent le traitement.

Dans une étude, les chercheurs ont comparé l'efficacité de la prise seule de Keytruda à la chimiothérapie (l'effet de la combinaison des deux protocoles a été étudié séparément, et montre de bons résultats dans certains cas).

Les personnes soignées d'abord par le pembrolizumab ont vécu quatre à huit mois de plus que celles n'ayant reçu que de la chimiothérapie. Mais surtout, elles ont été moins nombreuses à subir des effets secondaires graves (18 % contre 41 %).

Notre étude montre que le pembrolizumab est meilleur que la chimiothérapie pour deux tiers des gens qui ont le type de cancer de poumon le plus fréquent.

Gilberto Lopes, centre hospitalier universitaire de Miami

De l’espoir et d’autres études

Si les résultats de ces études sont encourageants, leurs auteurs estiment toutefois que d’autres essais doivent être réalisés.

Nous sommes en train de quitter l'ère où la seule solution [...] était la chimiothérapie.

John Heymach, cancérologue au centre MD Anderson au Texas
Avec les informations de Agence France-Presse

Cancer

Science