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  • Envoyée spéciale
  • Le Gaokao, ce test qui détermine l'avenir des enfants en Chine

    L'entrée principale de l'école secondaire de Maotanchang, surnommée l'usine à Gaokao. Mai 2018.

    L'entrée principale de l'école secondaire de Maotanchang, surnommée l'usine à Gaokao. Mai 2018.

    Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

    Anyck Béraud

    Jusqu'où seriez-vous prêt à aller pour que votre enfant réussisse le seul examen national d'entrée à l'université, comme c'est le cas en Chine, ce pays obsédé par la réussite scolaire? Des milliers de parents ont déménagé dans une commune où leurs enfants sont encadrés pour passer avec succès le Gaokao, vu comme une porte d'entrée vers l'ascension sociale et une vie meilleure.

    On a vite fait le tour de l’appartement où la famille Gao a établi ses quartiers pour l’année scolaire à Maotanchang, dans la province d’Anhui, dans le sud-est de la Chine. Il s’agit en fait d’une seule pièce aménagée avec des tabourets, deux lits et des armoires de métal aux portes qui ferment mal.

    Un des slogans de l'école de Maotanchang.

    Un des slogans de l'école de Maotanchang.

    Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

    La mère et la fillette partagent un des lits; l’autre est réservé au fils qui prépare son examen d’entrée à l’université. Des vêtements sont suspendus au plafond en l’absence de penderie. Une table est installée entre les deux lits. Des cahiers et des livres scolaires y sont empilés.

    La pièce donne sur un garage commun à d’autres logements tout aussi rudimentaires. C’est dans un coin de ce garage que He Kaiqun, la mère, prépare des mets sur un petit réchaud. Elle jette du poulet, des légumes et des boulettes de patate douce dans une poêle. Une odeur de friture embaume rapidement l’air.

    He Kaiqun, mère d'un candidat au Gaokao. Elle se tient devant un petit réchaud aménagé dans le garage sur lequel donne l'unique pièce du logement familial à Maotanchang. Mai 2018.

    He Kaiqun se tient devant le petit réchaud où elle prépare les repasMaotanchang. Mai 2018.

    Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

    « Je ne fais cuire que ce que l’on va manger, car il n’y a pas de place pour les restes. Nous n’avons pas de frigo », explique-t-elle. En fait, leur véritable résidence n’est qu’à une dizaine de kilomètres d’ici. Mais compte tenu de l’horaire d’études chargé du fils, la famille a préféré louer ce logement pour éviter trop de va-et-vient, selon le père, un travailleur dans le textile qui demeure, lui, toujours à la maison.

    Le sacrifice des parents accompagnateurs

     À l'école "modèle" de Maotanchang. Mai 2018

    À l'école "modèle" de Maotanchang. Mai 2018

    Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

    Leur fils fréquente l’école de Maotanchang, qui se targue d'un taux de réussite de 80 % à 90 %. Elle est réputée pour son encadrement intensif et strict non seulement de ceux qui préparent le Gaokao, mais aussi des redoubleurs : ils sont venus chercher ici une seconde chance. Aucun jour de congé. Quelque 20 000 élèves sont inscrits, en internat et en externat. Et ce n’est pas donné, car ça coûte des milliers de dollars par année.

    Les frais dépendent des notes des élèves; les meilleurs paient moins cher. Il n’est pas rare que tout le budget familial y passe. La famille Gao fait partie des milliers de parents à avoir laissé presque tout derrière eux pour accompagner leurs enfants dans cette aventure et grossir ainsi la population locale de Maotanchang.

    La nuit, on reste éveillé pendant que l’enfant fait ses devoirs. Tôt le matin, on doit se lever quand l’enfant se réveille. C’est ça, l’accompagner dans ses études. On suit le rythme de l’enfant. Pour son avenir, pour qu’il ait un meilleur développement, je pense que ça vaut le coût. Car s’il échoue au Gaokao, il finira comme notre génération, à vivre de petits boulots.

    He Kaiqun, mère de Gao Yeqing, candidat au Gaokao

    Le Gaokao, c'est quoi au juste?

    Le seul examen national annuel d’admission à l’université en Chine a été restauré il y a une quarantaine d'années par Deng Xiaoping (il avait été suspendu pendant une dizaine d’années durant la Révolution culturelle de Mao). Le Gaokao est perçu comme donnant une chance égale à tous les Chinois – quel que soit leur milieu social – d’accéder aux études supérieures.

    Reste qu’il n’est pas parfait. Il y a des quotas par province, et l’accès est plus facile pour les jeunes qui habitent les grands centres. Sans oublier tous les coûts liés à la préparation de cet examen.

    Le fils, Gao Yeqing, est là pour le repas de midi. Aujourd’hui, c’est dimanche, donc sa pause sera plus longue que d’habitude avant de retourner à l’école. Il s’installe à la table déjà dressée pour lui. Il attaque les mets avant le reste de la famille, devant la mine gourmande de sa petite sœur.

    Gao Yeqing, candidat au Gaokao. Mai 2018

    Gao Yeqing, candidat au Gaokao. Mai 2018

    Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

    Il se dit reconnaissant envers sa mère pour l’avoir accompagné. Elle l’a beaucoup aidé, pas en matière de devoirs, mais en s’occupant de tout le reste, pour lui permettre de se concentrer sur ses études. Il décrit une journée typique : « On arrive à l’école à 6 h du matin et on y reste jusqu’à 23 h. À l’exception des repas, tout mon temps est consacré aux études. Le séjour à Maotanchang est enrichissant. »

    L’adolescent est plutôt détendu lorsque nous le rencontrons. Ce matin, il a passé un examen blanc, préparatoire. « Ça a été », dit-il sans plus de détails. Il reste lucide quant à ses chances d’entrer à l’université. Il croit pouvoir obtenir environ 480 points au Gaokao, pas assez pour entrer dans une université de première catégorie, mais suffisant pour une de deuxième catégorie. « Je pourrais y choisir des spécialités », ajoute-t-il. Il rêve de devenir ingénieur ou professeur.

    L’université nous offre une plus grande plateforme. On pourra avoir plus de succès dans le travail. Et on gagnera en dignité. C’est exactement ça : étudier, c’est pour avoir un meilleur départ.

    Gao Yeqing, candidat au Gaokao

    Sa mère précise que son mari et elle ont commencé à préparer l’avenir de leur fils dès la maternelle, quand il avait l’âge de leur fillette. Pour qu’il étudie dans les meilleures conditions. Et qu’il ne finisse pas travailleur migrant, comme eux.

    « Je regrette de ne pas avoir pu faire des études. Vraiment. Si j’avais pu, j’aurais étudié sérieusement. Mais à mon époque – vous ne pouvez pas savoir ce que c’était –, ma famille était trop pauvre. Mes parents ne pouvaient se payer le luxe de penser à mes études. Il fallait travailler dans les champs », dit-elle.

    Les tantes, les oncles, les grands-parents... un effort collectif

    Cour commune de plusieurs logements à Maotanchang. Mai 2018

    Cour commune de plusieurs logements à Maotanchang. Mai 2018

    Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

    Plus loin dans une cour intérieure, d’autres familles s’affairent aux tâches ménagères : préparation des repas et lessive autour une pompe. Un père nous dit qu’il est trop occupé pour nous parler. Il a tout juste le temps de laver quelques plats. Depuis qu’il est ici pour accompagner son fils dans la préparation du Gaokao, il s’occupe d’une popote volante pour gagner un peu d’argent.

    « Moi, je fais tout ce que je peux trouver comme petits boulots. Tant que je peux avoir un peu de revenus. Ce n’est pas facile, je suis épuisé. C’était plus facile quand je vendais des œufs », souffle-t-il, entre deux rires nerveux, avant de s’éloigner.

    Accroupie, une femme nettoie des écrevisses dans un bol de plastique. Elle n’est que de passage pour donner un coup de main à sa sœur, qui est celle qui s’occupe de son fils – contre rémunération – durant cette année préparatoire au Gaokao. Il est ici à cause de la réputation de l’école de prendre les enfants en main. « Il n’a pas de très bonnes notes », confie-t-elle.

    Une grand-mère arrive avec ses plats à rincer. Cette vie précaire et en communauté, c'est ce qu'elle apprécie. Avant, elle travaillait dans les champs, alors ça lui plaît d’être ici pour accompagner sa petite-fille.

    L’adolescente, Chen Lanlan, arrive sur ces entrefaites. Elle, c’est l’an prochain qu’elle passera le Gaokao, mais ses parents l’ont déjà envoyée ici pour s’y préparer. « C’est dur, on a beaucoup de devoirs et pas beaucoup de repos, c'est épuisant », dit-elle.

    Cette écolière se confie, sa grand-mère n'est jamais loin. Maotanchang, mai 2018

    Cette écolière se confie, sa grand-mère n'est jamais loin. Maotanchang, mai 2018

    Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

    Le stress en prime

    Leurs parents aussi sont stressés. Pour évacuer la tension, ils sont plusieurs à Maotanchang à se rassembler le soir, pour danser une heure ou deux. Avec ces journées qui commencent à l’aube et se terminent dans la nuit, c’est le seul moment de loisir, entre les repas à préparer et les devoirs à surveiller, raconte l'une des mères.

    Comme les autres parents, elle soutient que cela en vaut la peine. « Pour nos enfants de la campagne, c’est la seule voie pour s’en sortir. Qu’ils passent le Gaokao pour avoir une meilleure vie, une carrière plus brillante. S’ils échouent, il doivent assumer que leur vie sera difficile. Sur tous les plans », assure-t-elle.

    Danser pour gérer le stress de la préparation des enfants au Gaokao. Maotanchang, mai 2018.

    Danser pour gérer le stress de la préparation des enfants au Gaokao. Maotanchang, mai 2018.

    Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

    Les familles misent tout sur le Gaokao, car l’échec de l’enfant représente un échec pour elles aussi. Une autre maman, Hao Mei, explique que, dans son cas, c’est une deuxième tentative : son fils a raté l’examen l’an dernier. Aux grands maux les grands moyens, ils sont donc venus ici, à Maotanchang.

    « On loue un appartement à 28 000 yuans (environ 5600 $ CA) pour l’année. Deux chambres, sans compter les factures d’eau et d’électricité, et les autres dépenses. Donc, au minimum, ça représente un total de 70 000 yuans (14 000 $ CA) », dit-elle.

    Si une famille a un revenu correct, elle peut se le permettre. Pour une famille ordinaire, c’est l’équivalent de tous ses revenus de l’année.

    Hao Mei, mère d’un candidat au Gaokao
    Hao Mei, mère d'un candidat au Gaokao. Maotanchang, mai 2018.

    Hao Mei, mère d'un candidat au Gaokao. Maotanchang, mai 2018.

    Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

    Sur la place investie par les danseurs, il y a un portail sur lequel on peut lire « la rue des Champions ». Elle fait face à une avenue qui mène à l’une des portes d’entrée de l’école de Maotanchang.

    « Cette école donne à de nombreuses familles modestes la chance de réaliser leur rêve. La majorité des élèves qui sont à Maotanchang pour redoubler une année viennent des familles les plus modestes », lance A Zuo.

    Il est parent, mais aussi enseignant dans un autre établissement scolaire. « Moi, je suis pour cette école. Même si les études ici sont assez pénibles. C’est épuisant. Mais d’un autre côté, faire des efforts, ce n’est pas une mauvaise chose pour le développement personnel d’un enfant. Les parents qui les accompagnent dans les études ont aussi la vie dure. Mais ils le font volontairement, parce qu’ils ont un but. »

    A Zuo, parent. Maotanchang, mai 2018

    A Zuo, parent. Maotanchang, mai 2018

    Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

    Tous les chemins mènent à Rome, mais le Gaokao reste la voie qui donne le plus de chances de réussir.

    A Zuo, parent

    Les épreuves du Gaokao ont commencé le 7 juin cette année et durent deux ou trois jours pour des millions d’élèves chinois.

    Le portail de la rue des Champions.

    Portail "la rue des Champions", Maotanchang, mai 2018

    Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

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