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Capteurs et chef d'orchestre : illustrer la musique contemporaine

Le chef d'orchestre Paolo Bellomia teste les capteurs pour tirer des vidéos didactiques et pour bonifier les concerts de musique contemporaines de projections d'images en temps réel.
Le chef d'orchestre Paolo Bellomia teste les capteurs. Photo: Radio-Canada / Pascale Fontaine
Radio-Canada

La musique contemporaine ne se limite plus aux oreilles dégourdies. Grâce aux travaux du chef d'orchestre Paolo Bellomia et du chercheur en informatique François-Raymond Boyer, elle devient aussi lumières et couleurs évoluant au rythme du maestro, dans l'un des premiers concerts du genre qui aura lieu le 5 juin, au Gesù.

Un texte de Pascale Fontaine

Oubliez la queue-de-pie. Vingt capteurs inertiels et leurs fils noirs s'enroulent autour des bras et des doigts de Paolo Bellomia pour en saisir les moindres gestes, plus savants qu'ils ne le laissent paraître.

Ainsi, le rythme, les accélérations et les accents donnés aux musiciens se transforment, au moyen d'un ordinateur, en une projection d'images colorées – ce qu’aucun éclairagiste ne peut recréer en temps réel, rappelle M. Boyer.

C'est cette nouvelle approche qui sera privilégiée, mardi, pour l'interprétation de l'Orchestre 21 de la Symphonie no 2, de Scriabine, et de la Symphonie minute, de José Evangelista, à l'occasion de la Biennale de la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ).

Outil pour les enseignants

Bien plus qu'un gadget de scène, le concept de projections ne forme qu'une partie des recherches de Paolo Bellomia, professeur en direction d'orchestre à l'Université de Montréal, et de François-Raymond Boyer, professeur en génie informatique à Polytechnique Montréal.

En 2015, l'improbable duo utilisait les capteurs pour enregistrer les mouvements des bras du chef d'orchestre afin de mieux les enseigner aux étudiants sous forme de tutoriels vidéo.

Les futurs maestros peuvent donc ralentir la performance virtuelle pour retenir la façon dont le bras droit donne le tempo, alors que le gauche livre la dynamique et les accents.

Un ordinateur qui, après avoir capté les mouvements du chef d'orchestre, les reproduit avec une paire de bras virtuels.L'ordinateur capte les mouvements du chef d'orchestre et les reproduit avec une paire de bras virtuels. Photo : Radio-Canada / Pascale Fontaine

Désormais, le métier ne s'apprend pas qu'en observant un concert dans l'action ou en déchiffrant des partitions, surtout pour les pièces les plus inaccessibles et mathématiques, comme Le marteau sans maître, de Pierre Boulez.

Les captations ont même permis au professeur d’améliorer sa gestuelle ainsi que celle de son avatar, poussant du même coup le modèle informatique.

Aujourd'hui, la paire de bras virtuels ne donne pas qu'un coup de main aux apprentis. Dans deux semaines, cette avancée numérique sera présentée au festival Sónar de Barcelone, où se tient un congrès qui favorise l'hybridation entre la musique et les nouvelles technologies.

À quand un chef d’orchestre fait de pixels?

Les dernières recherches du tandem Bellomia-Boyer tentent de sortir l'étrange avatar des classes pour le pousser sur scène avec un orchestre. La toute première expérience se tiendra en septembre, durant le concours de jeunes chefs d'orchestre organisé à Besançon, en France.

Les accélérations et le tempo de notre bonhomme sont parfaites, selon nos musiciens.

Paolo Bellomia

Aucun être humain n’est capable d’arriver à la même précision, ajoute-t-il.

Précision, certes, mais le rôle de chef d’orchestre se limite-t-il uniquement à cela?

« Pour cette première expérience [avec Le marteau sans maître], il n’y a pas vraiment d’intervention artistique », indique Paolo Bellomia. Le rythme et la précision suffiront durant le concert; les élans créatifs, eux, font partie des préparatifs.

Ce n'est pas demain matin que Mario Bros pourrait devenir une sérieuse menace pour Kent Nagano.

Les performances des bras se limitent pour l'instant aux enregistrements préalables de celles de Paolo Bellomia. Elles pourraient toutefois gagner en autonomie en apprenant à lire les mouvements ou le rythme grâce à l’intelligence artificielle, estime le chercheur en génie informatique.

« Les répétitions des orchestres se font à la dernière minute », observe-t-il. L’apprentissage par la machine permettrait de jouer les métronomes 2.0 ou d’offrir des expériences visuelles dans les courts délais auxquels sont déjà habitués les musiciens.

Bref, rien ne menace encore le génie créatif de l’humain, assurent Paolo Bellomia et François-Raymond Boyer. Au contraire : leur machine est là pour l’amplifier.

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