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  • Exclusif
  • Monique Richard raconte son évacuation du mont Logan : « J'ai été très chanceuse »

    Claudiane Samson a rencontré Monique Richard après son ascension du mont Logan
    Radio-Canada

    La Montréalaise Monique Richard est devenue la première femme à atteindre en solitaire le sommet du mont Logan, la plus haute montagne du Canada, située au Yukon. Évacuée d'urgence par hélicoptère après avoir accompli son exploit, l'alpiniste revient sur cette difficile ascension.

    Un texte de Claudiane Samson

    Épuisée physiquement et mentalement, déshydratée, l'alpiniste a activé un appel d'urgence sur son appareil de géolocalisation le surlendemain de son ascension.

    Alors qu'elle était coincée à plus de 5500 mètres, deux autres alpinistes l'ont aidée à redescendre les quelques centaines de mètres nécessaires pour permettre à un hélicoptère de l'atteindre.

    Indemne, sans aucune engelure grave, Monique Richard est fière d'avoir atteint son objectif ainsi que d'avoir su, dit-elle, reconnaître le moment où il lui fallait appeler les secours.

    C'était [une décision] très sage. Je suis contente de l'avoir fait parce que je ne serais pas ici pour vous en parler aujourd'hui.

    Monique Richard, alpiniste
    Monique Richard devant l'hélicoptère avec l'équipe de sauvetage.L'opération de sauvetage de Monique Richard a requis le travail de spécialistes de Parcs Canada à Kluane et Banff, de l'Alaska ainsi que la police. Photo : Monique Richard

    Les autorités du parc national Kluane ont collaboré avec des experts du parc national Banff, de la Gendarmerie royale du Canada, du transporteur d'hélicoptère, du camp de base Icefieds Discovery ainsi que des spécialistes de l'Alaska afin d'évacuer l'alpiniste.

    Le coordonnateur à la sécurité des visiteurs au parc national Kluane, Scott Stewart, qui a participé à l'opération, explique que la météo extrême et la très haute altitude rendent de telles opérations de sauvetage délicates.

    « Il est très difficile de manoeuvrer un hélicoptère à ces altitudes, et la météo ne nous offre qu'une très petite fenêtre dans laquelle réussir une telle opération de façon sécuritaire », explique-t-il.

    Autoportrait de Monique Richard lors de son évacuation.Monique Richard a documenté d'autoportraits son expédition en solitaire sur le mont Logan jusqu'au moment de son évacuation le samedi 2 juin après 19 jours sur la montagne. Photo : Monique Richard

    « Si j'avais su à quel point ça allait être difficile, je ne l'aurais pas fait »

    Monique Richard affirme que son périple sur le toit du Canada a été particulièrement difficile et a craint pour sa vie à plusieurs reprises.

    Les tempêtes « incroyables » avec des vents de 100 km/h l'ont coincée des jours durant dans sa tente, raconte-t-elle. Le froid de -40 degrés Celcius lui a fait craindre l'hypothermie constamment, et l'isolement complet s'est avéré plus important que ce qu'elle avait envisagé.

    Monique Richard de retour.« J'ai été très chanceuse. J'ai l'impression que Logan m'a laissé passer parce que c'est pas une montagne facile. » Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

    Avant même d'atteindre le sommet, l'alpiniste d'expérience a fait une chute dans une crevasse dont elle a dû se sortir seule. « J'ai pleuré, j'ai voulu abandonner. Le choc à l'idée de descendre dans le précipice, c'est épuisant. »

    « Déjà faire l'ascension, c'est difficile, mais c'est le solo pour moi, de rester tout le temps dans une concentration extrême, une vigilance, de ne pas se laisser envahir par la peur ou la panique, parce qu'il faut garder nos moyens. »


    Écoutez l'entrevue exclusive avec Monique Richard :


    Et puis, en s'approchant du sommet, l'alpiniste a craint ne pas pouvoir atteindre son but en raison de nuages qui menaçaient de s'installer. Après réflexion, elle a décidé de pousser l'ascension, mais n'a profité du paysage qu'une dizaine de minutes.

    Je n'arrivais plus à recharger mes batteries, mon GPS m'a lâchée, j'ai fait un grand détour en revenant à mon bivouac et j'ai dû escalader une autre montagne, pas en cordée, avec une vue infinie sur un précipice sans fond [...] Fatiguée, épuisée, il était une heure du matin, et l'eau qui n'arrive pas à bouillir.

    Monique Richard, alpiniste

    « Il n'y avait personne sur la montagne », dit-elle. Mais tout à coup, elle a croisé deux autres alpinistes québécois, qu'elle surnomme maintenant ses « anges ».

    Stéphane et Guillaume Gagnon, qui sont toujours sur le mont Logan, lui ont « sauvé la vie », confie Monique Richard.

    Monique Richard avec Guillaume et Stéphane Gagnon sur la montagneLes deux alpinistes québécois, Guillaume et Stéphane Gagnon, fils et père, ont assisté Monique Richard dans son évacuation. Photo : Monique Richard

    Scott Stewart affirme qu'environ 35 alpinistes se lancent chaque année sur le mont Logan, mais que seulement la moitié d'entre eux réussissent. Les évacuations majeures sont peu nombreuses, à raison d'une seule environ par année.

    « Parmi les défis auxquels font face les alpinistes figurent l'altitude extrême, la météo extrême, l'isolement ou les dangers techniques comme les crevasses, les glaciers, les séracs. »

    paysage pendant l'ascensionMonique Richard a arpenté le flanc de mont Logan pendant 19 jours. Photo : Monique Richard

    Alpinisme et escalade

    Sports