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Les affamés et Robin Aubert triomphent au Gala Québec Cinéma

Robin Aubert et Brigitte Poupart posent avec leurs prix
Robin Aubert et Brigitte Poupart posent avec leurs prix Photo: Radio-Canada / Mathieu Valiquette
Radio-Canada

Les zombies de Robin Aubert sont sortis grands gagnants du Gala Québec Cinéma dimanche soir. Les affamés a été sacré meilleur film, tandis que le cinéaste a reçu le prix Iris de la meilleure réalisation.

La productrice du film Stéphanie Morissette a remporté un pari tout sauf gagné à l'avance : faire triompher le cinéma de genre au Québec. Au total, Les affamés remporte huit prix Iris.

Depuis sa sortie en octobre 2017, le combat de Marc-André Grondin, Monia Chokri, Brigitte Poupart et Micheline Lanctôt contre des zombies faisant régner la terreur dans les campagnes du Québec n'a cessé de faire parler de lui, convainquant même Netflix d'en acheter les droits.

« Merci Robin [Aubert] d'avoir cru que j'étais la bonne personne pour faire ce projet-là, même si je n'avais vraiment pas vu beaucoup de films de zombies avant de m'embarquer là-dedans », a déclaré sur scène Stéphanie Morissette.

S'il ne s'est guère montré bavard au moment de recevoir son prix, Robin Aubert a toutefois tenu à rendre hommage à deux de ses mentors présents dans la salle, André Forcier et Robert Morin (nommé dans la même catégorie pour Le problème d'infiltration). « Vous avez été très importants pour moi dans la vie, vous savez pourquoi. Même si vous avec un caractère de m**** », a déclaré le cinéaste, déclenchant les rires de la salle.

Du côté des interprètes, on attendait peut-être plus Denise Filiatrault pour C'est le coeur qui meurt en dernier, mais c'est Maude Guérin qui a décroché l’Iris de la meilleure interprétation féminine (Premier rôle) pour son interprétation d'une mère aussi dépassée que courageuse dans Chien de garde. La comédienne semblait la première étonnée, elle qui voyait dans ce personnage un « merveilleux rôle de soutien ».

Bégin, l'acteur, récompensé

La victoire de Christian Bégin pour l'Iris du meilleur acteur dans un premier rôle était en revanche plus attendue. Son interprétation d’un chirurgien esthétique qui voit sa vie basculer en une journée a marqué les critiques au moment où est sorti Le problème d'infiltration.

Christian Bégin a notamment remercié deux techniciens du film : Jean-Martin Gagnon, premier assistant, qui a suggéré à Robert Morin d'appeler le comédien pour interpréter le rôle principal; le cadreur, Jean-Sébastien Caron, un véritable « partenaire de jeu » du fait de la grande proximité de la caméra. « On a dansé ensemble », a raconté l'acteur sur scène.

Celui qui succède à Gabriel Arcand au palmarès n'a pas caché que cette récompense est aussi un rappel : il n'est pas seulement l'animateur de Curieux Bégin.

« C'est très étrange comme moment parce que je n’ai pas beaucoup fait de cinéma en 32 ans de métier. [...] Les films, c’est un peu comme des one-night stands », a-t-il dit à Radio-Canada après sa victoire.

De vivre du jour 1 au jour 17, d’être de presque toutes les scènes, c’est une expérience qui ne va probablement pas se reproduire. Je l'aurai vécu une fois et j'en suis très content. C’est un voyage qu’on ne fait pas souvent. Cela se termine avec ce prix, ça en fait un voyage parfait.

Christian Bégin

Théodore Pellerin rend hommage à Sophie Dupuis

Théodore Pellerin a été sacré révélation de l'année pour son interprétation d'un adolescent violent et torturé dans Chien de garde. « Ça a été un bonheur de tourner avec toi », a déclaré le gagnant en s'adressant à la réalisatrice, Sophie Dupuis.

Sophie a cette espèce d’aura. Elle aime créer avec les gens. Elle a une effervescence, un caractère heureux qui est contagieux. C’est une grande réalisatrice parce qu’une grande réalisatrice sait diriger une équipe pour qu’elle travaille ensemble.

Théodore Pellerin, interrogé par Radio-Canada juste après être sorti de scène
Ils sourient avec leur prix Iris dans les mainsMaude Guérin et Théodore Pellerin Photo : Radio-Canada / Mathieu Valiquette

Vainqueur de quatre prix Iris au Gala Artisans mercredi, Hochelaga, terre des âmes, hommage aux Premières Nations qui vivaient sur les terres sur lesquelles Montréal a été érigée, a obtenu une récompense supplémentaire grâce à Emmanuel Schwartz, dans la catégorie de la meilleure interprétation masculine (Rôle de soutien).

Lisant son discours à partir d'un téléphone intelligent, l'acteur a notamment rendu hommage au producteur Roger Frappier et au réalisateur François Girard pour avoir fait « un film qui rappelle qui nous sommes en tant que Montréalais : des invités qui se pensent chez eux ».

Le prix équivalent du côté des actrices est allé à Brigitte Poupart pour Les affamés. Émue au moment de prononcer son discours, celle qui est devenue une spécialiste du combat contre les zombies a associé à son trophée « sa mère spirituelle », Micheline Lanctôt, également en lice pour cet Iris pour le film de Robin Aubert.

Brigitte Poupart n'a pas oublié de saluer le cinéaste, mettant notamment de l'avant leur collaboration : « Robin dit toujours qu’on est des âmes soeurs. On a une connexion très très très spéciale », a-t-elle expliqué en coulisses.

La double victoire de Nicole Bélanger

Récipiendaire de l’Iris du meilleur scénario pour Les rois mongols, Nicole Bélanger a sans doute offert l’un des moments les plus émouvants de la soirée. Rappelant que ce prix récompensait près de 20 ans de travail, elle a également raconté que le « oui » de Luc Picard pour tourner le film était arrivé en même temps qu’elle recevait un diagnostic de cancer, voilà cinq ans. Nicole Bélanger a ainsi combattu (avec succès) la maladie tout en menant à bien le projet d'une vie.

Récit d'une prise d'otages surprenante (des enfants enlèvent une grand-mère) au moment des événements d'octobre 1970, Les rois mongols a été remarqué tant au Québec qu'à l'international, récoltant un prix à la prestigieuse Berlinale.

La résurrection d'Hassan toujours au sommet

Déjà récompensé aux RIDM ou aux Hot Docs, La résurrection d’Hassan a continué sa récolte de prix en décrochant l’Iris du meilleur documentaire. Carlo Guillermo Proto s’est penché sur l’histoire hors du commun de Denis Harting, Peggy Roux (connus pour artistes de rue à Montréal) et leur fille, Lauviah Harting. La famille non voyante cherche à ramener à la vie Hassan, enfant mort par noyade en 2002, suivant les indications d’un guérisseur russe.

Prenant la parole, Denis Harting a dédié ce prix à son fils disparu : « Je ne sais pas ce que tu fais, je ne sais pas où t'es, mais c'est pour toi! »

Lui aussi très en vue dans plusieurs festivals, Toutes les poupées ne pleurent pas de Frédérick Tremblay, récit poétique et sans dialogue d’une création artistique, a reçu le prix Iris du meilleur court métrage (Animation) au Gala Québec Cinéma. Histoire d'une relation amicale devenue amoureuse entre une femme trans et un homme gai, Pre-Drink, réalisé par Marc-Antoine Lemire, a pour sa part gagné dans la catégorie du meilleur court métrage (Fiction).

André Forcier reste hors norme

Alors qu’un hommage lui était rendu pour l’ensemble de sa carrière, André Forcier a rappelé qu’il était une personnalité à part dans le milieu du cinéma québécois. Après avoir vu monter sur scène quelques-uns de ses acteurs fétiches (dont France Castel et Roy Dupuis) et après avoir reçu une ovation debout, le cinéaste a enchaîné avec un discours énoncé sur un ton monocorde.

À la suite de quelques souvenirs sur ses débuts, André Forcier a distillé « deux humbles conseils : il faut être plus intelligent que le problème; les idées passent par l’émotion, pas l’inverse ». Il a terminé en célébrant quelques-uns des autres réalisateurs québécois, dont Xavier Dolan, Robert Morin et Denys Arcand, « notre plus grand ».

Cochrane et Tremblay, toujours aussi efficaces

Comme l’an dernier, le pétillant duo formé d'Édith Cochrane et de Guylaine Tremblay était chargé d'animer la soirée.

Une nouvelle fois très en forme, les deux actrices ont lancé la soirée avec une séquence enregistrée où, en utilisant des scènes de certains des films en nomination, elles partaient à la recherche d’un animateur pour la soirée. Le temps de se faire braquer, de draguer Patrick Huard ou d’être victimes d'opérations de chirurgie esthétique ratées, elles ont finalement accepté d’assurer elles-mêmes la présentation.

Une fois sur scène, en plus de célébrer la diversité des films, Guylaine Tremblay est revenue sur le scandale Weinstein, félicitant le cinéma québécois d’être resté relativement peu touché par ce genre… ou presque.

« C'est vrai que nous autres, dans le milieu, on est plus du genre à attendre que les abuseurs soient morts avant de les dénoncer », a lancé l’actrice, faisant référence à l’affaire Claude Jutra, en 2016. La cérémonie, autrefois appelée la Soirée des Jutra, a été rebaptisée dans la foulée de la controverse entourant le cinéaste.

Gala Québec Cinéma : les gagnants

Meilleur film
Les affamés

Meilleure réalisation
Robin Aubert (Les affamés)

Meilleure interprétation féminine (Premier rôle)
Maude Guérin (Chien de garde)

Meilleure interprétation masculine (Premier rôle)
Christian Bégin (Le problème d’infiltration)

Révélation de l'année
Théodore Pellerin (Chien de garde)

Meilleure interprétation masculine (Rôle de soutien)
Emmanuel Schwartz (Hochelaga: terre des âmes)

Meilleure interprétation féminine (Rôle de soutien)
Brigitte Poupart (Les affamés)

Meilleur scénario
Nicole Bélanger (Les rois mongols)

Meilleur film documentaire
La résurrection d’Hassan

Meilleur court métrage (Fiction)
Pre-Drink

Meilleur court métrage (Animation)
Toutes les poupées ne pleurent pas

Prix du public
Junior majeur

Cinéma

Arts