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analyse

Le roi de la passerelle : Barrette détrôné

Le ministre de la Santé Gaétan Barrette répond aux questions des journalistes.

Autrefois habitué des mêlées de presse, Gaétan Barrette se fait maintenant habituellement plus discret.

Photo : Radio-Canada

Martine Biron

Sacré roi de la passerelle (Nouvelle fenêtre) au début du mandat de Philippe Couillard, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a ravi les journalistes par ses nombreuses mêlées de presse et son humour singulier. Mais il faut constater qu'au cours de cette session parlementaire, ce verbomoteur heureux a été confiné au silence. Les stratèges au bureau du premier ministre ont estimé que sa propension à « scrummer » tous azimuts nuisait à l'image du gouvernement.

Même si on a pu noter des rechutes occasionnelles, associées à des accès de colère, les interventions de M. Barrette sont maintenant rares. C'est donc à regret qu'il nous faut le déboulonner. Et le remplacer.

Mais par qui le remplacer? Pour obtenir le titre, il faut montrer une grande disponibilité à répondre aux questions de la presse parlementaire, qui fait toujours le pied de grue sur la passerelle à l’entrée du caucus. Des journalistes aguerris qui interpellent, parfois sans dentelle, les ministres qui n’ont d'autre choix que de passer devant eux. C’est un sport extrême, difficile à maîtriser, qui demande aux ministres un grand sens de la répartie.

Il faut aussi dire que le modus operandi a beaucoup changé sur la passerelle, ordre formel des sbires du premier ministre obsédés par le contrôle du message gouvernemental. Ainsi, les ministres doivent d’abord obtenir l’imprimatur du bureau du premier ministre avant de se lancer dans une mêlée de presse. On nous affirme que tout ça se fait dans la collégialité, mais dans certains cas, on leur dit carrément quoi répondre.

Les nouveaux ministres comme Isabelle Melançon, Marie Montpetit ou André Fortin sont des élèves parfaits. S’ils ont tous un certain talent, ils obéissent encore aux règles. Ils seront peut-être un jour des candidats au trône, mais pour l’instant, ils ne sont qu’en apprentissage.

Quant aux vétérans qui ont annoncé leur départ, on voit tout de suite, à leur air détendu, que le détachement fait son oeuvre.

Stéphanie Vallée, qui s’est souvent enlisée lors de mêlées de presse épiques, passe maintenant sur la passerelle le pas léger, en faisant un geste de la main aux journalistes comme si elle chassait des mouches. David Heurtel ou encore Martin Coiteux n’acceptent de se prêter à l’exercice que s’ils y sont obligés.

Alors, qui pourra remplacer le roi Barrette? L’ambitieuse vice-première ministre, Dominique Anglade, a ce potentiel. Elle est brillante et elle maîtrise ses dossiers, mais la poésie qu’elle peut servir à ses adversaires au Salon bleu est trop rare sur la passerelle. C’est son ton « on ne badine pas avec l’ALENA » qui prend la place.

Véronyque Tremblay, l’image de Québec, a le mandat d’être vue et entendue. Et elle assume sa mission avec la dernière énergie. De sa voix haut perchée, elle peut expliquer et réexpliquer, au nom du gouvernement, les multiples avantages du troisième lien.

Dominique Vien fait de très courtes mêlées de presse. Après avoir pris la pose devant les caméras et déclaré que son équipe travaillait sans relâche, elle a l’habitude de feindre une urgence pour mieux s’esquiver.

Le ministre Sébastien Proulx est généralement impeccable, mais il a appris le métier à l’école de Jean-Marc Fournier, qui lui a visiblement transmis l’art de la « cassette ». Il a aussi fallu considérer sérieusement la candidature de la ministre Hélène David, qui a montré cette année un bon pif politique.

Mais le choix final s’arrête sur Pierre Moreau, qui ne dit jamais non à un petit impromptu de presse, sans demander la permission à son patron. Il arrive à s’amuser des journalistes, évite généralement la langue de bois et ne se gêne pas pour commenter la plupart des dossiers chauds.

Peu de ministres peuvent se permettre un commentaire retors comme celui-ci : « M. Taillefer se joint au Parti libéral du Québec, ce n’est pas le Parti libéral du Québec qui se joint à M. Taillefer. »

Mais M. Moreau devra se contenter d’un court règne, alors que la 41e législature prend fin dans moins de deux semaines. Un nouveau gouvernement sera en place à l’automne, ce qui commandera le couronnement d’un quatrième roi de la passerelle.

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