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Montréal souhaite finalement bannir tous les sacs de plastique

Les sacs de plastique minces, qui font 17 microns d'épaisseur, ont été bannis à Montréal et dans plusieurs autres municipalités de la région.

Photo : La Presse canadienne / AP Photo / Jacquelyn Martin

Radio-Canada

Six mois après avoir décidé de bannir les sacs de plastique légers, tout en permettant aux commerçants de vendre des sacs plus épais, la Ville de Montréal songe désormais à interdire tous les sacs de plastique « dans un horizon de zéro à cinq ans ».

Un texte de Romain Schué (Nouvelle fenêtre)

« En ce moment, on est un peu entre deux chaises », explique Jean-François Parenteau, responsable de l'environnement au comité exécutif de la Ville de Montréal. « L’idéal, ce serait une réduction massive et un changement majeur. »

Selon le conseiller municipal, bannir l’ensemble des sacs de plastique avant 2023 « serait souhaitable ».

À ce jour, seuls les sacs de plastique habituels, d’une épaisseur inférieure à 50 microns, généralement utilisés dans les épiceries, ont été interdits.

Décidé par l’administration de l’ex-maire Denis Coderre, ce règlement est entré en vigueur le 1er janvier 2018. Une période de transition, qui permettait toujours aux commerçants d’offrir des sacs d’emplettes légers, avait également été instaurée. Celle-ci prend fin le 5 juin.

Je le sens, les gens basculent de plus en plus vers les sacs réutilisables. On est à un point de bascule et il y aura une réflexion pour aller encore plus loin.

Jean-François Parenteau, membre du comité exécutif

Des consommateurs « sensibilisés »

Les commerçants montréalais sentent-ils que les consommateurs sont prêts pour « cette nouvelle étape » évoquée par l’équipe de Valérie Plante?

Tout en se montrant réservée quant à cette question, Anne-Hélène Lavoie, porte-parole des épiceries IGA, assure que « les gens sont prêts », « sensibilisés » et « réceptifs » à un virage écologique.

En proposant « des sacs réutilisables très beaux et utiles » qui peuvent remplacer les sacs de plastique, IGA juge ce nouveau règlement de la métropole « très positif ». Celui-ci serait bien accueilli par les consommateurs, ajoute Mme Lavoie.

Toutefois, aucuns chiffres concernant la vente des sacs réutilisables ou encore de sacs de plastique de 50 microns n’existeraient à ce jour, selon les enseignes interrogées par Radio-Canada.

« Il est encore trop tôt pour faire des comparaisons sur les habitudes des consommateurs », affirme Marc Fortin, président du Conseil canadien du commerce de détail, qui représente près de 45 000 commerces dans le pays, dont Metro et Walmart Canada.

Des amendes prévues

Après le 5 juin, date de la fin de cette période de grâce, les commerçants qui distribueront des sacs de plastique de moins de 50 microns pourraient être sanctionnés. La Ville de Montréal prévoit des amendes pouvant varier de 200 $ à 4000 $, selon qu'il s'agit d'une première infraction ou d'une récidive.

« Objectif raté », selon des commerçants

Aux caisses de l’Intermarché Boyer, l’une des principales épiceries du Plateau-Mont-Royal, le seul bannissement des sacs en plastique légers serait peu compris par les citoyens, signale Franck Henot, le propriétaire des lieux.

Selon ce dernier, « l’objectif est raté », puisque les sacs de 50 microns, autorisés à la vente, « sont utilisés directement pour les poubelles ». « Les gens ne reviennent pas avec en magasin. Dans le même temps, les ventes de sacs poubelles ont diminué. C’est une aberration », clame-t-il.

D'après une étude publiée par Recyc-Québec en début d’année, ces sacs plus épais doivent être utilisés de trois à six fois afin d’avoir un meilleur bilan environnemental que les sacs minces, désormais interdits. Pour les sacs réutilisables, une échelle allant de 35 à 75 réutilisations est évoquée.

La Ville de Montréal n’est pas allée assez loin. Il fallait bannir entièrement [les sacs de plastique] ou pas du tout. C'est un coup d'épée dans l'eau.

Franck Henot, patron de l’Intermarché Boyer

Du côté de Provigo, on assure également qu’« il n’y a pas vraiment de baisse notable » dans la vente de sacs de plastique.

« On n’a pas de grandes différences de comportement dans les magasins où les nouveaux sacs sont disponibles », note Johanne Héroux, directrice aux communications et aux affaires de l'entreprise. « Le grand changement chez le consommateur a été fait il y a quelques années, lorsqu’on a fait la promotion des sacs réutilisables. Avec ce sac plus épais, ce sont ceux qui ont oublié leur sac qui s’en procurent. »

Ce sentiment est partagé par Nicolas Allard, qui dirige la quincaillerie Delorimier de l’enseigne Rona, située sur l’avenue du Mont-Royal.

« Puisque ce n’est pas banni, les gens achètent des sacs plus épais qui leur coûtent 15 sous. Ça rend l’expérience désagréable pour les clients et ça ne règle rien », dit-il.

On doit protéger l’achat spontané, dit la Ville

Un réel changement serait ainsi souhaitable, soutient pour sa part Pierre-Alexandre Blouin, président de l'Association des détaillants en alimentation du Québec (ADAQ). Celui-ci se questionne quant à l’objectif actuel de la Ville de Montréal.

« La volonté était-elle de pouvoir annoncer une politique environnementale ou de vraiment améliorer le bilan environnemental? On va peut-être acheter moitié moins de sacs de plastique, mais ceux-ci seront plus épais, donc le gain pour l’environnement est nul », avance-t-il.

Si l’administration de Valérie Plante n’a pas souhaité, jusqu'ici, modifier le projet mis de l’avant par Denis Coderre, « c’était pour ne pas couper les ailes de l’achat spontané », défend Jean-François Parenteau.

« Quand tu es à vélo, que tu vas t’arrêter à l’épicerie pour trois ou quatre items, c’est compliqué de rentrer chez soi [sans un sac de plastique] », reprend-il.

L’élu préconise ainsi d’attendre la fin de l’année en cours afin d’avoir une meilleure vision de cette stratégie. « Il n’y aura pas d’autres décisions avant », précise-t-il.

Si rien ne se passe, Franck Henot promet que l'Intermarché Boyer prendra les devants. « Si la Ville ne prend pas cette responsabilité, moi, je vais le faire, prévient-il. J'ai une clientèle qui est sensibilisée, même si certains vont peut-être chialer au début. Mais il faut être crédible. »

L’industrie du plastique blâme Montréal

Opposée à cette mesure, l’Association canadienne de l’industrie des plastiques (ACIP) blâme la Ville, qui aurait « agi de façon précipitée et politique ».

Jamais l’administration Plante n’aurait dû bannir ces sacs de plastique légers, déplore Marc Robitaille, le porte-parole de l’ACIP. Ce dernier cite l’étude de Recyc-Québec qui a analysé le bilan environnemental de plusieurs types de sacs.

Le sac de plastique conventionnel performe mieux que les autres sacs jetables étudiés. Par sa minceur et sa légèreté, étant conçu pour un usage unique, son cycle de vie nécessite peu de matière et d’énergie.

Étude de Recyc-Québec

Montréal procéderait ainsi « aveuglément », sans tenir compte de ce rapport, alors que ce sac léger serait « bon pour l'environnement s'il est utilisé de façon responsable », critique Marc Robitaille, qui dirige également Omniplast, un manufacturier de sacs de plastique.

Son entreprise a-t-elle perdu de l’argent en raison de ce règlement? « Il est trop tôt pour le dire », répond Marc Robitaille, qui n’a pas voulu s’attarder sur ce sujet.

La Ville de Montréal a pour sa part soutenu qu’une campagne de communication et de sensibilisation visant les consommateurs allait se poursuivre.

Ces dernières années, de nombreuses villes partout dans le monde ont banni les sacs de plastique à usage unique de leur territoire. C’est le cas, par exemple, de Paris, Washington, Los Angeles, Seattle ou encore San Francisco.

Montréal a également décidé, fin mai, d'interdire la distribution et l'achat de petites bouteilles d'eau de plastique. Une stratégie globale de réduction du plastique devrait également voir le jour prochainement, selon une décision prise lors du dernier conseil municipal.

Avec la collaboration d’Olivier Bachand

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