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Notre acier, leurs pizzas : ce que vous devez savoir sur la guerre des tarifs

Acier laminé dans l'aciérie ArcelorMittal Dofasco à Hamilton.
Les nouveaux tarifs douaniers sont de l’ordre de 25 % sur les importations d'acier et de 10 % sur les importations d'aluminium en provenance du Canada, du Mexique et des 28 pays membres de l'Union européenne. Photo: Reuters / Mark Blinch
Radio-Canada

Les tarifs douaniers américains sur l'acier et l'aluminium canadiens sont en vigueur depuis minuit vendredi. L'administration Trump a choisi de se mettre à dos ses plus grands partenaires et alliés commerciaux. Voici cinq questions pour mieux comprendre les implications de cette décision qui risque de déclencher une guerre commerciale.


1. Quelles sont les nouvelles sanctions?

Annoncés le 1er mars, puis suspendus temporairement par le président américain Donald Trump, ces tarifs douaniers sont de l’ordre de 25 % sur les importations d'acier et de 10 % sur les importations d'aluminium en provenance du Canada, du Mexique et des 28 pays membres de l'Union européenne (UE).

Le président américain a décidé de ne pas prolonger les exemptions au-delà du 31 mai.

L'administration américaine justifie ses mesures en mettant en avant l’argument de la sécurité nationale, s’appuyant sur l'article 232 de sa loi sur l'expansion commerciale, un argument rejeté en bloc par le Canada.

Cet article rarement utilisé permet aux autorités américaines de restreindre les importations et d'imposer des restrictions illimitées si le département américain du Commerce voit une menace pour les droits de douane nationaux.


2. Comment a riposté le Canada?

Ottawa n’a pas tardé à répliquer à Washington avec des mesures semblables. Et la liste des produits visés ne se limite pas à l’acier ni à l'aluminium. Ces surtaxes punitives pourraient aller jusqu'à 16,6 milliards de dollars canadiens, ce qui représente le montant total des exportations canadiennes d'acier et d’aluminium vers les États-Unis en 2017.

Le gouvernement fédéral fait état de deux listes de produits qui seront surtaxés. La première comprend des produits d’acier et d’aluminium, qui seront imposés à 25 %.

La seconde liste porte sur une multitude de produits courants, tels que les yogourts, les fruits et légumes, le ketchup, la moutarde, la mayonnaise, les pizzas, le whisky, le chocolat, le papier hygiénique, les tondeuses et le sirop d'érable. Ces produits seront imposés à hauteur de 10 %.

Ces tarifs douaniers canadiens entreront en vigueur le 1er juillet et resteront en place jusqu’à ce que les États-Unis éliminent leurs surtaxes, a indiqué le gouvernement.

Le Canada n’exclut pas non plus de s’adresser à l'Organisation mondiale du commerce pour contester la décision américaine, qualifiée par la ministre canadienne des Affaires étrangères Chrystia Freeland d’« illégale ».

Justin Trudeau écoute Chrystia Freeland lors d'une conférence de presseLe premier ministre Justin Trudeau et sa ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, ont annoncé l'imposition de surtaxes ou d'autres mesures similaires sur des produits de l'acier et de l'aluminium d'origine américaine. Photo : La Presse canadienne / PATRICK DOYLE

3. Quelles ont été les réactions de l’Europe et du Mexique?

Les dirigeants de l'UE ont réagi en bloc en promettant des contre-mesures, notamment sur les jeans, le beurre de cacahuète, le jus d'orange et le bourbon américain dès que les États-Unis mettront leur menace à exécution.

C’est un bien mauvais jour pour le commerce international. Nous avons tout fait pour éviter ce résultat.

Cecilia Malmström, commissaire européenne au Commerce

Le Mexique, dont le principal partenaire commercial est les États-Unis, a annoncé « des mesures équivalentes sur divers produits », comme les raisins, les pommes, certains fromages et certains types d’acier.

En entrevue à l'émission 24/60, Patrick Leblond, professeur agrégé à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa, s’est gardé de parler de guerre commerciale. Il préfère parler de tensions commerciales et même « d’abus », rejoignant le discours de la ministre Freeland.

« Avec l’annonce qui a été faite par le gouvernement canadien, mais aussi par les Mexicains, par l’UE, c’est certain qu’il va y avoir énormément de pression sur l’économie américaine », a-t-il indiqué.

Selon M. Leblond, cette pression sera ressentie par M. Trump et son administration. « Tout cela est très ciblé pour avoir le maximum d’impact politique, notamment dans le contexte de mi-mandat au Congrès au mois de novembre », a-t-il soutenu.

Face à la riposte de l'UE, du Mexique et du Canada, Patrick Leblond estime que cette décision fera surtout mal aux États-Unis.


4. Comment est perçue la décision de Trump au sein de l’industrie?

Les industriels de l'aluminium et de l'acier au Canada ont vivement dénoncé l'approche américaine.

Alcoa, le géant mondial de l’aluminium, a fait part de sa déception et a jugé « regrettable » la décision de l’administration Trump. Même sentiment à AluQuébec, l'organisme qui assure la coordination de l'industrie québécoise de la transformation de l'aluminium.

Le Syndicat des métallos, qui représente des milliers de travailleurs de l'acier et de l'aluminium dans les deux pays, et l'Association de l'aluminium du Canada estiment que l’administration Trump ne s’attaque pas « au véritable problème ».

Les véritables « prédateurs de l’industrie », selon eux, sont plutôt la Chine, l’Égypte, la Russie et la Corée, a notamment indiqué le directeur du Syndicat des métallos, Marty Warren.

L'Union des municipalités du Québec (UMQ) a pour sa part exhorté Ottawa à intervenir rapidement.

L'industrie de l'acier au Canada

  • 19 usines dans 5 provinces, principalement en Ontario
  • 22 000 travailleurs
  • Valeur de la production : 14 milliards de dollars
  • Exportations : 7 milliards de dollars, dont 85 % aux États-Unis

L'industrie de l'aluminium au Canada

  • 10 alumineries
  • 8300 travailleurs
  • Valeur de la production : 9,3 milliards de dollars
  • Exportations : 7,3 milliards de dollars, dont 84 % envoyé aux États-Unis

5. Qu’en pense l’administration américaine?

Aux États-Unis, cette décision embarrasse certains politiciens, y compris dans les rangs des républicains, où l’on a essayé pendant des mois de convaincre l'administration Trump de cibler la Chine avec des tarifs douaniers plutôt que des partenaires commerciaux.

Cette décision contre les alliés des États-Unis pourrait même inciter les républicains à envisager des mesures contre leur propre président en matière de commerce.

Je ne suis pas d'accord avec cette décision.

Paul Ryan, président de la Chambre des représentants

« Il existe de meilleures façons d'aider les travailleurs et les consommateurs américains », a soutenu Paul Ryan, le président de la Chambre des représentants.

« J'ai l'intention de continuer à travailler avec le président sur ces meilleures options », a-t-il ajouté.

Dans un message sur son compte Twitter, le gouverneur de l’Ohio, John Kasich, a déclaré qu’« avec ces tarifs, ce n'est plus l'Amérique d'abord. Ce que nous voyons maintenant, c'est l'Amérique seule ».

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