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Tarifs sur l'acier : Ottawa riposte en imposant des surtaxes à son tour

Le premier ministre Justin Trudeau et sa ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, ont annoncé l'imposition de surtaxes ou d'autres mesures similaires sur des produits de l'acier et de l'aluminium d'origine américaine.

Photo : La Presse canadienne / PATRICK DOYLE

Radio-Canada

En réponse à la décision de l'administration Trump d'imposer des tarifs douaniers sur l'aluminium et l'acier canadiens, le gouvernement de Justin Trudeau réplique par des mesures similaires.

En conférence de presse jeudi après-midi, la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a donné le détail des mesures de représailles.

« Le Canada entend imposer des surtaxes, ou d'autres mesures similaires visant à restreindre le commerce, sur des importations d'acier, d'aluminium et d'autres produits provenant des États-Unis, et ce, à un montant allant jusqu'à 16,6 milliards de dollars canadiens », a-t-elle annoncé.

Ce montant représente le total des exportations canadiennes d’acier et d’aluminium vers les États-Unis en 2017, indique la ministre Freeland.

« Ces tarifs douaniers sont inacceptables », a affirmé d’emblée le premier ministre Trudeau en début de point de presse. « La décision d'aujourd'hui appartient entièrement à l'administration américaine. »

« Ça a été leur choix de commencer et d'imposer ces mesures inacceptables, et donc, nous répondons. Comme je l'ai toujours dit très clairement au président Trump, nous allons toujours être là pour défendre les intérêts des Canadiens et des travailleurs canadiens », a-t-il ajouté.

Rappelant la longue histoire de collaboration entre les deux pays, évoquant les deux guerres mondiales et celle de Corée, les plages de Normandie et la lutte commune contre le groupe armé État islamique, M. Trudeau a jugé « inconcevable » le fait que le Canada puisse être considéré comme une menace à la sécurité nationale des États-Unis.

L'administration américaine évoque en effet l’argument de la sécurité nationale en s’appuyant sur l'article 232 de sa loi sur l'expansion commerciale pour justifier ces mesures.

Ces tarifs sont un affront au partenariat de sécurité établi de longue date entre le Canada et les États-Unis, et un affront aux milliers de Canadiens qui se sont battus et sont morts aux côtés de leurs camarades américains.

Le premier ministre Justin Trudeau

Selon Justin Trudeau, il y a une balance commerciale de deux milliards de dollars en faveur des États-Unis dans le commerce de l’acier, puisque le Canada serait le destinataire de plus de la moitié des exportations de ce produit au monde.

Il dit craindre que ces tarifs brisent les chaînes logistiques entre les deux pays, qui sont en ce moment très compétitives, affirme-t-il.

Pas que l'acier et l'aluminium

Concrètement, Ottawa crée deux listes de produits qui seront surtaxés. La première liste inclut des produits d’acier et d’aluminium.

La seconde liste inclut une multitude de produits courants, tels que les yogourts, les fruits et légumes, le ketchup, la moutarde, la mayonnaise, les pizzas, le whisky, le chocolat, le papier hygiénique, les tondeuses et de très nombreux autres. Ces produits seront imposés à hauteur de 10 %.

« L’enjeu est de trouver des produits qui vont minimiser l’impact sur l’économie canadienne et maximiser l’impact sur l’économie américaine », a expliqué Patrick Leblond, professeur à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa, en entrevue à l’émission Midi info.

Les tarifs douaniers canadiens entreront en vigueur le 1er juillet et resteront en place jusqu’à ce que les États-Unis éliminent leurs surtaxes de 25 % sur l’acier et de 10 % sur l’aluminium, indique le gouvernement.

De plus, des démarches seront entreprises auprès de l'Organisation mondiale du commerce pour contester la décision américaine, que la ministre Freeland qualifie d’« illégale ».

« C'est le geste commercial le plus fort que le Canada a posé dans l'après-guerre. C'est une réponse très forte, c'est une réponse proportionnée, c'est parfaitement réciproque », a-t-elle argué en conférence de presse.

Entrevue avec Chrystia Freeland, ministre des Affaires étrangères

Ces représailles interviennent après l'enlisement des négociations entre le Canada, le Mexique et les États-Unis au terme de neuf mois de discussions sur l'ALENA.

Justin Trudeau affirme avoir parlé avec le président Donald Trump la semaine dernière. Il lui a proposé de se rendre à Washington pour régler les « derniers détails de l'ALENA, parce qu'on avait sur la table les grandes lignes d'un accord décent qui était gagnant-gagnant-gagnant ».

Le vice-président américain Mike Pence a toutefois rappelé les Canadiens cette semaine, imposant une précondition à la rencontre. Les États-Unis réclamaient ainsi une clause dite « crépusculaire » qui forcerait les parties à renégocier l'ALENA tous les cinq ans.

« Il était impossible qu'un premier ministre canadien signe un accord sur l'ALENA incluant une clause crépusculaire de cinq ans », a déclaré Justin Trudeau, et « évidemment la rencontre n'a pas eu lieu ».

Les partis d’opposition outrés

Le député conservateur Maxime Bernier a regretté cette sanction américaine. « Une guerre commerciale, ce n'est jamais sain. Donc, ça n'aidera pas les consommateurs d'ici ou les consommateurs américains », a-t-il affirmé.

Son collègue Jacques Gourde croit que le premier ministre doit « continuer à négocier ». En même temps, il s'est demandé « jusqu'à quel point on peut avoir un poids avec le gouvernement américain » dans ce dossier.

La néo-démocrate Karine Trudel, députée de Jonquière, où l’industrie de l’aluminium est importante, demande quant à elle à Justin Trudeau d’aller parler « dans le blanc des yeux » à Donald Trump.

« Le premier ministre devrait prendre l'avion, devrait aller voir directement le président des États-Unis, puis avoir vraiment une discussion d'homme à homme, sérieux, dans le blanc des yeux, et établir un plan d'action », a-t-elle lancé.

Gabriel Ste-Marie, de Québec debout, a pour sa part exigé du gouvernement fédéral qu'il ne laisse pas « l'aluminium en plan au profit de l'acier », car « l'aluminium c'est au Québec, c'est des milliers d'emplois », a-t-il souligné.

Québec condamne aussi la décision des Américains

La ministre des Relations internationales Christine St-Pierre et la ministre de l'Économie Dominique Anglade en mêlée de presse.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La décision américaine de tarifer l'acier et l'aluminium passe mal auprès du gouvernement québécois.

Photo : Radio-Canada

Plus tôt jeudi, la ministre de l'Économie du Québec Dominique Anglade avait condamné « sans réserve cette décision », ajoutant que le Québec doit « se tenir debout et ne pas se laisser faire ».

« C’est une décision qui va avoir des impacts du point de vue économique, pas seulement sur le Canada et le Québec, mais également sur les États-Unis », dit Mme Anglade.

« Une décision comme celle-là peut provoquer un ralentissement du point de vue économique sur les ventes, mais c’est un ralentissement de part et d’autre, alors c’est un cercle vicieux », a déploré la ministre Anglade à la sortie du caucus libéral jeudi matin.

Le premier ministre Philippe Couillard a abondé dans le même sens, insistant sur l’effet négatif d’une telle mesure sur le marché américain lui-même.

C’est une mauvaise décision pour les Américains. Ils viennent d’augmenter le coût de toute leur industrie manufacturière et de leur industrie de la défense. C’est totalement illogique.

Le premier ministre Philippe Couillard

Pas de protectionnisme québécois

Il n’est toutefois pas question pour Québec de réagir à l’imposition de tarifs douaniers par des mesures similaires.

« Je ne pense jamais que de répliquer à du protectionnisme par du protectionnisme est une bonne solution. On ne veut pas aller dans cette direction-ci », affirme Dominique Anglade, qui entend malgré tout « défendre bec et ongles les intérêts du Québec ».

Ne pas se laisser faire, ça veut dire de préparer un argument de poids, mais également trouver des alliés et faire le maximum de contacts.

Dominique Anglade, ministre de l’Économie du Québec

Une rencontre est prévue lundi prochain avec des représentants des secteurs de l’acier et de l’aluminium, indique Mme Anglade, en marge du G7.

En attendant, les neuf missions québécoises aux États-Unis s’activent « pour rencontrer et parler à nos partenaires », indique-t-elle.

Kathleen Wynne veut que le fédéral agisse

La première ministre ontarienne Kathleen Wynne a fait part de commentaires sévères envers l’administration Trump à l’annonce de ces tarifs douaniers, les qualifiant d’« inacceptables ».

« Cette décision à courte vue est une attaque à l’industrie ontarienne de l’acier et à ses travailleurs. Ce n’est pas le geste d’un ami, d’un allié ou d’un partenaire économique », a-t-elle déclaré par voie de communiqué.

J’ai parlé au premier ministre [Trudeau] hier pour exprimer nos préoccupations et pour demander au fédéral de prendre les mesures de représailles les plus fortes possible afin de protéger nos travailleurs ainsi que nos industries de l’acier et de l’aluminium.

Kathleen Wynne, première ministre de l’Ontario

À une semaine de l’élection générale, Mme Wynne appelle le Parti conservateur de Doug Ford et le Nouveau Parti démocratique d’Andrea Horvath à se joindre à elle afin que l’Ontario parle d’une seule voix.

Mme Wynne assure d’ailleurs que, si elle est réélue, sa priorité sera d’appuyer les industries de l’acier et de l’aluminium.

Les industries de l'aluminium et de l'acier ont vivement réagi aux tarifs américains, puisque ces industries sont des acteurs importants dans l'économie canadienne.

Les Américains ont consommé 5,5 millions de tonnes d'aluminium l'an dernier, alors que leur production nationale n'a été que de 700 000 tonnes. Les États-Unis se sont principalement approvisionnés auprès du Canada.

Le Québec compte neuf des dix alumineries canadiennes, exploitées par Rio Tinto Alcan, Alcoa et Aluminerie Alouette. Plus de 1400 entreprises sont actives dans le domaine de la formation. L'Ontario représente plus de 70 % de la capacité canadienne de production d'acier. L’industrie sidérurgique compte aussi 16 000 emplois directs et près de 53 000 emplois indirects en Ontario.

Avec les informations de La Presse canadienne, et Agence France-Presse

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