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  • Exclusif
  • Choisir l'aide médicale à mourir faute de soins palliatifs appropriés?

    Le reportage de Davide Gentile
    Radio-Canada

    La pénurie de médecins en soins palliatifs inquiète le Collège des médecins du Québec qui va même jusqu'à affirmer que cette situation aurait forcé certains patients à se tourner vers l'aide médicale à mourir.

    Un texte de Davide Gentile

    « Les soins de fin de vie ne peuvent se limiter à l'accès à l'aide médicale à mourir », écrit le président de l'institution dans une lettre envoyée mardi au ministre de la Santé du Québec Gaétan Barrette. Des problèmes de relève chez les médecins et une offre de service inégale d'une région à l'autre seraient à l'origine du manque de ressources en soins palliatifs, selon le Collège des médecins.

    Comme une dizaine de personnes atteintes de maladies incurables, Claudine Jodoin vient chaque semaine à la Maison Victor Gadbois de Beloeil, au sud de Montréal, qui offre des soins palliatifs spécialisés à des malades atteints de cancer en phase terminale. La femme de 61 ans a reçu un diagnostic de cancer en 2015, et on lui donnait alors six mois à vivre.

    Voir d'autres gens qui, comme moi, mordent dans la vie, ça me stimule à continuer.

    Claudine Jodoin

    Mme Jodoin a droit à un accompagnement de haute qualité à la Maison Victor Gadbois. Coiffure, massage et soins médicaux offerts par des spécialistes. Mais le Collège des médecins estime que ce n'est pas le cas partout au Québec. « On constate que des gens n'ont pas accès à des soins palliatifs. Ou encore que c'est mal organisé dans leur région », affirme le président Charles Bernard.

    La Société québécoise des soins palliatifs estime que le Plan de développement des soins palliatifs lancé en 2015 donne des résultats inégaux. « À certains endroits, il y a des améliorations. Parfois, ça stagne. Et, à certains endroits, ça s'est détérioré », dit la présidente Christiane Martel. Elle affirme que ces carences peuvent orienter certains patients vers l'aide médicale à mourir.­­

    Quand notre patient nous dit : "parce que je n'ai pas assez d'aide à domicile, parce que je suis pris à l'hôpital, je vais aller vers une demande d'aide médicale à mourir", les médecins sont mal à l'aise.

    Christiane Martel, présidente de la Société québécoise des médecins en soins palliatifs

    Dans sa lettre au ministre Barrette, le Collège des médecins relève clairement le manque de soins palliatifs. « Des patients, à défaut de bénéficier de ces soins, pourraient n'avoir eu d'autre choix que de demander une aide médicale à mourir pour finir leurs jours dans la dignité », peut-on lire. On allègue même une disparité quant au traitement des demandes.

    Il a été signalé au Collège que les patients qui demandaient l'aide médicale à mourir devenaient prioritaires quant aux ressources disponibles... au détriment des autres patients en fin de vie.

    Extrait de la lettre du Collège des médecins

    Le réseau de soins palliatifs serait aussi plombé par le manque de relève. Depuis cinq ans, une trentaine d'omnipraticiens ont suivi une année dite de « compétence avancée » en soins palliatifs. « On en a une seule en ce moment qui réussit à travailler en soins palliatifs à temps plein », affirme la Dre Christiane Martel.

    Les finissants en médecine sont en effet incités à travailler en clinique, pour permettre à un plus grand nombre de citoyens d'avoir un médecin de famille. Le Collège des médecins souligne aussi ce problème. Et il rappelle que le coeur de la loi sur les soins de fin de vie était de garantir à chaque Québécois l'accès à des soins palliatifs de qualité.

    Les soins de fin de vie ne peuvent se limiter à l'accès à l'aide médicale à mourir.

    Extrait de la lettre du Collège des médecins

    Des « présomptions », dit le gouvernement

    Dans une réponse écrite, le cabinet du ministre Barrette dit vouloir « nuancer les présomptions du Collège ». On rappelle que le Plan de développement en soins palliatifs et fin de vie lancé en 2015 doit être terminé en 2020.

    Des mesures ont effectivement permis d'améliorer certains éléments comme le nombre de personnes qui reçoivent des soins palliatifs à domicile. On en comptait 22 000 en 2014-2015, un nombre qui a grimpé à 24 000 pour l'année budgétaire 2017-2018. Mais les données disponibles indiquent des variations importantes d'une région à l'autre quant au nombre de personnes qui peuvent, par exemple, finir leurs jours à domicile.

    Selon des données compilées par Radio-Canada, environ 28 000 personnes ont recours aux soins palliatifs chaque semestre. En comparaison, approximativement 750 personnes ont reçu l'aide médicale à mourir en 2017.

    Claudine Jodoin n'a pas l'intention d'y avoir recours en raison de sa foi chrétienne et parce qu'elle se sent bien entourée. « Certains sont prêts à mourir, mais moi je ne suis pas rendue là. Mais je sens qu'on va m'accompagner. Je me sens en sécurité. »

    Aide médicale à mourir

    Santé