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Trans Mountain : le pari risqué de Trudeau

Une chargeuse est utilisée pour déplacer les sections d'oléoduc.
Des tuyaux d'acier utilisés dans l'expansion de l'oléoduc Trans Mountain de Kinder Morgan, sur un site de Kamloops, en Colombie-Britannique. Photo: Reuters / Dennis Owen
Radio-Canada

Justin Trudeau aurait probablement préféré ne pas avoir à sortir le portefeuille fédéral pour faire débloquer Trans Mountain. Mais pris entre l'opposition de la Colombie-Britannique et la menace de voir Kinder Morgan abandonner le projet, le gouvernement estime qu'il n'a d'autre choix que d'en devenir le maître d'œuvre. Après avoir clamé haut et fort que l'oléoduc était d'intérêt national, il doit maintenant convaincre les Canadiens qu'il a pris la bonne décision.

Une analyse de Madeleine Blais-Morin et de Daniel Thibeault, correspondants parlementaires à Ottawa

Depuis quelques mois, la période de questions du mercredi est devenue celle du premier ministre. Quel que soit le député, quelle que soit la question, c’est Justin Trudeau qui se lève pour y répondre. Hier, il y en a eu 38 en tout, dont 21 au sujet de la transaction du gouvernement canadien avec Kinder Morgan et trois autres où l’on a cité le dossier de l’oléoduc. Aucune n'a salué la démarche du gouvernement.

Si le résultat de cet exercice empreint de partisanerie n’a rien de surprenant, il offre peut-être une petite fenêtre sur ce qui attend Justin Trudeau et son caucus durant les mois d’été. Les Canadiens favorables au pipeline, tout comme ceux qui s’y opposent, ont tous des raisons de critiquer la démarche de Justin Trudeau.

Ainsi, sur le circuit des BBQ et des épluchettes de maïs qui meublent invariablement l’été des politiciens, Trans Mountain risque fort de devenir un sujet incontournable puisque c'est maintenant le gouvernement qui est aux prises avec un projet dont les risques financiers et l'incertitude ont été jugés trop importants par Kinder Morgan.

Pour Justin Trudeau, les périls ne sont toutefois pas que financiers, ils sont aussi politiques.

Minimiser l'impact politique

Les libéraux occupent 18 des 42 sièges en Colombie-Britannique. Certains sont situés sur le tracé du controversé pipeline, ou du moins tout près. La population y est divisée.

Un député libéral nous expliquait sous le couvert de l’anonymat que l’inquiétude au sein des troupes est modérée. Ceux qui s’opposent au projet aujourd’hui s’y opposaient déjà lors de l’élection de 2015. N’empêche, le gouvernement n’a rien fait cette semaine pour consolider le vote et espérer des gains.

Et rien ne garantit que les libéraux puissent compenser d’éventuelles pertes sur la côte ouest avec des gains en Alberta.

Ailleurs au pays, cette décision pourrait aussi déplaire. Pour ceux qui s’opposaient déjà à l'oléoduc, on dépasse la mesure en usant de l'argent public pour acheter le projet. Surtout qu’on ne sait toujours pas à combien va s’élever la facture.

Selon les sondages, une majorité de Canadiens appuyait le projet. La plupart d'entre eux s’opposent toutefois à ce que l’argent des contribuables serve à financer l’oléoduc.

C'est le genre de casse-tête où il est impossible de trouver une solution totalement gagnante. Le gouvernement pouvait au mieux espérer minimiser les impacts négatifs, mais on devra attendre des mois avant de prendre la pleine mesure des conséquences pour les troupes de Justin Trudeau.

Pris entre l’arbre et l’écorce

Il y a fort à parier que Justin Trudeau et ses ministres ne rêvaient pas du jour où leur gouvernement deviendrait propriétaire d’un oléoduc et maître d’œuvre de son expansion. Mais le risque était fort de voir le projet être carrément abandonné, ce qui aurait pu miner la confiance des investisseurs dans la possibilité de réaliser de grands projets au Canada.

Si le gouvernement a choisi d’investir dans Kinder Morgan, c'est parce qu'il croyait vraisemblablement que c'était la moins mauvaise des options. Il avait déjà clairement appuyé le projet, il a simplement poussé la logique de son message jusqu'au bout. Mais pas question de décorer ou de pendre la crémaillère.

Justin Trudeau ne souhaite pas être propriétaire de Trans Mountain très longtemps et espère qu’un ou des investisseurs décideront de l’acheter, idéalement avant même que la vente ne soit finalisée avec Kinder Morgan, en août.

Jusqu’ici, personne ne s’est manifesté.

Puisque le gouvernement de la Colombie-Britannique maintient qu’il s'opposera au projet, peu importe le propriétaire, les investisseurs potentiels ne risquent pas de se bousculer au portillon. Du moins tant que le projet d’expansion ne sera pas terminé. Ce dossier risque donc de coller à la peau du gouvernement fédéral pendant encore des mois.

Justin Trudeau remportera-t-il son pari? Il faudra du temps avant de le savoir. D’ici là, les Canadiens se rendront vraisemblablement aux urnes et devront se faire leur propre idée.

Autres exemples d’investissements gouvernementaux dans le secteur pétrolier

Syncrude

En 1974, le fédéral et le gouvernement albertain viennent à la rescousse de l'entreprise après le départ de l'un des actionnaires. Le gouvernement de Peter Lougheed fait de l'Alberta un partenaire financier de Syncrude. La vente de ce bloc d'actions en 1995 représentera un profit substantiel pour la province. En 2015, le projet avait généré quelque 14 milliards de dollars en royautés.

Pétro-Canada

Fondée en 1975, la société pétrolière se voulait la réponse du gouvernement de Pierre-Elliott Trudeau à la crise énergétique mondiale. La vente de Pétro-Canada par émissions publiques d’action de 1991 à 2004 a été la plus importante privatisation du genre à ce jour, générant au-delà de 5,7 milliards de dollars. On estime que le produit total brut a dépassé de près de 750 millions de dollars l’investissement total des contribuables.

Hibernia

En 1993, alors que le projet d'Hibernia connaît d’importantes difficultés, le gouvernement de Brian Mulroney y investit 2,7 milliards. À ce jour, l’ensemble des sommes prêtées ont été repayées et, depuis 1997, le projet génère des redevances évaluées en 2014 à 100 millions de dollars par année. Le gouvernement fédéral détient toujours 8,5 % d'Hibernia. En 2013, la valeur de cette participation était évaluée à 1 milliard de dollars.

Avec les informations colligées par Philip Ling de CBC

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