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Eau embouteillée : un village ontarien contre Nestlé

Le reportage de Philippe Leblanc
Radio-Canada

Les affiches sont visibles un peu partout dans la petite communauté d'Elora, un des villages les plus pittoresques de l'Ontario. « Préservons notre eau »... « Dites non à Nestlé »... Le message est sans équivoque. Depuis trois ans, les résidents luttent pour empêcher la multinationale d'exploiter leur précieuse ressource afin de l'embouteiller.

Un texte de Philippe Leblanc

Cette guerre de l'eau dans la petite communauté en pleine explosion démographique qui comptera 50 000 habitants dans 20 ans a commencé en 2015. Nestlé avait alors entamé des démarches pour acquérir un puits d'eau situé dans une usine abandonnée depuis une dizaine d'années, propriété de la Middlebrook Water Company.

La multinationale embouteille déjà 4,7 millions de litres d'eau tirée de ses autres puits de la région, ceux d'Aberfoyle et de Hillsburgh. Le puits de Middlebrook – d'une capacité de 1,1 million de litres par jour – permettait à Nestlé d'envisager une expansion éventuelle.

L’eau couvre plus de 70 % de la surface de la Terre, et pourtant, il s'agit d'une ressource en péril. Toute la semaine, nous explorons différents angles liés à ce sujet dans notre série « L'eau, cette ressource menacée ».

Village d'Elora en OntarioLe petit village d’Elora comptera 50 000 habitants dans 20 ans. Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

« C'est une source d'approvisionnement d'appoint, assure la directrice des ressources pour Nestlé Canada, Andréanne Simard. Ça nous accorderait un peu plus de flexibilité lorsque nous fermons les autres puits pour des travaux annuels d'entretien. Mais les besoins en eau potable de la communauté priment. »

« La nappe phréatique de la région est très vulnérable, affirme Robin Gow, une résidente d'Elora. On ne sait pas s'il y a de l'eau en abondance. Même s'il y a de l'eau en abondance, il se peut que cette eau ne soit pas nécessairement potable et il y a le fait que notre population doit doubler d'ici 2041. »

« La nappe phréatique de la région est très vulnérable, affirme Robin Gow, une résidente d'Elora. On ne sait pas s'il y a de l'eau en abondance. « La nappe phréatique de la région est très vulnérable, affirme Robin Gow, une résidente d'Elora. On ne sait pas s'il y a de l'eau en abondance. Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

Après avoir eu vent de l'offre de Nestlé, le comté de Wellington a fait une offre pour acquérir le puits. La multinationale a offert de bâtir un partenariat public-privé, ce qui a été refusé.

« Notre municipalité a considéré l'achat de ce puits il y a quelques années, précise Robin Gow. Mais à l'époque, on ne savait pas qu'on allait doubler notre population et construire l'infrastructure de distribution de l'eau aurait coûté très cher.  »

Des frais d'exploitation et d'embouteillage insuffisants

Ce qui rend l'acquisition d'un puits supplémentaire si alléchant pour une multinationale comme Nestlé, ce sont entre autres les faibles frais d'exploitation liés aux permis d'embouteillage. Ils ont augmenté l'an dernier cependant, passant de 3,71 $ pour chaque million d'eau prélevé à 503,71 $ par million de litres. En guise de comparaison, ces frais sont de 70 $ au Québec. Des sommes dérisoires lorsqu'on pense aux profits que Nestlé réalise avec cet or bleu, rétorquent les opposants d'Elora qui invitent au boycottage de la multinationale.

« Ces géants prennent de l'eau à très bon marché, soutient Roger Dufau, un résident d'Elora. On ne voit vraiment pas la raison, parce que l'eau, ça doit rester au local. Les ressources, ça appartient au local. Ça n'appartient pas aux géants de l'économie internationale. Le problème, c'est qu'on a des lois imbéciles qui sont très vieilles. »

En fait, l'Ontario a imposé un moratoire de deux ans qui prendra fin en janvier prochain sur l'ouverture de nouvelles usines d'embouteillage d'eau et l'agrandissement des installations existantes. Le ministre de l'Environnement en poste au moment de l'entrée en vigueur du moratoire, Glenn Thibeault, avait alors affirmé qu'il s'agissait d'une étape importante pour la protection de l'eau et sa préservation pour les générations futures.

En raison du moratoire, Nestlé n'a pas le droit d'effectuer des tests et des prélèvements au puits Middlebrook, encore moins de puiser de l'eau pour de l'embouteillage. D'ailleurs, l'entreprise promet de communiquer les résultats de ses tests aux citoyens lorsqu'ils seront effectués.

Au prochain gouvernement provincial de trancher

Mais qu'adviendra-t-il en janvier prochain? Le moratoire sera-t-il prolongé? Le gouvernement ontarien permettra-t-il plutôt l'agrandissement d'installations ou l'ouverture de nouvelles usines? L'issue de l'élection de la semaine prochaine pourrait jouer pour beaucoup dans la décision.

« Tout dépendra du gouvernement et de sa volonté politique, dit Donna McGraw, une des porte-parole du mouvement Save Our Water. Va-t-il choisir d'aider une multinationale étrangère ou d'écouter ses propres citoyens? »

Le député sortant de la circonscription de Wellington-Halton Hills est le conservateur Ted Arnott. Des représentants de Nestlé Canada et les opposants au projet du puits Middlebrook ont rencontré tous les candidats au cours de la campagne électorale.

Environnement