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Trump et la difficile dénucléarisation de la Corée du Nord

Une photo montage du président américain Donald Trump et du dirigeant nord-coréen Kim Jong Un

L'administration Trump souhaite une dénucléarisation rapide, mais les experts y voient plutôt une longue route semée d'embûches.

Photo : Reuters / Kevin Lamarque et Korea Summit Press

Radio-Canada

La destruction par la Corée du Nord de ses armes nucléaires est la condition incontournable posée par les États-Unis pour la tenue d'un sommet entre les présidents Donald Trump et Kim Jong-un. L'administration Trump souhaite une dénucléarisation rapide, mais les experts y voient plutôt une longue route semée d'embûches.

Un texte de Christian Latreille, correspondant à Washington

Un document rédigé par des spécialistes de l’Université Stanford en Californie circule à Washington sur la façon d’en arriver à convaincre la Corée du Nord de détruire son programme et ses armes nucléaires.

Dans une entrevue au New York Times, l'un des auteurs de l’étude, Siegfried S. Hecker, affirme que le processus de dénucléarisation s’annonce très long. Le Dr Hecker demeure le seul scientifique américain à avoir visité à quatre reprises les installations d’enrichissement d’uranium et de plutonium à Yongbyon en Corée du Nord.

L’étude, rédigée également par Robert L. Carlin, ex-agent de la CIA et analyste au département d’État qui s’est rendu plus de 30 fois en Corée du Nord, laisse entrevoir trois phases pour débarrasser le régime communiste de ses armes de destruction massive.

  • Phase 1 : arrêt des opérations militaires et industrielles liées au programme nucléaire. Durée : 1 an.
  • Phase 2 : ralentissement des opérations sur les sites et centres de recherche liés au développement des armes. Durée : 2 à 5 ans.
  • Phase 3 : élimination des centres de production et du programme nucléaire. Durée : 6 à 10 ans.

Les auteurs soulignent que la mise en application d’un tel plan est intrinsèquement liée à la confiance que Washington et Pyongyang vont bâtir au cours des pourparlers qui ne font que débuter après près de 70 ans de froid diplomatique.

De son côté, le président Trump exige une dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible précise le New York Times.

Si on ajoute toutes les tergiversations politiques et les problèmes techniques, une dénucléarisation complète pourrait prendre jusqu’à 15 ans.

Siegfried S. Hecker

Il y a maintenant plus de 25 ans que la Corée du Nord développe son programme nucléaire civil et militaire. La force atomique est cruciale pour le régime de Kim Jong-un. C’est une garantie pour sa sécurité. Et une carte essentielle pour amener les Américains à négocier.

Les auteurs de l’analyse soulignent que la destruction, le 24 mai dernier, d’un site d'essais nucléaires est un pas dans la bonne direction pour rétablir les relations entre Washington et Pyongyang. D’autres gestes semblables, comme le démantèlement du réacteur pour l’enrichissement de plutonium, seraient les bienvenus, ajoutent-ils.

Nous sommes donc très loin du modèle libyen maintes fois évoqué par John Bolton, conseiller à la sécurité nationale, et le vice-président américain, Mike Pence, comme solution possible pour la dénucléarisation de la Corée du Nord.

La Libye, affirment MM. Hecker et Carlin, était très loin d’avoir développé la bombe, alors que la Corée du Nord a déjà assemblé entre 20 et 60 bombes atomiques. « L’idée de sortir l’arsenal nucléaire nord-coréen et de le détruire hors du pays est naïve et dangereuse », disent les deux spécialistes. « Nous parlons ici de douzaines de sites, de centaines d’installations et de milliers de personnes. »

L’approche par phases est moins spectaculaire, mais semble beaucoup plus prometteuse et réaliste pour en arriver à un accord durable entre les États-Unis, la Corée du Nord et la Corée du Sud.

Cette stratégie, selon Siegfried Hecker et Robert Carlin, devient d’autant plus possible en raison du rapprochement historique entre les deux Corées. « Les éternels rivaux peuvent maintenant espérer développer une coexistence pacifique et mettre en place des protocoles de vérification, ce qui était impensable il y a à peine six mois. »

Le succès de ces négociations va également dépendre du sérieux des engagements américains. La Corée du Nord est peut-être ouverte à une dénucléarisation, mais en retour, les États-Unis vont certainement devoir s’engager à investir des milliards de dollars pour sortir ce pays de son isolement et de sa pauvreté.

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