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Netflix à Montréal pour une série de rencontres avec des producteurs

Opération séduction des producteurs à Netflix

Même s'ils continuent de s'inquiéter des bouleversements que cause Netflix dans leur industrie, des producteurs de cinéma et de télévision québécois ont rencontré pour la première fois de façon officielle des représentants du géant américain mercredi à Montréal.

Un texte de Vincent Champagne

Deux jours de rencontres individuelles de 30 minutes sont prévus à l’hôtel William Gray, dans le Vieux-Montréal.

« L’idée, c’est d’établir des relations avec les producteurs », confirme la Québécoise Dominique Bazay, installée en Californie depuis qu’elle est directrice du contenu jeunesse chez Netflix. « Ils nous présentent leurs idées, on en discute, on parle beaucoup de l’industrie en général. C’est super agréable, parce qu’on établit des relations avec les producteurs, en même temps qu’on parle des projets. »

Netflix est au cœur de la controverse depuis que le gouvernement fédéral a conclu une entente avec l'entreprise en septembre dernier. En vertu de cet accord, le producteur et diffuseur de films et de téléséries ne paiera pas de taxes au Canada sur ses services, mais s’engage à financer des productions canadiennes à hauteur de 500 millions de dollars sur cinq ans.

Les rencontres actuelles doivent permettre la mise en branle de ces projets, même si aucun échéancier n’est encore établi. « C’est vraiment juste le début d’une recherche de projets et le début des relations entre les producteurs et nous », indique Dominique Bazay.

Tout bon projet, toute bonne série sort d’une bonne relation avec un producteur ou un créateur.

Dominique Bazay, directrice du contenu jeunesse, Netflix

L’entente avec Netflix a été décriée par plusieurs acteurs politiques, mais aussi par le milieu culturel. Certains ont parlé d’iniquité fiscale, d’autres ont montré du doigt le manque de transparence de l’entreprise sur ses orientations et sur sa façon de choisir les projets.

Il y a aussi beaucoup d’incertitude en ce qui a trait à la quantité de productions originales en français, puisque rien dans l’entente n’oblige Netflix à produire de séries dans cette langue.

Plus globalement, les questions de diversité culturelle et de pluralité des genres et des points de vue soulèvent l’inquiétude face au rouleau compresseur que représente Netflix.

En effet, 55 % des francophones âgés de 18 à 34 ans sont abonnés à la célèbre plateforme américaine (contre 31 % dans la population générale).

Un carton de Netflix est accroché sur une poignée de porte.Les rencontres se sont tenues derrière des portes closes à l'hôtel William Gray, à Montréal. Photo : Radio-Canada

Un appel de projets de dernière minute

Le 14 mai dernier, l’Association québécoise de la production médiatique (AQPM) a fait parvenir à ses membres une note les informant que Netflix venait à Montréal pour les rencontrer. « Netflix souhaite faire connaître de grandes histoires québécoises au monde entier », pouvait-on lire dans l’appel d’offres.

Quelques semaines plus tôt, Mme Bazay en avait avisé les membres de l’AQPM lors de son allocution au congrès de l’organisation, sans donner de détails.

Les producteurs, qui développent habituellement leurs projets sur plusieurs mois, voire des années, ont eu une semaine pour envoyer des dossiers à une adresse courriel générale. Il n’y avait pas de personne-ressource à qui s’adresser pour des questions complémentaires.

Les producteurs pouvaient soumettre des concepts de productions originales « dans une autre langue que l’anglais », des propositions de séries originales ou de science-fiction en anglais, ou encore des projets de documentaires ou de séries jeunesse dans l’une ou l’autre des deux langues.

« Nous avons une préférence pour les films de genre forts », pouvait-on lire comme rare critère de sélection.

« On cherche une idée originale, une idée qui peut attirer des audiences au niveau international », dit Felipe Tewes, directeur des productions originales internationales chez Netflix. « Mais surtout, [on cherche] des concepts qui sont différents de la production qui est déjà faite ici. Toutes les productions sont disponibles au niveau mondial. »

« C’était très rapide pour préparer des projets, mais de notre côté, nous en avions qui étaient presque prêts », indique Micheline McInnis, directrice générale chez Duo Productions. « Ça a été une grosse semaine, c’est sûr. »

Son entreprise, qui est derrière plusieurs téléséries populaires comme Yamaska, L’heure bleue ou Nos étés, a présenté quelques projets et a reçu une convocation de la part de Netflix.

« C’est un peu énervant, parce qu’on ne sait pas ce que ça va donner, dit Mme McInnis. Est-ce qu’ils veulent être producteurs, est-ce qu’ils veulent être diffuseurs? On ne sait rien de tout ça », ajoute-t-elle.

On a "pitché" un peu à tout hasard, parce qu’ils étaient là et qu’on avait de beaux projets. On s’est dit "pourquoi pas"?

Micheline McInnis, directrice générale, Duo Productions

Mickael Mosca, président d’Equinoxe Films, a été moins chanceux. Même s’il a soumis trois projets, il n’a eu aucun appel. « Ça aurait été bien, qu’ils accusent réception, mais je n’ai pas de façon de savoir s’ils ont reçu mes projets ou pas », se désole-t-il.

« Je me demande comment ils ont fait pour analyser autant de propositions en aussi peu de temps », indique une productrice indépendante qui préfère ne pas s’identifier. « Il n’y a pas de directives claires sur ce qu’ils cherchent. On n’a pas de repère, sauf de regarder leur programmation en ligne », dit-elle encore, précisant qu’elle a dû tout mettre de côté pendant une semaine afin de préparer trois projets. Elle n’a pas été convoquée par Netflix.

La maison de production de la productrice et animatrice Julie Snyder a déposé « quelques projets », mais ne souhaite pas faire davantage de commentaires. La boîte de Louis Morissette, KOTV, confirme être en lien avec Netflix pour certains projets, mais il n'en sera pas question dans le cadre de ces journées.

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