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La Semaine de la mode autochtone de Toronto tisse identité, tradition et changement social

Assis sur un bureau où est installée une machine à coudre, Evan regarde au loin.
Le créateur de mode Evan Ducharme, qui participera à la première Semaine de la mode autochtone de Toronto, pose dans son studio de Vancouver. Photo: La Presse canadienne / Darryl Dyck
Radio-Canada

Pour la créatrice Sage Paul, la mode ne se limite pas qu'à faire de belles choses, et c'est ce que la jeune femme entend prouver à compter de jeudi avec la Semaine de la mode autochtone de Toronto.

Le perlage, le tissage, le textile et la couture sont inextricablement liés à l’éducation et à l’identité de cette artiste dénée pour qui la création de vêtements, de bijoux et d'accessoires est autant une lutte contre les stéréotypes qu'une façon de bien paraître.

« Si nous voulons maintenir notre culture et poursuivre le travail de nos ancêtres qui nous l’ont transmise, la seule façon d'y parvenir, c'est de le faire », dit Mme Paul depuis Toronto, où elle habite.

Elle a fondé la Semaine de la mode de Toronto afin, dit-elle, de présenter « les artistes autochtones les plus uniques et les plus avant-gardistes qui travaillent dans les domaines de la mode, du textile et de l'artisanat ».

L'événement de quatre jours offrira des défilés de mode, une exposition, des conférences, des ateliers et un marché. Des artistes autochtones du Canada, des États-Unis et du Groenland y participeront.

Le tout débute jeudi avec des défilés de Lesley Hampton, Evan Ducharme, Janelle Wawia et Sugiit Lukx Designs.

Des conférences et des débats – sans frais d’admission – verront notamment l'artiste Kent Monkman, la tisserande Barbara Teller et le critique culturel Jesse Wente aborder des sujets tels que le symbolisme dans la mode et l'imagerie, l'appropriation culturelle, les teintures et les fibres autochtones ainsi que la technologie et l'innovation.

Evan Ducharme se réjouit de l’existence d’une occasion supplémentaire de célébrer et de promouvoir les artistes autochtones, qui priorisent souvent des matériaux durables, l'approvisionnement éthique et la réduction des déchets.

C'est aussi l’opportunité de présenter la vaste gamme des horizons autochtones, ajoute-t-il.

« Certaines personnes regardent mon travail et me demandent : "Où est la frange? Où se cache le cerf? Où sont les perles? Parce que les Métis sont réputés pour leurs pièces perlées. Mais aucune des femmes de ma famille ne faisait de perlage quand je grandissais. Ce n’est pas quelque chose qui a fait partie de mon éducation », dit le jeune homme de 25 ans, qui vient de la communauté métisse de St-Ambroise, au Manitoba.

« Et bien sûr le perlage c’est magnifique, j'adorerais en inclure dans mon travail, poursuit-il. Mais il faudrait que j’aborde ça d'une façon complètement différente de celle d'un designer métis qui a été élevé en apprenant à en faire. C'est une question d'éthique. »

Une culture marchandisée

Malheureusement, la plupart des gens qui ne sont pas autochtones sont initiés au design autochtone par l’entremise de babioles touristiques et de souvenirs bon marché, remarque Sage Paul.

Malgré le fait que de nombreuses communautés peuvent compter sur des maîtres tisserands, des maîtres du perlage et des artistes d'appliqué, ces experts en leur domaine ne jouissent pas d’une grande reconnaissance pour leurs talents, explique-t-elle.

À cause de la colonisation et de la marchandisation de notre culture, beaucoup de nos talents ont été dépréciés.

Sage Paul, fondatrice de la Semaine de la mode autochtone de Toronto

« Vous pouvez aller dans n'importe quel magasin touristique au Canada et acheter une pièce perlée vraiment bon marché qui n'est même pas fabriquée au pays... Ça coûte plus cher de créer des pièces uniques sur mesure. »

L'industrie de la mode n'a jamais été très facile d’accès pour les créateurs émergents qui travaillent le plus souvent sur commande ou qui ne font que de petites séries, ajoute Mme Paul. Ceux qui vivent dans des réserves éloignées sont encore plus désavantagés, parce que les outils, les matériaux et l'expédition coûtent plus cher.

« Nous ne pouvons pas produire en quantité suffisante pour qu'un grand détaillant s’y intéresse. J'espère changer ou du moins influencer la façon dont nous travaillons avec les designers autochtones, par exemple d’acheter en plus petites quantités et de miser sur la valeur qui est ainsi créée », dit-elle.

« En réunissant tout le monde à Toronto, j'espère vraiment que ça va susciter un intérêt chez les détaillants et leurs acheteurs, qui auront ensuite la motivation nécessaire pour trouver les designers, peu importe où ils sont. »

De l’importance des idées nouvelles

Maintenant que la mode durable est en vogue dans l’industrie, Sage Paul espère que les techniques et les connaissances autochtones en la matière seront reconnues à leur juste valeur. Elle donne l’exemple de Janelle Wawia, une artiste autodidacte du nord-ouest de l'Ontario qui piège ses propres fourrures et son cuir.

« Nous savons où va la nourriture : dans la communauté, pour nourrir ses membres. Les os servent d'outils et la fourrure est utilisée pour tout ce qui a trait aux vêtements. »

Evan Ducharme, de son côté, mentionne qu'il a ajouté 10 nouvelles pièces à une collection qu'il a dévoilée à la Semaine de la mode autochtone de Vancouver, l'été dernier. Il les dévoilera cette semaine à Toronto, en partie afin de combattre l'idée que les collections sont jetables d'une saison à l'autre.

Le jeune homme de 25 ans, dont les créations ne s'adressent spécifiquement ni aux hommes ni aux femmes, affirme que l’ouverture d’esprit face aux nouvelles idées est la clé pour l'avenir de la mode.

Et il a beaucoup à offrir.

« Mon travail sera toujours une ode aux ancêtres qui ont fait tout ce qu'ils ont pu pour que ma génération et les générations à venir aient un avenir meilleur », dit-il d’un ton convaincu.

La Semaine de la mode autochtone de Toronto commence jeudi et se poursuit jusqu'à dimanche.

Avec les informations de La Presse canadienne

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