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Le tabagisme progresse dans les pays à faibles revenus

Un enfant allume une cigarette
Un jeune de 12 ans à Yogyakarta, en Indonésie. On estime qu'environ 20 millons d'enfants indonésiens de moins de 10 ans fument. Photo: Getty Images / Ulet Ifansasti
Radio-Canada

Le monde compte plus de 1 milliard de fumeurs, soit 35 % des hommes et 6 % des femmes. Mais les différences entre les pays sont grandes. Alors qu'en Occident le taux de tabagisme a fortement baissé au cours des dernières années, il est plutôt en augmentation dans certains États d'Afrique et d'Asie du Sud-Est.

Un texte de Ximena Sampson

Au cours des dernières années, les campagnes contre le tabagisme semblent avoir porté fruit en Occident. C’est d’ailleurs en grande partie grâce aux améliorations dans les pays riches que le taux de tabagisme mondial a reculé pendant la dernière décennie.

Au Canada, la proportion de fumeurs (hommes et femmes confondus) est passée de 35 % en 1985 à 16 % en 2012, selon Statistique Canada.

Dans les pays en développement cependant, la tendance est tout autre, explique Mark Hurley, de l’ONG américaine Campaign for tobacco-free kids (Campagne pour des enfants sans tabac).

« Nous sommes inquiets des tendances mondiales en ce qui concerne le tabagisme et les façons dont l’industrie du tabac cible les pays à revenu faible ou intermédiaire comme marchés, pour assurer sa croissance », soutient M. Hurley.

Variation du taux de tabagisme chez les hommes entre 2000 et 2015

Carte montrant les pourcentages par pays.Variation du taux de tabagisme chez les hommes entre 2000 et 2015 Photo : Radio-Canada

Source : Organisation mondiale de la santé

La version originale de ce document a été modifiée. Pour des raisons techniques, la version interactive de la carte n'est plus disponible.

Variation du taux de tabagisme chez les femmes entre 2000 et 2015

Carte du mondeVariation du taux de tabagisme chez les femmes entre 2000 et 2015 Photo : Radio-Canada

Source : Organisation mondiale de la santé

La version originale de ce document a été modifiée. Pour des raisons techniques, la version interactive de la carte n'est plus disponible.

L’Afrique, en particulier, est dans la mire des compagnies de tabac, qui y voient un marché porteur.

« Plusieurs États africains, à l’instar d’autres pays à revenu faible et intermédiaire, n’ont pas de lois assez sévères pour réduire le taux de tabagisme », déplore Mark Hurley.

La Convention-cadre de l’Organisation mondiale de la santé pour la lutte antitabac (CCLAT) tente d’outiller les pays africains pour qu'ils protègent mieux leur population, entre autres à travers une stratégie qui prévoit cinq mesures :

  • des lois contre la fumée secondaire;
  • l’interdiction de la publicité, de la promotion et du parrainage;
  • des avertissements graphiques sur les dangers du tabagisme;
  • une augmentation des taxes;
  • du soutien au sevrage.

Patrick Musavuli, du secrétariat de la Convention-cadre, estime que certains États déploient des efforts importants.

« Une grande partie des pays d’Afrique de l’Ouest ont ratifié la convention et ont commencé à la mettre en œuvre par le biais de la loi », souligne-t-il. Le Sénégal, le Burkina Faso, le Bénin, la Gambie et le Ghana, notamment, travaillent en ce sens.

Chaque année, le 31 mai, l'OMS et ses partenaires marquent la Journée mondiale sans tabac.

Protéger les jeunes

La mesure portant sur l’augmentation des taxes est particulièrement importante, croit Mark Hurley, puisqu’elle place le produit hors de la portée des personnes à faible revenu, ainsi que des enfants et des adolescents.

C’est que les jeunes sont un autre segment ciblé par l’industrie. « Les compagnies de tabac font des efforts considérables pour que la prochaine génération de fumeurs devienne accro au tabac », estime M. Hurley.

Dans plusieurs pays, les environs des établissements scolaires sont entourés de publicités pour les cigarettes. « En Indonésie, dès qu’un élève sort de l’école, ou même à travers les grilles de la cour, il voit les pancartes vantant les mérites des produits du tabac », raconte-t-il.

Les cigarettes sont vendues dans les échoppes à côté d’autres produits comme de l’eau, des jouets ou des bonbons. Ça semble être un produit normal.

Mark Hurley, de l’ONG Campaign for tobacco-free kids

Plus que de la volonté politique

Sur la cartouche est écrit : « Fumer cause une mort lente et douloureuse », au bas de la photo d'un homme intubé.Une cartouche de cigarettes dans une échoppe de Dakar, le 26 août 2017. Photo : Getty Images / SEYLLOU

Même si la volonté politique est là, les cigarettiers ne cèdent pas facilement. « Quand l’industrie sait qu’un pays a ratifié la convention et qu’il prépare une loi pour la mettre en œuvre, elle essaie de l’en empêcher », raconte le Dr Musavuli.

Ça passe notamment par du lobbying auprès des élus ou de l’ingérence pour tenter carrément de s’immiscer dans la rédaction des lois, ajoute-t-il.

Ces États ont la volonté d’aller de l’avant et ils ont ratifié le traité, mais le mettre en action est un énorme défi, parce que l’industrie riposte sur tous les fronts.

Alison Comara, de la Convention-cadre de l’OMS à Genève

Il faut donc bien se préparer pour lui faire face. Certains y arrivent, malgré les difficultés et les obstacles juridiques.

Mark Hurley donne l’exemple de certains pays d’Amérique latine, qui ont mis en place des règles strictes concernant l’interdiction de fumer dans les lieux publics et les avertissements graphiques sur les paquets de cigarettes, en plus de s’opposer aux cigarettiers devant la justice.

« L’Uruguay est un excellent exemple de pays qui s’est battu contre les compagnies de tabac et qui a gagné toutes les batailles en cour », affirme-t-il.

C’est aussi l'un des pays qui a enregistré les plus fortes baisses du taux de fumeurs entre 2000 et 2015, passant de 48,1 % à 26,7 %.

Santé

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