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Soins de santé en français : un enjeu oublié dans la campagne électorale ontarienne

Un stéthoscope aux couleurs du drapeau franco-ontarien
Des Francos-Ontariens déplorent que l'accès aux soins de santé en français ne fasse pas partie des enjeux de la campagne électorale en Ontario. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Faire des heures de route pour recevoir des soins de santé en anglais ou pour servir d'interprète à un proche, voilà la réalité à laquelle de nombreux Franco-Ontariens doivent régulièrement faire face. Plusieurs d'entre eux se désolent de constater que la question de l'accès aux services de santé en français ne fait pas encore partie des enjeux de la campagne électorale.

Un texte de Mathieu Grégoire

Sylvie Bouchard, qui réside à Dubreuilville, doit fréquemment se rendre à Wawa ou à Sault-Sainte-Marie pour des rendez-vous médicaux; soit pour elle ou pour accompagner son père qui comprend peu l’anglais.

Sylvie B. Bouchard, entouré de son mari Gilbert Bouchard et de ses parents. Sylvie B. Bouchard de Dubreuilville doit voyager régulièrement avec ses parents, Gilbert et Gemma Bernatchez, pour des rendez-vous médicaux à l'extérieur de la ville. Photo : Gracieuseté de Sylvie B. Bouchard

Elle se déplace ainsi pour lui servir d’interprète car il peut rarement compter sur des professionnels bilingues pour l'aider une fois sur place. Cette responsabilité devient de plus en plus lourde à porter pour Mme Bouchard.

Elle cite en guise d'exemple la fois où son père était hospitalisé à Sault-Sainte-Marie après une fracture. Partie de Dubreuilville, elle avait fait plus de 3 heures de route pour aller lui rendre visite. Une visite qui s’imposait, selon elle, car son père était confus sous l'effet des médicaments et personne dans l’équipe soignante ne pouvait lui parler en français.

Après son retour chez elle à Dubreuilville, le téléphone a sonné.

À 2 heures de la nuit, ils m’ont téléphoné parce qu’ils n’étaient pas capables de contrôler mon père et personne ne pouvait lui parler en français pour le calmer; c’était tout en anglais. Donc, mon époux a dû repartir à 4 heures du matin pour retourner à Sault-Sainte-Marie pour tenter de calmer la situation.

Sylvie Bouchard, résidente de Dubreuilville

Sylvie Bouchard souhaiterait entendre davantage les candidats aux élections provinciales parler de pistes de solutions pour augmenter la disponibilité des services en français dans le secteur de la santé. Mais « je ne pense pas que c’est vraiment dans leur mission en ce moment, parce qu’ils ont autre chose », déplore-t-elle.

Portrait de Sylvin LacroixSylvin Lacroix estime qu'il est difficile de se faire servir en français dans les hôpitaux de Timmins, Sudbury et Toronto. Photo : Darla Fiset

Avec une santé mentale et physique fragile, Sylvin Lacroix de Timmins est habitué à naviguer dans le système de la santé. Il a récemment eu des rendez-vous médicaux à Timmins, Sudbury et même à Toronto. Il se dit étonné qu’à chaque fois, il est difficile de se faire servir en français « au-delà de l’accueil, une fois que tu es rendu l’autre côté avec un professionnel », dit-il.

Il estime que ces professionnels bilingues sont plus nombreux qu’avant, mais ajoute du même souffle qu’il doute que la situation s’améliore davantage, et ce, peu importe le parti qui formera le prochain gouvernement le 7 juin.

Ils [les candidats] parlent beaucoup de santé, ils parlent beaucoup de santé mentale, mais au niveau des services disponibles en français, je ne suis pas certain même s’ils comprennent la situation.

Sylvin Lacroix, résident de Timmins

Une question de demande

Sans surprise, la disponibilité des services en français dans le secteur de la santé dépend du lieu où l’on se trouve. Des internautes ont partagé leurs commentaires à ce sujet à la suite d’une publication sur Facebook (Nouvelle fenêtre) de l’auteur de ces lignes.

Commentaires des personnes suite à la question posée par Mathieu Grégoire : Avez-vous de la difficulté à obtenir des soins en français dans votre région ? Vos réponses m'intéressent dans le cadre d'un reportage. En commentaires ou en messages privés. Merci!Agrandir l’imageCapture d'écran de la page Photo : Page du groupe Facebook : Franco-Ontariens du Nord de l'Ontario

Quelques-uns d’entre eux soulèvent le fait que les patients francophones doivent manifester leur désir d’être servis en français, ce que plusieurs Franco-Ontariens à qui nous avons parlé admettent ne pas faire systématiquement. « Français ou anglais, ça ne me dérange pas, je comprends les deux », nous a-t-on souvent répondu.

Une traduction simultanée

Pour ceux qui sont moins à l’aise à parler de leur état de santé dans la langue de Shakespeare, un service d’interprétation médicale simultanée vient récemment d’être lancé par L’accueil francophone de Thunder Bay. Le service est gratuit puisqu’il est subventionné par le Bureau des services en français du ministère de la Santé et des Soins de longue durée.

À ce jour, les interprètes de L’accueil n'ont été sollicités pour leur service d’interprétation à distance qu'une douzaine de fois. Mais la directrice générale de l’organisme à but non lucratif cherche à mieux faire connaître le service pour qu’il soit utilisé un peu partout dans le Nord-Ouest de même que dans certaines régions du Nord-Est. En principe, tous les centres de santé connectés au réseau de télémédecine de l’Ontario peuvent y avoir accès.

Ceux qui obtiennent un rendez-vous de dernière minute ou qui vont aux urgences ne peuvent cependant bénéficier du service d’interprétation. Une situation à laquelle tente de remédier L’accueil francophone de Thunder Bay.

C’est à développer parce qu’avec les téléphones intelligents, il y aurait une possibilité de faire cette sorte d’interprétation là. Pas nécessairement avec l’OTN [Réseau de télémédecine de l’Ontario], il y aurait moyen d’élargir ce secteur là.

Angèle Brunelle, directrice générale de L'accueil francophone de Thunder Bay

Le développement de ce service se fera de pair avec la demande, précise Angèle Brunelle.

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