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Trans Mountain : une « attaque à l’autonomie des provinces », déplore-t-on à Québec

Des canalisations installées côte à côte sur le site de Trans Mountain près d'Edmonton

Des canalisations de Trans Mountain près d'Edmonton

Photo : La Presse canadienne / Jonathan Hayward

Radio-Canada

Les élus québécois observent attentivement ce qui se passe dans l'ouest du pays et n'ont pas hésité à attaquer sur plusieurs fronts, mardi, la décision du gouvernement Trudeau d'acheter l'oléoduc Trans Mountain pour 4,5 milliards de dollars à l'entreprise pétrolière Kinder Morgan.

L'engagement d’Ottawa ne laisse personne indifférent à Québec, et ce, même si le pipeline est situé à des milliers de kilomètres.

Au cœur des préoccupations : l’utilisation de fonds publics, les conséquences environnementales et, surtout, l’impact qu’une telle décision peut avoir sur l’autonomie provinciale.

« Ce qui nous importe, nous, c’est que les prérogatives provinciales soient reconnues et protégées, autant pour l’adoption du projet de loi qui est actuellement devant la Chambre des communes que pour les débats sur les différents projets à travers le pays », a indiqué le premier ministre Philippe Couillard, lors d’une mêlée de presse, mardi.

Oui, certains projets sont de juridiction fédérale pour l’approbation finale, mais ça ne devrait surtout pas empêcher l’expression des juridictions provinciales dans les domaines qui les concernent.

Philippe Couillard, premier ministre

« On va continuer à taper sur ce clou et insister pour que les prérogatives du gouvernement du Québec soient reconnues », a ajouté le premier ministre.

M. Couillard ne veut toutefois pas s’immiscer dans le litige qui oppose la Colombie-Britannique à l’Alberta et à Ottawa. « Je vais les laisser, dans l’Ouest, discuter de ça. Pour une fois, ce n’est pas le Québec qui a été l’objet de conflit au Canada », a-t-il commenté.

Quand il lui a été demandé s’il était surpris qu’Ottawa soit aussi proactif pour un dossier de l’Ouest canadien, alors que certains dossiers concernant le Québec, comme celui de Bombardier, ont traîné en longueur, Philippe Couillard a répondu : « Je dirais simplement que j’espère maintenant qu’on n’entendra plus de remarques, dans le reste du pays, sur l’aide à Bombardier, qui est un secteur stratégique pour nous. »

Priorités fédérales et compétences provinciales

De son côté, le Parti québécois se demande quelles sont les priorités du gouvernement Trudeau.

Le Québec s’attendait, par exemple, à recevoir davantage de fonds du gouvernement fédéral pour investir dans le programme de la C Series de Bombardier. En février 2017, Ottawa a consenti à un prêt de 372,5 millions de dollars.

Des contrats fédéraux sont aussi attendus pour le chantier maritime Davie.

« Je demanderais à ceux qui se disent qui sont fiers d’être canadiens, comme François Legault : est-ce qu’il est fier d’être canadien aujourd’hui? Est-ce que M. Couillard est fier d’être Canadien aujourd’hui, alors que le Canada tourne le dos à la Davie? » a demandé le chef du PQ, Jean-François Lisée.

« On doit assurer que les différentes provinces canadiennes puissent exercer leur juridiction », a pour sa part souligné le porte-parole de la Coalition avenir Québec (CAQ) en matière d’affaires intergouvernementales canadiennes, Simon Jolin-Barrette.

« Alors, on demande au gouvernement Couillard de faire pression sur le gouvernement fédéral pour que le respect de l’autonomie provinciale soit applicable », a dit M. Jolin-Barrette.

Il a rappelé qu’une décision des tribunaux est attendue dans le dossier du pipeline Trans Mountain.

« C’est une attaque à l’autonomie des provinces, dans ce cas précis. On se trouve dans une situation où la demande de la Colombie-Britannique de s’adresser aux tribunaux, en fait, est usurpée par le gouvernement fédéral », a ajouté M. Jolin-Barrette.

[Le fédéral] ne respecte pas la séparation des pouvoirs, en lien avec le fait que la demande a été présentée à la cour et intervient dans le pouvoir judiciaire directement. Je crois qu’il aurait été préférable que la cour puisse trancher ce litige-là.

Simon Jolin-Barrette, porte-parole de la CAQ

Environnement

De son côté, Québec solidaire (QS) a condamné la position de Justin Trudeau en matière d’environnement.

Le co-porte-parole de QS, Gabriel Nadeau-Dubois, a qualifié la décision d’Ottawa de « catastrophique ».

« [Justin Trudeau] vient d’investir près de 5 milliards de dollars de fonds publics dans un projet qui vise l’expansion des sables bitumineux albertains, la forme d’énergie fossile la plus polluante au monde. C’est inacceptable », a estimé M. Nadeau-Dubois.

Je ne suis même pas sûr que Stephen Harper aurait fait ça. Ça montre à quel point Justin Trudeau n’a qu’une seule religion. Et c’est le pétrole albertain.

Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole de Québec solidaire

« J’espère bien que cette décision-là va achever d’arracher ce qui restait de vernis progressiste et écologiste à Justin Trudeau. Parce que là, vraiment, la preuve est faite : ce parti-là et ce premier ministre-là ne représentent en rien un renouveau sur le plan environnemental », a affirmé le co-porte-parole de QS sur un ton tranchant.

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