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Quatre ans après avoir légalisé le cannabis, le Colorado face à un marché noir en croissance

Un employé présente des cocottes de cannabis.

Au Colorado, on compte plus de 500 boutiques pouvant légalement vendre du cannabis.

Photo : Radio-Canada / Briar Stewart

Radio-Canada

Lorsque la marijuana à usage récréatif est devenue légale au Colorado, en 2014, l'objectif du gouvernement était de réglementer et de taxer une drogue qui était déjà largement consommée, en plus de couper l'herbe sous le pied des revendeurs et des trafiquants.

D'après un reportage de Briar Stewart, de CBC News

Selon les autorités étatiques, toutefois, la légalisation a plutôt eu le résultat inverse. Même si l'on compte plus de 500 points de vente de marijuana légale sur le territoire, le marché noir a le vent dans les voiles.

Ce marché illégal aurait été renforcé par les organisations criminelles qui font pousser du cannabis au Colorado pour l'exporter sous le manteau dans des États où la drogue est toujours illégale, et où elle peut être vendue pour un profit bien plus important.

Le marché noir intérieur n'est pas disparu non plus, puisque certains consommateurs de marijuana sont rebutés par les prix légaux plus élevés et demeurent fidèles à leur revendeur de longue date.

Au dire d'enquêteurs, le commerce au noir a pris de l'ampleur parce que les lois étatiques concernant la culture de la marijuana étaient trop généreuses, au départ, en plus d'être difficiles à faire respecter.

Alors que le Canada se prépare à légaliser le cannabis, CBC News s'est entretenu avec des gens liés de près ou de loin à la marijuana au Colorado, pour recueillir leur perspective sur ce retour en force du marché noir.

Un chargement de plants de cannabis est intercepté par des agents.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'agence américaine antidrogue a multiplié les raids pour contrer le marché noir qui profite des lois du Colorado pour exporter ailleurs aux États-Unis.

Photo : DEA

La DEA

Des enquêteurs de la Drug Enforcement Administration (DEA, l'Agence antidrogue américaine) se concentrent sur les réseaux de trafic de drogue les plus importants aux États-Unis.

Paul Roach, un superviseur de la DEA, explique que son équipe passe environ 15 % de son temps sur les cas de trafic de marijuana, soit environ trois fois plus de temps qu'avant la légalisation. « Le Colorado est devenu la capitale du cannabis des États-Unis », dit-il.

« Vous pouvez voir des groupes de trafiquants s'installer ici, ouvrir boutique dans l'État et envoyer la drogue vers leurs États d'origine, où ils peuvent la vendre pour d'importants profits. »

Le cannabis cultivé en altitude au Colorado est vendu au noir dans des dizaines d'États. Les organisations criminelles, y compris des groupes liés aux cartels mexicains et cubains, font pousser de la marijuana dans des maisons louées, des entrepôts et même sur des terres boisées appartenant au gouvernement fédéral.

Dans certains cas, les bandits opèrent en plein jour et font passer leur culture illégale pour des activités légitimes.

« [Les criminels] vont généralement là où ils peuvent faire de l'argent; s'ils voient une possibilité au Canada d'accroître leur marge bénéficiaire en exploitant les lois canadiennes, alors je m'attends à ce qu'ils le fassent », dit M. Roach.

Un policier lors d'une descente dans une plantation de cannabis illégale.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Depuis l'adoption de règles plus strictes, la police du comté de Teller multiplie les descentes.

Photo : Police du comté de Teller

Le shérif

Jason Mikesell est shérif de Teller, au Colorado, un comté rural niché au bas des montagnes Rocheuses.

Cette région aux panoramas envoûtants, où vivent 24 000 personnes, attire de jeunes familles et des retraités, mais M. Mikesell affirme que des organisations criminelles s'y installent aussi pour ensuite exporter du cannabis vers le marché noir.

« Nous n'aurions jamais pensé avoir ce genre de problème chez nous », soutient le policier.

Pour lui, le Colorado fait état de zone test pour le cannabis légal aux États-Unis. Il estime que les lois locales ont compliqué la tâche des autorités en raison de la possibilité de faire pousser sa propre marijuana.

Tout de suite après la légalisation, les résidents de l'État pouvaient faire pousser six plants et se regrouper pour former des coopératives. Quant aux consommateurs de marijuana médicinale, ils avaient droit à 99 plants et pouvaient même désigner une personne tierce pour s'occuper de cette culture.

Des lois plus restrictives sont entrées en vigueur au début de l'année, limitant à 12 plants maximum la culture de cannabis pour une seule résidence. Les effectifs du shérif ont ainsi pu intervenir contre les trafiquants.

Jusqu'à maintenant, la police du comté a effectué huit descentes, saisissant au passage l'équivalent de 3,5 millions de dollars américains de cannabis. Pendant ces opérations, les agents ont arrêté plus de 20 membres de cartels ayant des liens avec Cuba et Miami.

« Nous avons été mis au courant qu'il y a de 60 à 70 maisons [servant de serres illégales] où nous ne sommes pas encore allés », ajoute le shérif Roach.

Ailleurs dans l'État, des dénonciations similaires se multiplient.

Un homme montre des boulettes de cannabis dans une voiture.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Certains revendeurs font toujours affaire avec des gens ne voulant pas être vus en train d'acheter légalement du cannabis.

Photo : Radio-Canada / Briar Stewart

Le revendeur

Un vendeur de drogue qui a accepté de parler avec CBC News à condition de pouvoir conserver l'anonymat dit passer la majorité de ses journées au volant de sa voiture, en circulant dans les rues de Denver, la capitale.

Un « sent-bon » a beau être accroché au rétroviseur, impossible de dissimuler l'odeur de cannabis. Sur ses genoux, un sac en plastique contient des cocottes de marijuana.

« Durant une bonne journée, je gagne de 400 $ à 500 $ », dit-il.

Ce père de deux enfants fait de la publicité en ligne pour écouler sa marchandise illégale.

Selon lui, la légalisation n'a pas eu d'impact important sur ses « affaires », puisqu'il sert des clients qui ne veulent pas être vus dans un point de vente.

Parmi ses clients, on compte des conducteurs de camion, à qui il est interdit de fumer cette drogue en raison des lois fédérales sur le transport.

« C'est un travail qui paie, mais qui comporte des risques », poursuit le revendeur, en évoquant des acheteurs qui, assis dans le siège passager de son véhicule, lui ont braqué un pistolet sur la tempe.

Une femme dans un dispensaire de cannabis.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Larisa Bolivar estime que les frais et autres taxes accolés à la vente de cannabis légal poussent les consommateurs vers le marché noir.

Photo : Radio-Canada / Briar Stewart

La militante

Lorsque Larisa Bolivar, 42 ans, veut mettre la main sur de la marijuana, elle se rend à l'un de ses points de vente favoris de Denver, où elle peut acheter du cannabis à fumer ou des aliments cuisinés avec cette drogue.

Présidente de la branche du Colorado de la Cannabis Consumers Coalition, elle est à la fois consommatrice et militante de longue date. Depuis deux ans, elle a mené des coups de sonde en ligne auprès des fumeurs de cannabis pour connaître les endroits où ceux-ci s'approvisionnent.

Pour ce faire, elle est passée par la page Facebook de la coalition et ses 17 000 membres, et a contacté directement des consommateurs après avoir obtenu une liste de la clientèle d'entreprises travaillant dans l'industrie.

Selon des résultats préliminaires, le marché légal représente toujours la partie congrue des achats de cannabis dans l'État.

La fidélité envers les vendeurs ainsi que la question de l'accessibilité pèseraient dans la balance : au Colorado, il faut avoir 21 ans et accepter de présenter une preuve d'identité pour acheter du cannabis. Ce ne sont pas non plus toutes les municipalités qui possèdent un point de vente.

Les taxes et les frais liés au cannabis ont permis à l'État d'engranger plus de 250 millions de dollars américains l'an dernier.

Selon Mme Bolivar, ces coûts additionnels sont le principal facteur alimentant l'attrait du marché noir.

« Si je peux sauver quelques dollars, le choix est simple », dit-elle.

Avec les informations de CBC

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