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Immigration : quand on change le ton, mais pas la chanson

Le chef de la Coalition avenir Québec, Francois Legault, durant une période de questions à l'Assemblée nationale.
Le chef de la Coalition avenir Québec, Francois Legault, a notamment proposé de réduire les niveaux d’immigration de 50 000 à 40 000 et d'instaurer des tests obligatoires de français et de valeurs québécoises. Photo: La Presse canadienne / Jacques Boissinot
Radio-Canada

Peu de sujets auront causé un aussi rapide changement de propos que l'immigration au cours des derniers mois.

Une analyse de Michel C. Auger, animateur de Midi info

Qu’on y pense : il y a quatre ans, une promesse de créer un quart de million d’emplois dans un mandat de gouvernement avait été décriée, voire ridiculisée. Aujourd’hui, le Québec vit pratiquement dans une situation de plein emploi et on ne parle plus que des pénuries de main-d’œuvre.

Ça rend pas mal plus difficile le discours de tous ceux qui voudraient baisser les seuils d’immigration. D'autant que tous les milieux économiques – les syndicats comme les associations patronales – parlent au moins de les maintenir, sinon de les augmenter.

C’est sans doute ce qui explique pourquoi autant la Coalition avenir Québec (CAQ) que le Parti québécois (PQ) ont cru bon de présenter à nouveau leur programme sur l’immigration cette semaine, en adoucissant les aspérités. Mais aussi en maintenant l’essentiel de ce qu’ils avaient promis il y a deux ou trois ans, quoique dans des circonstances bien différentes.

Les quatre propositions principales de la CAQ étaient simples : réduire les niveaux d’immigration de 50 000 à 40 000, instaurer des tests obligatoires de français et de valeurs québécoises avant de donner le certificat de sélection et s’assurer que les immigrants sont bien en recherche d’emploi.

On renforçait évidemment les préjugés les plus communs : les immigrants sont trop nombreux, ils menacent le français et les valeurs québécoises et ils vivent aux crochets de la société. Ne manquaient que les « voleurs de jobs »...

Depuis, on a adouci les angles – on laissera l’odieux au gouvernement fédéral de déporter les récalcitrants, par exemple –, mais on a conservé les quatre éléments essentiels.

De tout cela, on retiendra que, pour la CAQ, aucun immigrant n’aura son certificat de sélection définitif avant d’avoir passé tous les tests, trois ans après son arrivée. En attendant, il aura une sorte de permis temporaire, un peu comme celui des cueilleurs de fruits.

Imaginez l’effet d’attraction sur un chercheur en intelligence artificielle ou en cardiologie que les universités du monde entier s’arrachent et qui se verra offrir un visa en bonne et due forme et, souvent, un pont d’or, pour aller ailleurs. Dire que M. Legault voulait que le Québec soit dans la course pour attirer les meilleurs cerveaux...

Au PQ, on a au moins compris qu’il fallait changer les perceptions. Fini le temps de la campagne au leadership, il y a deux ans, quand Jean-François Lisée avait déclaré que l’immigration n’avait « qu’un effet marginal sur l’économie » et que « le chiffre de 50 000 [était] artificiel, inventé par les libéraux et appuyé par les gens d’affaires qui souhaitent du cheap labor ».

« Les soudeurs de Buenos Aires »

Aujourd’hui, le PQ se propose comme entremetteur entre « les soudeurs de Buenos Aires et ceux qui veulent les embaucher à Val-d’Or ». Ce qui implique un vaste système de microgestion dans lequel le gouvernement québécois mettrait en contact employeurs et employés potentiels dans le monde entier.

Pour n’avoir qu’un « effet marginal sur l’économie », voilà un investissement considérable.

Au PQ comme à la CAQ, on n’a donc fait que changer le ton, tout en gardant l’essentiel de la chanson. M. Lisée demandera à un groupe d’experts mené par le Bureau du vérificateur général – qui, en passant, connaît sa propre pénurie de main-d’œuvre spécialisée – de proposer des seuils d’immigration.

Mais M. Lisée indique déjà que le nombre retenu devrait être sous les 50 000, « le chiffre de l’échec ». Quand on lui demande combien, il cite des chiffres dans les 30 000... même en deçà de la cible de la CAQ. Et on conserve l’obligation de n’accueillir que des immigrants qui parlent déjà le français. Parce que le soudeur à qui on offre un emploi à Val-d’Or devra déjà parler français...

Comme si le Québec n’avait pas déjà essayé de recruter dans toute la francophonie et qu’il n’y avait pas eu de remarquables exemples d’intégration d’immigrants qui parlaient d’autres langues, comme les Latino-Américains et les Chiliens, en particulier.

Mais surtout – et cela vaut pour la CAQ et le PQ –, il est étrange de dire que c’est le nombre élevé d’immigrants qui ne restent pas au Québec – jusqu’à 40 % ces dernières années – qui justifie de baisser le nombre de nouveaux arrivants.

Comme si le seul fait d’en accueillir moins allait, d’un coup de baguette magique, faire disparaître toutes les raisons qui font qu’un grand nombre d’entre eux quittent le Québec si rapidement.

Au lieu de s’interroger sur la manière d’arrimer nos besoins aux meilleures pratiques en matière d’immigration, certains préfèrent que la priorité du Québec soit de diminuer le nombre de ceux qui veulent y entrer légalement et en suivant les procédures.

On risque donc de se retrouver à la traîne, autant dans le recrutement des meilleurs immigrants que dans notre capacité de pourvoir les emplois disponibles.

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