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De concert : faire de la BD comme un groupe rock

Jimmy Beaulieu, Sophie Bédard et Vincent Giard dans leur atelier de la plaza Saint-Hubert, en mai 2018.
Jimmy Beaulieu, Sophie Bédard, Vincent Giard et Singeon (absent de la photo) ont travaillé tous ensemble pour créer la bande dessinée De concert. Photo: Radio-Canada / Pascale Fontaine
Radio-Canada

Exprimer dans une bande dessinée l'euphorie d'un concert qui s'étiole dans la nuit montréalaise est en soi remarquable. Or, dessiner le tout à huit mains relève de l'exploit. C'est pourtant le double défi que se sont donné Jimmy Beaulieu, Sophie Bédard, Singeon et Vincent Giard avec le livre De concert, fraîchement arrivé en librairie. Coup d'œil sur une collaboration artistique.

Un texte de Pascale Fontaine

Comme des musiciens dans un groupe rock, chaque bédéiste donne vie à un personnage : il y a la petite boule verbomotrice Marie-Éponge (Sophie Bédard), le bon vivant sur le buvard (Singeon), la grande Douille (Vincent Giard) qui plonge le lecteur dans ses expériences sensorielles et l’avatar quadragénaire dépassé (Jimmy Beaulieu).

« J’ai 44 ans et je vais encore voir des shows, je fais augmenter la moyenne d’âge d’à peu près 20 ans. Donc, il y avait un peu ce truc journalistique [dans cette bande dessinée], c’est ma gueule, c’est moi », raconte ce dernier, l’autodérision dans la voix, arborant un t-shirt noir d'un groupe de musique, comme dans le livre.

La destinée des quatre personnages se croise durant un spectacle de Heat et de Solids à la Sala Rossa et, bien sûr, autour de l’incontournable poutine de fin de soirée. L’histoire donne lieu à une explosion graphique où le contraste du bleu royal et du corail évoque les jeux de lumière nocturnes et à de vastes plans qui invitent l’œil à vagabonder.

Détail d'une planche de la bande dessinée « De concert », représentant le boulevard Saint-Laurent de nuit.Cette planche était l'un des grands défis de Sophie Bédard : illustrer le boulevard Saint-Laurent, en sortant de la Sala Rossa. Photo : Radio-Canada / Pascale Fontaine

Passer du feuilleton au livre

Cette plaquette de 90 pages est pourtant à des années-lumière des images commandées à Jimmy Beaulieu par le gérant des deux groupes qui figurent dans De concert. L’auteur de Comédie sentimentale pornographique, qui n’avait pas le temps pour réaliser le projet, a demandé de l’aide à ses collaborateurs et, à quatre têtes, le ping-pong créatif a tout fait basculer.

« Je me rappelle quand j’ai vu les deux premières planches de Singeon dans le parc : “Ah, dans quoi je m’embarque? Va falloir accoter ça!” », précise avec humour l’instigateur de l'œuvre, assis avec ses complices dans l’atelier de La mauvaise tête, sur la Plaza Saint-Hubert. Du quatuor, seul Singeon manque à l’appel puisqu’il vit en France.

Un peu malgré nous, c’est devenu un vrai livre. Le plan de départ était de faire un petit feuilleton pendant un été et... c’était il y a trois ans!

Vincent Giard, auteur de bandes dessinées

La bande, qui jusque-là chuchotait presque, éclate de rire. « On n’a pas précisé ça, déclare Jimmy en riant. Oui, c’était il y a trois ans. Comme on aime bien le dire, on a eu la vie dans les jambes ». Sophie Bédard, sagement assise sur un immense divan, acquiesce.

Euphorie et labeur

Les planches gagnent en complexité et les styles évoluent au fil des mois, les personnages devenant presque des caricatures d’eux-mêmes. Chaque détail improvisé par l’un doit être repris par les autres. « Chacun fait son affaire, mais en écoutant les autres », résume Vincent Giard.

« On n’a pas compris [l'ampleur que pourrait prendre le projet] au début, explique Sophie. Plus cela prenait du temps, plus on passait du temps sur ce qu’on faisait, plus on se disait que cela valait la peine de faire quelque chose [de plus élaboré]. À ce moment-là, justement, cela a été construit comme un livre. »

« On s’est construit notre propre piège », renchérit Vincent Giard, pince-sans-rire.

Tous trois disent avoir énormément appris en réalisant cette bande dessinée : Sophie qui craque pour les dialogues a dû mettre les bouchées doubles sur le plan graphique, Jimmy a adopté un style plus en aplat que celui qu'il utilisait dans ces albums précédents et Vincent s'est occupé des moindres détails jusqu’à l’impression.

Extrait de la bande dessinée « De concert »Agrandir l’imageJimmy Beaulieu a travaillé sa partie en aplat. Photo : Éditions La mauvaise tête

Et pour la suite?

Que retiennent-ils de l'expérience maintenant que De concert est en librairie? « Que je n'aime pas travailler en équipe! », lance Jimmy Beaulieu. Le trio éclate de rire à nouveau.

Si tous s'entendent pour dire que l'aventure a chamboulé leurs habitudes, ils n'arrivent toutefois pas à cacher la fierté qu'ils tirent de leur labeur. « La chimie [entre collaborateurs], c’est un château de cartes délicat à entretenir », dit Vincent Giard à propos de cette expérience.

Il y a une raison pour laquelle des livres comme ça n’existent pas. Accidentellement, on en a réussi un.

Vincent Giard, auteur de bandes dessinées

« Comme un concert de rock en été, ça arrive et après c’est fini. [De concert] est [devenu] un livre, et c’est bien parfait que ce soit un livre », ajoute Sophie Bédard, satisfaite.

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