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Gala de la Tribune de la presse : un exercice parfois périlleux

Sophie Grégoire et Justin Trudeau portent des costumes traditionnels indiens.
Les costumes que portaient Justin Trudeau et sa famille ont beaucoup fait jaser. Photo: Getty Images / Narinder Nanu
Radio-Canada

Justin Trudeau profitera-t-il de sa tribune, samedi soir, pour faire quelque chose qu'il s'est refusé à faire depuis des mois : admettre que son voyage en Inde a été difficile? Il en aura l'occasion, du moins, puisqu'il participera au gala annuel de la Tribune de la presse, un événement où les chefs de partis sont appelés à prononcer un discours humoristique. Les correspondants parlementaires discutent notamment de cet événement qui peut être périlleux dans le dernier épisode de La mêlée politique.

Un texte de Philippe-Vincent Foisy, correspondant parlementaire à Ottawa et animateur de La mêlée politique

Depuis l’arrivée au pouvoir de Justin Trudeau, le gala de la Tribune a pris une plus grande importance médiatique, notamment parce que tous les chefs se mouillent, mais aussi parce qu’à l’ère des réseaux sociaux, un bon discours peut être payant en devenant viral.

« L'utilisation de l'humour va être quelque chose qui va être beaucoup plus partagé que quelque chose de super sérieux », a expliqué Julie Dufort à mon collègue Mathieu Gohier. Julie Dufort, doctorante en science politique à l'UQAM et professeure à l'École nationale de l'humour, enseigne les rudiments de la politique aux auteurs et humoristes de la relève.

La recette est complexe. Les chefs ne peuvent pas uniquement composer leur discours d’attaques irrévérencieuses. Ils doivent faire preuve d’autodérision.

Le voyage en Inde du premier ministre a alimenté plusieurs blagues sur la colline du Parlement au cours des derniers mois.

En coulisse, certains reconnaissent que le voyage a été difficile. Ils sont conscients des répercussions du voyage dans l’opinion publique, a expliqué une source gouvernementale à Radio-Canada.

Mais le premier ministre, lui, n’a jamais admis en public qu’il y avait eu des ratés.

Lors de son dernier voyage, un journaliste lui a demandé si son séjour à Londres et à Paris allait faire oublier ses frasques indiennes.

« Quand je fais des voyages à l’international, c’est avec la priorité de travailler pour les Canadiens, a-t-il dit. En Inde, j’étais content de signer de nouveaux accords, [...] d'approfondir les liens très importants pour une diaspora canadienne et de développer de meilleurs liens avec le gouvernement et les citoyens de l’Inde. »

Aveuglement volontaire ou tactique politique? Une chose est claire, les sondages ont montré que les libéraux ont perdu des appuis après le voyage, au profit des conservateurs.

Justin Trudeau aura donc l’occasion de renverser la tendance, samedi, s’il parvient à trouver le ton juste dans son discours et à se moquer de ses accoutrements, notamment.

L'autodérision est dangereuse, mais elle peut rapporter gros.

Il y a deux ans, la femme du premier ministre, Sophie Grégoire-Trudeau, avait participé au discours du premier ministre. Objet de moqueries, notamment parce qu’elle avait chanté lors d’un événement public, elle s’était moquée du fait qu’elle prenait beaucoup de place, notamment en parodiant sa propre chanson.

La vidéo de sa prestation avait circulé dans plusieurs médias anglophones. Cette semaine, la chroniqueuse de iPolitics Suzanne Delacourt rappelait qu’après son passage au gala, les railleries avaient cessé.

Une occasion pour l’opposition

Ce sera l’occasion aussi pour Andrew Scheer de poursuivre sur sa lancée et de continuer de marquer des points.

Pour poursuivre son opération charme au Québec, le chef conservateur devra intégrer à son discours plusieurs bons moments en français. L’année dernière, une seule blague était en français.

Son discours lui permettra aussi de continuer à se définir et d’envoyer quelques attaques à Justin Trudeau, mais aussi à certains de ses collègues au sein de son propre parti, comme son ancien adversaire Maxime Bernier.

L’ancien premier ministre Stephen Harper avait boudé les galas après avoir pris le pouvoir en 2006. Il avait pourtant été un orateur très apprécié lorsqu'il était chef de l’opposition.

Pour Jagmeet Singh, le chef du NPD, ce sera une première.

Celui qui aime la scène autant que le premier ministre Trudeau espère lui faire ombrage. Il pourra se moquer de certains de ses travers, mais aussi se faire voir par les journalistes de la Tribune de la presse, lui qui est souvent absent de la capitale.

L’exercice peut être périlleux. D’anciens politiciens l’ont appris à leurs dépens.

Elizabeth May avait dû s’excuser pour des propos déplacés. Michaëlle Jean avait fait des blagues douteuses qui n’avaient pas échappé à l’attention d’Infoman.

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