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L’allergie au cannabis, ça existe

Radio-Canada

Yeux irrités, nez bouché, éternuements... Les personnes souffrant d'allergies saisonnières connaissent bien ces symptômes, mais un nouveau coupable pourrait leur rendre la vie difficile : la marijuana. L'allergie au cannabis existe bel et bien et, à l'approche de la date de sa légalisation, le nombre de cas va sûrement augmenter, préviennent les professionnels de la santé.

Un texte de Tiphanie Roquette

« On va avoir plus de cas. Au début, on ne saura pas vraiment si c’est relié au cannabis, mais au fur et à mesure, c’est certainement une possibilité que l’on en voie ici au Canada », juge la directrice médicale pour la Fondation de la toxicomanie du Manitoba, Ginette Poulin.

La médecin de famille et spécialiste en dépendances n’a jamais observé de cas personnellement, mais elle n’exclut pas que certaines allergies aient pu être liées à la consommation de marijuana sans que le lien ne soit fait parce que le cannabis à usage récréatif n’est pas encore légal et que le patient n’a pas révélé sa consommation. « Une rhinite allergique peut [se] présenter d’une même façon .... [que] la cause [soit] le cannabis, le pollen, l’herbe à poux ou toute autre chose », explique la Dre Poulin.

Une femme s'adresse à la caméra alors qu'en arrière-plan on distingue des drapeaux.La Dre Ginette Poulin souhaite plus de recherches sur l'allergie au cannabis pour informer les patients et les professionnels de la santé. Photo : Radio-Canada

En 40 ans de pratique au Colorado, le Dr William Silvers n’avait jamais vu non plus de cas d’allergie au cannabis jusqu’à ce que la marijuana médicinale devienne légale. Les consultations dans son cabinet ont cependant surtout augmenté lorsque le produit a été rendu accessible à la grande majorité de la population.

Les symptômes d’une allergie à la marijuana :

  • Rhinite : éternuements, nez qui coule, irritation du nez, larmoiements et irritation des yeux
  • Conjonctivite : yeux rouges, larmoiement, irritation
  • Urticaire et gonflement des lèvres et des paupières
  • Anaphylaxie : réaction allergique rapide qui peut entraîner la mort. De très rares cas ont été signalés.

Source : « L’allergie au cannabis : bien plus qu’un voyage stupéfiant », Revue française d'allergologie.

Travailleurs à risque

L’allergologue a distribué des questionnaires à ses patients pour mieux comprendre la prévalence de cette allergie chez les personnes qui sont déjà sensibles. Sur les 132 répondants, 28 patients ont signalé des symptômes d’allergie à la marijuana.

« L’exposition à l’allergène est le plus gros problème. Les pires réactions que nous avons vues, c’est dans l’industrie, ceux qui coupent les plantes dans les serres et ceux qui sont constamment en contact avec le produit dans les commerces », indique le Dr Silvers. Il ajoute à cette catégorie de personnes sensibles les consommateurs fréquents de cannabis.

Un travailleur coupe un plan de cannabis dans une usine de production. Selon un allergologue du Colorado, les travailleurs de l'industrie du cannabis sont les plus à risque de souffrir d'une allergie. Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Ce qu'il trouve plus inquiétant, c'est que huit de ses patients ont affirmé n’avoir jamais consommé de marijuana, mais ont signalé des symptômes d’allergie. Une exposition secondaire suffirait donc à provoquer une réaction chez les personnes les plus sensibles.

Le coupable exact de l’allergie n’a cependant pas été encore identifié. Est-ce la plante? Le THC, la molécule qui provoque les effets psychoactifs? Est-ce présent dans les produits comestibles ou dans les huiles? Les recherches ne sont pas encore assez documentées.

Et la tomate dans tout ça?

Ce qui est encore plus étrange, c'est que la recherche médicale signale de plus en plus de cas d’allergies croisées. Deux études belges ont confirmé que des patients réagissant à la marijuana devenaient allergiques à un certain nombre de fruits et légumes tels que la tomate, la pêche et les noix. Une réactivité croisée a aussi été observée avec les céréales, les boissons alcoolisées, le latex et le tabac.

« On va avoir des molécules dans le cannabis qui ressemblent à celles présentes dans les noisettes et les pêches, et c’est comme cela que l’on va avoir des réactions croisées », explique le chef du département de médecine d'urgence à Calgary, Eddy Lang.

Faut-il s’inquiéter?

Le Dr Lang ne croit cependant pas que les personnes qui ont déjà un terrain allergique doivent paniquer à l’approche de la légalisation de la marijuana. Il s’attend à ce que plusieurs se déclarent allergiques sans que ce soit vraiment un diagnostic médical.

Le docteur sourit à l'appareil photo dans une salle d'examen médical. Le meilleur conseil pour éviter les allergies est de ne pas fumer, dit le Dr Eddy Lang. Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette

« C’est quand même assez rare. On voit des personnes qui ont une intolérance ou des effets secondaires et, parfois, on confond ça avec de vraies allergies », nuance-t-il.

Quant aux vraies allergies, il pense qu’il y aura sûrement un pic lors des premiers mois de la légalisation, puis une stabilisation.

Je pense que ce qui arrive, c’est qu’il y a une période d’expérimentation.

Eddy Lang, chef du département de médecine d'urgence à Calgary

« Une fois la marijuana légale, les gens qui n’ont jamais fumé ou très rarement vont essayer, mais le pourcentage de gens qui continuent de façon chronique est très, très petit », pense le Dr Lang.

La spécialiste manitobaine Ginette Poulin recommande aux personnes plus sensibles aux allergies de faire preuve de prudence pendant les premiers temps de la légalisation. Les fumeurs, quant à eux, devraient être conscients que, comme pour le tabac, leur consommation pourra nuire à d’autres.

« C’est vraiment des précautions générales à ce point-ci, tant qu’on n’a pas encore les études pour mieux nous informer », conclut la Dre Poulin.

Alberta

Drogues et stupéfiants