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Référendum sur le droit à l'avortement en Irlande : le « oui » en voie de l'emporter facilement

Le reportage d’Alexandra Szacka
Reuters

Les Irlandais se sont prononcés vendredi par référendum à une très forte majorité en faveur de la libéralisation du droit à l'avortement, selon des sondages réalisés à la sortie des urnes.

Pour le quotidien Irish Times, l'institut Ipsos MRBI a mesuré le « oui » à 68 % des voix. L'enquête a été menée auprès de 4000 électeurs dans 160 bureaux de vote à travers le pays. La chaîne publique RTE, en association avec l'institut Behaviour & Attitudes, donne pour sa part le « oui » vainqueur avec 69 %.

Les électeurs irlandais étaient invités à se prononcer pour ou contre l'abrogation d'un amendement constitutionnel interdisant, depuis 1983, la promulgation de toute législation sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG) et protégeant le « droit à la vie de l'enfant à naître » au même titre que celui de la mère.

Le droit irlandais a été modifié en 2013, mais la possibilité d'interrompre une grossesse était depuis cette date limitée aux seuls cas où la vie de la mère est en danger.

Le taux de participation a été l'un des plus élevés jamais enregistrés pour un référendum sur l'île à forte tradition catholique. Il pourrait avoir dépassé les 61 % du référendum qui a conduit à la légalisation du mariage homosexuel en 2015.

Près de 3,5 millions d'électeurs étaient appelés à se prononcer.

Le dépouillement ne débutera que samedi matin à 4 h HAE et les premiers résultats partiels devraient tomber en milieu de matinée.

« Pas encore le résultat officiel, mais cela se présente bien », a commenté dans la soirée sur Twitter la ministre de la Culture, Josepha Madigan, coordonnatrice de la campagne pour le « oui » du Fine Gael, le parti du premier ministre, Leo Varadkar.

Charlie Flanagan, ministre de la Justice, a estimé pour sa part que l'Irlande avait franchi « un grand pas de plus » et s'éloignait de son « sombre passé ».

Les sondages préélectoraux annonçaient tous un succès des partisans du droit à l'IVG dans cette consultation que le premier ministre a qualifiée d'« occasion unique pour toute une génération ».

« Il ne faut rien considérer comme gagné d'avance, mais je suis serein et confiant. Une forte participation, je pense, sera à l'avantage du "oui" », a déclaré Leo Varadkar vendredi.

Le premier ministre de l'Irlande arrive au bureau de vote. Le premier ministre de l'Irlande, Leo Varadkar, s'est rendu voter, vendredi, afin de libéraliser le droit à l'avortement dans le pays. Photo : Associated Press / Niall Carson

C'est à Dublin, la capitale, que le « oui » a été le plus massif, avec 77 % des voix selon l'Irish Times. Mais à l'inverse des précédentes consultations, il ne semble pas y avoir eu cette fois de divergence électorale marquée entre circonscriptions urbaines et rurales. Les pro-IVG semblent l'emporter dans toutes les provinces.

3000 Irlandaises avortent chaque année en Grande-Bretagne

Naguère pays parmi les plus conservateurs d'Europe, l'Irlande, où le divorce n'a été légalisé qu'en 1995 au terme d'un référendum très serré, connaît ces dernières années une évolution rapide sur les questions de société.

Il y a trois ans, elle est devenue le premier pays au monde à avoir légalisé au suffrage universel direct le droit au mariage des couples homosexuels.

La campagne qui s'achève a également montré que l'Église catholique, jadis toute-puissante, est désormais en retrait.

En 1983, la religion avait occupé une place centrale dans la campagne. L'éditorialiste Gene Kerrighan avait alors parlé d'une « guerre civile morale » entre les catholiques conservateurs et les progressistes libéraux dans un pays où l'avortement était une question taboue pour la plupart des Irlandais.

Cette fois, le débat a été largement pris en charge par les femmes qui ont décrit publiquement leur expérience personnelle de l'IVG.

Certains des 25 évêques du pays se sont certes engagés dans la campagne ces dernières semaines. Dans une lettre pastorale, Mgr William Crean, évêque de Cloyne, demande ainsi à ses fidèles de « ne pas être naïfs ». « Ce qui est en jeu avec ce référendum, c'est un grand combat entre la lumière et l'obscurité, entre la vie et la mort », leur écrit-il, les invitant à « choisir la vie ».

Mais Vicky Wall, militante antiavortement, estime que les prêtres catholiques sont aujourd'hui difficilement audibles. Comment des hommes contraints au célibat pourraient-ils fixer leur ligne de conduite à des femmes?

Les tracts qu'elle a diffusés durant la campagne ne mentionnent du reste qu'une seule fois la religion, pour expliquer précisément qu'« il n'est pas nécessaire d'appartenir à une confession religieuse pour convenir que la vie humaine doit être protégée ».

La perte d'influence de l'Église se lit aussi dans le recul de l'appartenance, alors que lors du recensement de 2016, 78 % des Irlandais se sont déclarés catholiques, contre 92 % en 1991. Ce recul est encore plus prononcé pour ce qui est de la pratique religieuse, alors que de 81 % en 1990, la fréquentation de la messe est tombée à 48 %, selon une enquête de la RTE en 2006.

Pour les partisans du droit à l'IVG, l'avortement est de toute façon déjà une réalité dans la société irlandaise. Chaque année, rappellent-ils, quelque 3000 Irlandaises se rendent en Grande-Bretagne pour interrompre leur grossesse, d'autres se procurent des « pilules du lendemain » sur Internet.

« Il s'agit d'une occasion qui nous est donnée de changer notre pays. Si le "oui" l'emporte, l'Irlande restera la même, mais elle sera simplement un endroit avec un peu plus de compassion, de gentillesse et de compréhension », a souligné le premier ministre.

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