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Des papetières prêtes à acheter plus de papier récupéré au Québec si la qualité s'améliore

Le reportage de Jean-Philippe Robillard
Radio-Canada

Des papetières québécoises se disent prêtes à acheter plus de papiers récupérés au Québec et ainsi aider les centres de tri à faire face à la crise qui secoue l'industrie du recyclage, mais seulement si ces derniers augmentent la qualité de leur production.

Un reportage de Jean-Philippe Robillard

Le grand patron de Cascades, Mario Plourde, déplore que certains centres de tri du Québec, contrairement à d'autres, ne produisent pas de la matière de meilleure qualité.

Il affirme cependant qu'il souhaiterait acquérir davantage de papiers récupérés auprès des centres de tri s'ils améliorent leur production.

M. Plourde estime que son entreprise pourrait annuellement en acheter des milliers de tonnes de plus pour alimenter ses usines.

« Je vous dirais qu'on a fait l'analyse, c'est 50 000 tonnes de plus qu'on pourrait consommer demain matin avec une qualité meilleure », précise-t-il.

Un homme portant des lunettes est assis dans une salle de conférence devant un mur sur lequel des photographies d'arbres sont accrochées.Mario Plourde, président de Cascades Photo : Radio-Canada

Même son de cloche chez Kruger, où le vice-président recyclage, Paul de Blois, affirme lui aussi que sa papetière est prête à acheter plus de ballots de papiers si les centres de tri s’améliorent.

Il va falloir avoir de la qualité. S'approvisionner totalement au Québec pour nous, ça va nous permettre de réduire notre empreinte écologique et les gaz à effet de serre.

Paul de Blois, vice-président chez Kruger

M. de Blois estime qu'avec une meilleure qualité de tri, ses achats de papiers auprès des centres de tri du Québec pourraient passer de 5000 tonnes à 100 000 tonnes par année.

Un homme portant un veston gris regarde le journaliste lors d'une entrevue dans son bureau.Paul de Blois, vice-président recyclage pour Kruger Photo : Radio-Canada

M. Plourde affirme de son côté que les acquisitions de papiers provenant du Québec pourraient passer de 80 000 à 130 000 tonnes par année.

Je pense que ça serait une bonne part du problème qui serait solutionnée.

Mario Plourde, président de Cascades

Au total, les deux papetières proposent d'acheter un peu plus de la moitié des 442 000 tonnes de papier que produisent annuellement les centres de tri au Québec.

Réorganisation du marché

Le grand patron du centre de récupération de Montréal, Gilbert Durocher, voit d'un bon œil l'intérêt des papetières.

« Si nos papetières, telles que Kruger et Cascades, pouvaient acquérir l'entièreté de la fibre des centres de tri du Québec, c'est évident que ça serait idéal parce qu'on ne serait plus dépendants des marchés asiatiques », explique-t-il.

Une montagne de débris devant le mur de bâtiment avec une affiche sur laquelle il est écrit : « Ville de Montréal, Centre de récupération des matières recyclables » avec le logo de la Ville de Montréal.Le centre de récupération des matières recyclables de la Ville de Montréal Photo : Radio-Canada

Pendant des années, la plupart des centres de tri ont préféré exporter leurs matières vers la Chine plutôt que de les vendre aux papetières. Mais depuis que la Chine a augmenté ses critères de qualité sur les matières recyclables, plusieurs centres de tri ont perdu leur principal marché d'exportation et fonctionnent à perte en raison de la chute des prix.

« Il faut rapidement financer des centres de tri qui pourraient fermer s'ils n'ont pas accès à du capital rapidement », prévient Maryse Vermette, présidente et directrice générale d’Éco Entreprises Québec.

L'ampleur de la crise est telle que la grande patronne d'Éco Entreprises Québec, qui gère les redevances que les entreprises doivent verser pour le recyclage, demande au gouvernement de créer un fonds d'urgence pour sauver la collecte sélective.

Une femme aux cheveux blonds regarde le journaliste lors d'une entrevue dans une salle de conférence devant deux grandes fenêtres.Maryse Vermette, présidente et directrice générale d’Éco Entreprises Québec Photo : Radio-Canada

Aide gouvernementale

En janvier, le gouvernement avait annoncé qu'il allait injecter trois millions de dollars pour aider des centres de tri à se moderniser, à produire avec de la meilleure qualité.

Un montant qui s'est ajouté aux 25 millions de dollars qui ont été octroyés depuis 10 ans.

« Si le gouvernement intervient, qu'il intervienne d'une façon durable, estime Mario Plourde. Pas juste pour donner de l'argent pour abrier les pertes qu'un centre de tri a aujourd'hui. »

Pour trouver de nouveaux débouchés pour le papier qui provient des centres de tri, certains suggèrent qu'on développe ici au Québec une industrie capable de transformer les matières qui ont été récupérées chez les citoyens.

Maryse Vermette, elle aussi, souhaite trouver des solutions à long terme à la crise.

« Si les Européens ont réussi à le faire, pourquoi au Canada on ne serait pas capable de le faire, demande-t-elle. Il faut se donner un plan sur cinq ans, pour développer de nouvelles entreprises pour la transformation de nos matières recyclables. »

Mettre les centres de tri sur la voie de la qualité

En entrevue à RDI, la ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Isabelle Melançon, a affirmé qu'une solution était en développement. « Il n’y aura pas d’enfouissement, on ne brûlera rien », a-t-elle assuré.

À titre d'exemple, Mme Melançon a indiqué que la majorité des 6000 ballots de papier que tente d'écouler le centre de tri Rebuts Solides Canadiens inc., une filiale du groupe Tiru, avait déjà trouvé preneur. « Sur les 6000 ballots du groupe Tiru, il en reste 850. Ils sont partis vers l’Asie », a indiqué la ministre.

On est peut-être rendus au moment où on doit moderniser notre régime de compensation.

Isabelle Melançon, ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques

Selon la ministre Melançon, Recyc-Québec « n’avait pas tous les pouvoirs » pour exiger un produit de meilleure qualité, une situation qui doit changer, laisse entendre la ministre.

Mme Melançon, qui plaide pour une « standardisation de la qualité » dans les centres de tri, explique que le régime de compensation qui est en place actuellement n'exige pas la qualité. La ministre rappelle que le contribuable « paie déjà le suremballage pour payer le recyclage qui s’en va vers les municipalités, qui elles, donnent des contrats à des centres de tri ».

Isabelle Melançon reconnaît qu’il y a des centres de tri qui font bien leur travail et qui peuvent vendre leur produit aux papetières. D'autres doivent toutefois « travailler sur leur qualité et sur leurs standards », insiste-t-elle.

La ministre Melançon vient de lancer une consultation pour tenter de trouver une solution à la crise et développer éventuellement une véritable économie circulaire au Québec. Elle a annoncé une réunion le 30 mai avec les responsables des centres de tri pour « arriver à des ententes ».

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