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Des algues d'ici pour fabriquer des sandales en plastique en Chine

Le reportage de Denis Leduc
Radio-Canada

Des algues cueillies sur les berges du fleuve Saint-Laurent par une petite entreprise de Saint-Simon-de-Rimouski servent à la production, en Chine, de sandales en bioplastique.

Il y a un an, Pro-Algue marine a décroché un contrat en Chine pour l'exportation d'algues récoltées entre La Pocatière et Sainte-Anne-des-Monts.

Nous, on leur vend les algues au brut, mais eux, ils les transforment en bioplastique pour en faire des sandales.

Jean-Pierre Gagnon, copropriétaire de Pro-Algue marine de Saint-Simon-de-Rimouski
Des algues séchées, tenue dans la main de quelqu'un.Des algues séchées produites par la firme Pro-Algue marine de Saint-Simon-de-Rimouski Photo : Radio-Canada / Samuel Ranger

Les algues sont récoltées, séchées, réduites en petits copeaux puis expédiées par bateau en Chine.

Le contrat, dont les détails demeurent confidentiels, s'annonce pour être de longue durée, selon les propriétaires de Pro-Algue marine. Il témoigne d'un marché en expansion, non pas localement, mais à l'étranger.

On est en retard [dans l'utilisation des algues]. Les Européens et les Chinois, ça fait des siècles qu'ils utilisent cela. Mais au Québec, c'est inconnu.

Carmen Vaillancourt, copropriétaire de Pro-Algue marine de Saint-Simon-de-Rimouski

La plante de l'avenir

Si leur contrat avec la Chine existe depuis seulement un an, Carmen Vaillancourt et Jean-Pierre Gagnon récoltent des algues depuis plus de 15 ans.

Jean-Pierre Gagnon et Carmen Vaillancourt marchent dans les algues, à marée basse.Jean-Pierre Gagnon et Carmen Vaillancourt, les copropriétaires de Pro-Algue marine de Saint-Simon-de-Rimouski sur un site de récolte d'algues à Saint-Fabien-sur-mer au Bas-Saint-Laurent Photo : Radio-Canada / Samuel Ranger

Jusqu'ici, les algues étaient surtout transformées en granules et en farine pour être utilisées en horticulture ou servir de base à des traitements en thalassothérapie. Avec la recherche et le développement, de nouveaux marchés se sont ouverts comme ceux des bioplastiques, des biocarburants ou de l'alimentation animale.

De la farine d'algues produite par la firme Pro-Algue marine de Saint-Simon-de-Rimouski.De la farine d'algues produite par la firme Pro-Algue marine de Saint-Simon-de-Rimouski Photo : Radio-Canada / Samuel Ranger

L'algue marine, c'est la plante de l'avenir.

Jean-Pierre Gagnon, copropriétaire de Pro-Algue marine de Saint-Simon-de-Rimouski
Jean-Pierre Gagnon répond aux questions du journaliste.Jean-Pierre Gagnon, copropriétaire de la firme Pro-Algue marine de Saint-Simon-de-Rimouski Photo : Radio-Canada / Samuel Ranger

Le potentiel est tel que même les États-Unis s'y intéressent. Pro-Algue marine travaille d'ailleurs à y dénicher des contrats, notamment pour des bioplastiques, ce qui la mènerait à moderniser ses équipements.

Faut investir dans nos machineries fixes pour être capables de développer une exploitation industrielle.

Jean-Pierre Gagnon, copropriétaire de Pro-Algue marine de Saint-Simon-de-Rimouski

Selon M. Gagnon, une telle modernisation permettrait à son entreprise de récolter et de traiter cinq fois plus d'algues qu'actuellement (de 7 000 à 35 000 tonnes) et de tripler le nombre de ses employés, qui passerait de six à une vingtaine de personnes.

Un amas d'algues séchées.Des algues séchées produites par la firme Pro-Algue marine de Saint-Simon-de-Rimouski Photo : Radio-Canada / Samuel Ranger

Une ressource réglementée

Pro-Algue marine récolte ses algues sur une trentaine de sites dans 20 municipalités du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie. La collecte est conditionnelle à l'émission de permis par le gouvernement fédéral. Les algues doivent être coupées à 15 centimètres du sol afin de préserver les racines.

Il ne faut pas les arracher, sinon elles ne pousseront plus. Il n'y en aura plus.

Carmen Vaillancourt, copropriétaire de Pro-Algue marine de Saint-Simon-de-Rimouski
Carmen Vaillancourt.Carmen Vaillancourt, copropriétaire de la firme Pro-Algue marine de Saint-Simon-de-Rimouski Photo : Radio-Canada / Samuel Ranger

La récolte se fait en alternance, selon un cycle de trois ans, pour permettre aux algues de repousser sur les différents sites de collectes.

Algues et cannabis

Si le Québec et le Canada ne sont pas des leaders mondiaux dans la transformation des algues, ils pourraient innover dans un secteur inattendu : le cannabis.

Les propriétaires de Pro-Algue marine assurent qu'un procédé d'algues liquides est un excellent fertilisant pour la culture du cannabis.

Bioplastique et environnement

Le professeur retraité en océanographie chimique de l'Institut des sciences de la mer, Émilien Pelletier, dit que les bioplastiques ont généralement un impact positif pour l'environnement, car ils sont le fruit de l'utilisation de matière végétale,comme les algues ou l'amidon de maïs, plutôt que du pétrole pour la fabrication de plastique. Ils permettent donc d'éviter l'extraction de matières fossiles et la production de CO2 qui leur est associée.

Mais le professeur Pelletier fait une mise en garde : cela dépend du procédé de fabrication employé. Selon lui, certains bioplastiques peuvent inclure du pétrole ou d'autres produits du même genre. Et il note que si les bioplastiques sont généralement recyclables, ils ne sont pas tous biodégradables (compostables).

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