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Mégaprojet au point mort : Bathurst tient la province responsable

Smurfit-Stone : Bathurst est à bout de patience

Est-ce la fin du projet de développement de l'ancien site industriel de la Smurfit-Stone, à Bathurst? L'entreprise - qui faisait miroiter la construction de copropriétés, de commerces et d'un camping - est inactive depuis plus d'un an, et la province lui réclame un million de dollars en impôts fonciers.

Un texte de Michelle LeBlanc

« On a perdu confiance », dit le maire de Bathurst, Paolo Fongemie. Selon lui, les possibilités que le promoteur, Raymond Robichaud, développe le site sont à peu près nulles.

« Présentement, il n’y a rien qui se passe. [Le promoteur] ne semble pas avoir la capacité financière d’aller plus loin », explique le maire.

13 ans de délabrement à l’entrée de la ville

En 2005, la papetière Smurfit-Stone ferme ses portes, mettant à pied 270 employés. Cinq ans plus tard, une entreprise américaine, Green Investment, promet de revitaliser le site industriel. Dans les faits, elle empoche des millions en liquidant les équipements et les métaux de valeur, laissant à l’abandon une zone potentiellement contaminée. L'entreprise américaine n’a jamais payé ses impôts fonciers. Le promoteur Raymond Robichaud achète le terrain en 2016 et annonce un projet d’envergure.

Pourtant, l’entrepreneur promettait de grandes choses, en janvier 2016, quand il s’est porté acquéreur, pour la somme de 1 $, du vaste site industriel désaffecté.

La province s'enthousiasmait de la transaction, allant jusqu’à éliminer les dettes d’impôts fonciers du précédent propriétaire. Ces avantages totalisaient plus d'un million de dollars.

« Les projets de développement tels que le vôtre créent des emplois et contribueront à créer des temps meilleurs pour la région de Bathurst », écrivait en 2015 le ministre des Finances de l’époque, Roger Melanson.

Raymond RobichaudLe promoteur Raymond Robichaud, de Bouctouche, a acheté l'ancien site de la Smurfit Stone de Bathurst pour la somme de 1 $ en 2016. Photo : Radio-Canada / Pierre Richard

Le promoteur Raymond Robichaud devait toutefois respecter certains engagements : le développement du site devait respecter un échéancier et répondre aux règles environnementales en vigueur.

Deux ans et demi plus tard, aucun emploi n’a été créé, aucune construction n’a été entamée et le site n’a jamais été nettoyé. Raymond Robichaud a omis de payer l’enregistrement de son entreprise our les années 2017 et 2018.

Un détail, dit le promoteur : « Elle est inactive à cause que je ne fais rien. C’est rien que 60 piasses. Je l'ai envoyé ça fait deux semaines déjà. Je l’ai envoyé par courrier ».

Une entente non respectée

La province considère que l'entente qu’elle a conclue avec Raymond Robichaud n’a pas été respectée. Selon des documents obtenus en vertu de la Loi sur le droit à l'information, le solde des impôts fonciers à payer par l'entreprise à numéro du promoteur s'élève à plus de 1 million de dollars.

Raymond Robichaud reconnaît qu’il n’a pas payé les impôts sur une vaste partie du terrain. Selon lui, l’évaluation de la province est tout simplement trop élevée.

« Les taxes que la province veut avoir, c’est trop haut », dit-il. Il soutient avoir commandé une étude d’une firme d’ingénierie pour que la valeur des terrains soit revue à la baisse.

Il compte sur les matériaux du site pour payer ses dettes.

« Il y a 250 000 $ de stainless steel [acier inoxydable] en arrière. Je me fiais là dessus pour payer mes taxes foncières, [...] mais ils ne me laissent pas sortir le stainless steel, [le ministère de] l’Environnement. Ils m’ont bloqué. »

Le ministre de la Justice et de la Sécurité publique et député local, Denis Landry, accepte cette explication. « Il a peut-être un point », dit-il. Ce dernier reconnaît que le promoteur a des démêlés avec les autorités provinciales et municipales, ce qui l’empêche de payer ses impôts.

Affiche à vendre sur la propriété de l'ancienne Smurfit StoneTrois différentes parcelles sont à vendre, pour la somme totale de 2,3 millions de dollars depuis l'automne 2017. Photo : Radio-Canada / Pierre Richard

La ville demande la saisie du terrain

À Bathurst, le maire reproche aux élus provinciaux de ne pas avoir vérifié la capacité de Raymond Robichaud de financer ses grands projets. « Moi, si j’étais le gouvernement, je me poserais beaucoup de questions à savoir le processus d’avoir approuvé ce type de développement. On est très frustré par l’état des choses. »

Je tiens à rappeler que ce ne sont pas les élus municipaux qui ont présenté le promoteur à la municipalité. Ce sont bien les élus provinciaux. C’est avec le gouvernement qu’il y a eu des ententes.

Paolo Fongemie, maire de Bathurst

Paolo Fongemie veut que la province saisisse la propriété et qu’elle prenne en main son développement, en collaboration avec la ville.

« Honnêtement, je souhaite que la province reprenne le contrôle de ce terrain et qu’on travaille ensemble pour faire du développement économique », dit le maire.

Entrevue avec le maire Paolo FongémieLe maire de Bathurst demande à la province de saisir les terrains de l'ancienne Smurfit-Stone et de collaborer avec la municipalité pour y faire du développement économique. Photo : Radio-Canada / Paul Landry

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Brian Gallant, s'est dit en désaccord avec les propos de Paolo Fongémie et rejette l'idée que la province prenne la responsabilité de développer le terrain.

« Le maire de Bathurst est erroné quand il dit qu' il n'y a pas eu de travail de fait. Ce n'est pas vrai. Il y a eu du travail de fait. Il y a eu des investissements faits par le développeur pour faire le nettoyage de la propriété. Et numéro deux, c'est un dossier qui est encore actif », explique Brian Gallant.

« On veut tous voir cette propriété développée, mais nous on veut que ça soit du secteur privé », précise le premier ministre.

Un montage financier qui protège une parcelle non contaminée

Quand il est devenu propriétaire des anciens terrains de la Smurfit-Stone, Raymond Robichaud a rapidement procédé à une transaction immobilière entre deux entreprises lui appartenant.

Il a transféré une petite parcelle - non contaminée - à une entreprise distincte. C'est sur ce terrain qu'il veut construire une station-service.

Du vaste terrain industriel désaffecté, c'est la seule parcelle où une étude des répercussions environnementales n'est pas requise avant d'entreprendre une construction.

Pour cette portion du terrain, Raymond Robichaud s'est associé à deux hommes d'affaires de la région de Moncton, Louis Landry et Gérald Cormier. Le projet de station-service est toujours actif. Bien qu’aucune demande de permis de construction n'ait encore été faite, des sources nous indiquent que des pourparlers sont en cours.

Cela signifie que si l'entreprise initiale de Raymond Robichaud devait faire faillite, cette petite parcelle - que Service Nouveau-Brunswick évalue à 170 500 $ - ne serait pas touchée et demeurerait sa propriété.

Avec la collaboration de Monique Losier

Nouveau-Brunswick

Économie