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Des superviseurs de stage largués par l’Université Laval, dénonce leur syndicat

L'entrée du campus de l'Université Laval
L'entrée du campus de l'Université Laval Photo: Radio-Canada / Carl Boivin
Radio-Canada

Des dizaines d'employés de l'Université Laval qui supervisent les stages des futurs enseignants au primaire et au secondaire n'auront plus de contrat, à l'automne. Cette tâche sera confiée à des chargés d'enseignement et une partie du travail de supervision se fera dorénavant par vidéoconférence.

Un texte d’Alexandre Duval

« Ce sont des personnes qui faisaient bien leur travail, qui sont reconnues dans leur milieu, alors on s'explique mal la décision de l'employeur », affirme Christine Gauthier, la présidente du Syndicat des chargé(e)s de cours de l’Université Laval (SCCCUL).

Jusqu’à maintenant, les superviseurs de stage étaient surtout des enseignants avec plusieurs années d’expérience dans le monde de l’éducation, voire des retraités.

Dès l'automne, les chargés d’enseignement qui vont assurer la supervision des stages seront surtout des personnes ayant une maîtrise ou un doctorat.

Leur expérience universitaire est donc plus vaste, mais leur nombre d’années passées en classe est moins élevé que les superviseurs de stage actuels.

Geneviève Saint-Maurice, superviseure de stageGeneviève Saint-Maurice, superviseure de stage Photo : Radio-Canada

« Nous là, on a fait, 20, 25, 30 ou 35 ans dans le milieu [de l’enseignement]. On en a vu, des choses, et il y a des choses qui sont difficiles! », affirme Geneviève Saint-Maurice, l’une des superviseures de stage coupées.

Sans enlever quoi que ce soit à ceux qui vont reprendre sa tâche, cette ex-enseignante se dit « estomaquée » d’apprendre que son expérience en éducation ne sera plus sollicitée.

Quand on arrive dans une école, on a comme des antennes. On peut voir le milieu, comment ça se passe, saisir des choses que l'étudiante peut nous dire, ou l'enseignante associée, et intervenir dès le début.

Geneviève Saint-Maurice, superviseure de stage

Pour l’année 2017-2018, 28 contrats ont été confiés à des superviseurs. L’Université Laval dispose cependant d’un bassin de plus de 50 personnes qualifiées pour ces contrats, qui seront toutes touchées.

Un suivi sur le terrain

À titre de superviseure, Mme Saint-Maurice offrait des séminaires à ses stagiaires de 2e, 3e et 4e année. À deux reprises pendant leurs stages, parfois plus, elle se rendait directement en classe pour observer leur travail.

Des rencontres de rétroaction étaient ensuite faites avec les stagiaires eux-mêmes, les enseignants qui les accueillent ainsi que les directions d’école, au besoin.

Le Syndicat des chargé(e)s de cours de l'Université Laval dénonce les changements apportés pour la supervision des stages en enseignementLe Syndicat des chargé(e)s de cours de l'Université Laval dénonce les changements apportés pour la supervision des stages en enseignement Photo : Radio-Canada

Cette présence « sur le terrain » sera chose du passé dès l’automne. Sauf exception, les chargés d’enseignement vont effectuer la supervision à distance, grâce à une captation vidéo. Cette décision renverse Mme Saint-Maurice.

« Quand on met une caméra à l'arrière de la classe […] déjà en partant, ça réduit le champ d'action de la personne qui est filmée! », dit-elle.

Mme Saint-Maurice est convaincue qu’avec une captation vidéo, les chargés d’enseignement n’auront pas accès à tous les éléments nécessaires pour faire une bonne évaluation.

Ça m'est arrivé cette année en faisant des supervisions de dire : "Dans le coin à droite, ça ne va pas du tout! Qu'est-ce que tu fais avec ces élèves-là?" Mais je ne les aurais pas vus [sur une caméra] et je ne les aurais pas entendus non plus!

Geneviève Saint-Maurice, superviseure de stage

Une décision éclairée

Bien que le SCCCUL avance que l’employeur pourrait économiser jusqu’à 30 000 $ en coupant les déplacements des superviseurs en classe, l’Université Laval affirme que sa décision n’a rien à voir avec les finances.

« Ça se base sur des travaux de recherche qu'on mène à l'Université depuis plusieurs années avec des groupes de recherche en Europe », soutient Érick Falardeau, directeur du département d’études sur l’enseignement et l’apprentissage.

Érick Falardeau, directeur du département d'études sur l'enseignement et l'apprentissage à l'Université LavalÉrick Falardeau, directeur du département d'études sur l'enseignement et l'apprentissage à l'Université Laval Photo : Radio-Canada

« Les étudiants vont se filmer pendant leur prestation et ils vont analyser leur vidéo à l'aide de cadres théoriques, à l'aide d'outils. Après ça, les superviseurs vont les accompagner dans l'analyse de cette vidéo-là », ajoute-t-il.

Selon lui, la formation des futurs enseignants s'en trouvera améliorée.

Ce recul-là que les étudiants prennent leur permet une analyse beaucoup plus fine, une meilleure compréhension de leur pratique.

Érick Falardeau, directeur du département d'études sur l'enseignement et l'apprentissage à l'Université Laval

Il rappelle par ailleurs que les stagiaires n’évoluent pas qu’aux côtés de leur superviseur; l’enseignant qui les accueille est parfaitement en mesure d’analyser le climat de la classe, selon M. Falardeau.

Moins d’heures, plus de stagiaires

Les superviseurs de stage seront aussi moins nombreux dès l’automne; au total, de 10 à 12 contrats seront accordés, confirme M. Falardeau. De plus, ces contrats comprendront moins d’heures, notamment pour la supervision des stages 4 au primaire.

Il est aussi prévu que le nombre d’étudiants sous la responsabilité d’un même superviseur passer de 12 à 15 au primaire en 2019-2020.

M. Falardeau assure que les superviseurs offriront le même niveau de service qu’avant; en n’ayant pas à se déplacer en classe, ils utiliseront tout leur temps pour être avec les stagiaires.

Qui plus est, ces contrats permettront à des chargés d’enseignement de bonifier leur tâche, voire de décrocher un poste à temps complet.

« C'est important pour nous, affirme M. Falardeau. On stabilise nos équipes. On crée des postes de qualité dans lesquels il y a des avantages sociaux et qui sont renouvelables. »

Décision unilatérale

Actuellement en négociation de convention collective, le SCCCUL affirme que toutes ces décisions ont été prises unilatéralement et qu’elles n’ont pas fait l’objet de négociations.

« Ce qu'on demande à l'employeur, c'est de ramener le sujet à la table de négociation, de suspendre la décision », lance la présidente du SCCCUL, Christine Gauthier.

Christine Gauthier, présidente du Syndicat des chargé(e)s de cours de l'Université LavalChristine Gauthier, présidente du Syndicat des chargé(e)s de cours de l'Université Laval Photo : Radio-Canada

L’Université Laval affirme que ce dossier n’avait pas à être amené à la table de négociation parce qu’il s’agit d’une décision purement pédagogique. Il n’y aura pas de recul sur cette question, assure-t-on.

Société