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À Saint-Paul, guerre de tranchées autour d'un directeur suspendu

Réginald Roy, président du conseil scolaire Nord-est, écoute à l'avant-plan, tandis que trois dames, adossées au mur, assistent à la discussion.
Le président du Conseil scolaire Centre-Est, Réginald Roy, écoute les discussions, pendant que des parents et des membres du personnel de l'École du Sommet assistent à la réunion. Photo: Radio-Canada / Sébastien Tanguay
Radio-Canada

À Saint-Paul, en Alberta, une quarantaine de parents de l'École du Sommet refusent toujours de baisser pavillon et réclament encore des explications après la suspension du directeur Yvan Beaudoin, absent de son poste depuis le 19 mars. Sur place mardi, Radio-Canada a constaté que cette saga, qui implique désormais la Gendarmerie royale du Canada (GRC), a creusé de profondes divisions dans une communauté réputée pour être très unie.

Un texte de sebastien.tanguay@radio-canada.ca

À deux pas de l'édifice qui abrite le Conseil scolaire Centre-Est, une dizaine de familles affichent leur soutien au directeur Yvan Beaudoin, dont elles sont sans nouvelle depuis 64 jours.

Leur solidarité s'exprime sur quelques affiches : « Nous aimons notre directeur », ou encore « Nous appuyons M. Beaudoin ». Derrière un bouquet de ballons gonflés à l'hélium, les gens discutent de la situation, qui, en un peu plus de deux mois, a laissé des marques profondes dans la communauté.

Un barbecue parfume l'air, les gourmands achètent hamburgers et hot-dogs pour verser les bénéfices à leur directeur suspendu.

Quatre personnes s'activent autour du barbecue, avec, en arrière-plan, quatre dames qui discutent dans le parc adjacent au presbytère de Saint-Paul.Un barbecue a réuni une quarantaine de personnes, à deux pas de l'édifice abritant le Conseil scolaire Centre-Est. Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Mais, ces parents inquiets ont surtout faim de réponses.

Depuis le départ d'Yvan Beaudoin, ils envoient des courriels, prennent d'assaut les lignes téléphoniques, saisissent les médias sociaux avec, toujours, la même question adressée à leur conseil scolaire : « Que s'est-il passé? »

Ils se demandent pourquoi leur directeur, un homme très apprécié par les parents sur place et de nombreux élèves de l'école, a dû faire ses boîtes de manière aussi précipitée.

À deux pas de là, à une distance qui permet encore de sentir les arômes de la viande qui grille, plusieurs espèrent enfin obtenir les informations qu'ils réclament. Les conseillers scolaires se réunissent pour la première fois depuis l'éclatement de la saga; le public a droit d'assister aux échanges.

Une réunion sous tension

Ils sont une trentaine à encadrer la table où siègent les conseillers et le directeur général. Bras croisés, appuyés contre les murs, parents et enseignants attendent que la vérité éclate.

Leurs espoirs sont vite déçus : à peine commencée, la réunion va se tenir à huis clos.

Le président du conseil scolaire, Réginald Roy, explique qu'« une question épineuse » requiert que les débats soient tenus dans la « confidentialité ». Les conseillers aimeraient « plus que quiconque » raconter les événements qui ont mené à l'absence de M. Beaudoin, souligne-t-il, mais des questions juridiques les obligent au silence.

Marc Dumont apparaît en avant-plan, de profil, devant l'assistance qui écoute la réunion les bras croisés.Le directeur général du conseil scolaire Centre-Est, Marc Dumont, écoute une résidente de Saint-Paul demander une plus grande transparence aux conseillers scolaires. Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

« Une enquête indépendante est en cours pour faire la lumière sur les événements. Nous ne pourrons rien vous dire tant qu'elle ne sera pas terminée », déplore le président.

Un silence qui laisse l'audience sur sa faim. Avant de quitter la salle pour respecter la décision de poursuivre la réunion à huis clos, une mère, Voon You Ten, lit un mot pour demander une plus grande transparence au conseil scolaire.

Ses recommandations visent à établir une meilleure communication entre les conseillers et les parents, afin « de rétablir le lien de confiance brisé ».

Un conseil en état de siège

Parmi les mécontents qui quittent la salle, les conseillers peuvent compter d'anciens amis et d'anciens élèves, autant de personnes qui ont traversé leur vie et qui, désormais, réclament leur démission.

Les deux derniers mois ont pesé sur le conseil, épuisé sur le plan émotif par une saga qui semble échapper à son contrôle.

Sur les réseaux sociaux, certains parents se déchaînent contre les conseillers scolaires. Les attaques personnelles vont bon train, à tel point que la menace de mise en demeure a été brandie contre certains d'entre eux pour des propos jugés diffamatoires.

Une enfant tient sa soeur plus jeune dans ses bras, sous un soleil éclatant,Au pique-nique organisé mardi à Saint-Paul, plusieurs familles ont voulu montrere leur solidarité avec le directeur Yvan Beaudoin. Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Le conseil scolaire a avisé la GRC qu'une mère, Suzanne Stybel, fortement mobilisée dans cette affaire, était visée par une interdiction de s'approcher de l'École du Sommet et de l'édifice qui abrite le conseil scolaire.

Une lettre adressée à Mme Stybel et signée par le directeur général du conseil scolaire, Marc Dumont, allègue que cette dernière représente un danger pour l'intégrité des élèves et du personnel. Des allégations qui sont sans fondement, selon la principale intéressée.

« Mes enfants vont à l'École du Sommet. Je ne peux même plus aller leur porter des lunchs sur l'heure du dîner. Pour moi comme pour eux, c'est très difficile », explique la femme visée par la sommation.

Celle-ci n'exclut pas de saisir les tribunaux pour faire valoir ses droits.

Une « grande famille » déchirée

De retour dans la salle de réunion après la fin de la partie de la réunion tenue à huis clos, une habitante de Saint-Paul, Marie-Laure Poulin, qui a 21 petits-enfants dont plusieurs fréquentent l'École du Sommet, prend la parole.

« Nous sommes une grande famille , déclare-t-elle sous le regard d'une de ses parentes, Isabelle, trésorière et directrice des opérations du conseil scolaire. C'est notre école, à nous tous. Je trouve ça extrêmement dommage, tout ce qui se passe. »

« Nous ne sommes pas une famille; nous sommes un conseil scolaire , reprend le directeur général, Marc Dumont. Un conseil scolaire tenu par des obligations légales. »

Dans la salle, l'émotion demeure vive, et la communauté, divisée.

Un peu à l'image d'une réunion de famille assombrie par les non-dits.

Que s'est-il passé?

Selon les informations obtenues par Radio-Canada et confirmées par plusieurs sources, c'est un conflit en rapport avec la création d'une alliance gai-hétéro à l'École du Sommet qui aurait engendré la suspension d'Yvan Beaudoin.

Une élève aurait formulé une plainte à l'encontre du directeur, ce qui aurait entraîné sa suspension automatique, le temps qu'une enquête fasse la lumière sur les événements.

La nature de cette plainte, de même que les circonstances qui y ont mené, demeure toutefois nébuleuse.

En vertu d'une modification à la Loi sur l'éducation, le gouvernement oblige les directions d'école à implanter une alliance gai-hétéro, si un ou une élève en fait la demande.

Alberta

Éducation