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Stratégie sur la main-d’oeuvre : est-il trop tard?

Le ministre François Blais en conférence de presse
Le ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Francois Blais, a présenté mardi, en compagnie du premier ministre Philippe Couillard, la toute première Stratégie nationale de la main-d’œuvre. Photo: La Presse canadienne / Jacques Boissinot
Radio-Canada

C'est avec un soupir de soulagement que les organismes patronaux et syndicaux ont salué la nouvelle Stratégie nationale de la main-d'oeuvre du gouvernement Couillard, qui arrive enfin avec des solutions concrètes pour les entreprises, qui ont besoin de travailleurs. Cette politique est bien accueillie. Mais dites donc, pourquoi avoir tant tardé?

Une analyse de Gérald Fillion

Il est étonnant que cette stratégie n’ait pas été élaborée il y a 2 ans, 4 ans, ou même 10 ans. Nous savions pourtant que le vieillissement de la population allait considérablement réduire la croissance du bassin de main-d’oeuvre au Québec. Il y a longtemps que l’Institut de la statistique du Québec fait des projections et les ajuste. Il y a longtemps que nous avons pris conscience de cette tendance démographique et économique.

Les professeurs Luc Godbout et Pierre Fortin ont sonné l’alarme, il y a un bon moment déjà, évoquant dans plusieurs études au fil du temps les effets potentiels sur les finances publiques et sur l’économie. Je ne compte plus les entrevues sur le sujet depuis que je couvre les enjeux économiques et depuis le début de RDI économie.

Ainsi, le Québec est aujourd’hui aux prises avec une rareté de main-d’oeuvre qui pourrait ralentir son économie au cours des prochaines années, une économie déjà fragilisée par ce vieillissement de la population.

Alors, il est important de souligner que la nouvelle politique est bienvenue et cible des priorités intéressantes. Mais elle arrive tardivement. Déjà, nous savons qu’il y a près de 100 000 postes vacants au Québec et que c’est énorme. De plus, le taux de chômage a atteint 5,4 %, ce qui a fait dire au ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais, que « le plein emploi s’installe partout au Québec ».

Partout, en effet, le chômage baisse et atteint des creux historiques, à 3 et à 4 % dans les régions de la Beauce, de Québec, de la Montérégie et de l’Abitibi-Témiscamingue, notamment.

Le graphique ci-dessous, tiré de la Stratégie nationale du ministre Blais, montre que depuis 2014, le nombre de personnes âgées de 15 à 64 ans est en diminution au Québec. Et ça va se poursuivre, si la tendance se maintient, jusqu’en 2027. Ces personnes forment le coeur de la population active au Québec et la décélération représente un frein à l’économie. La croissance du PIB va passer de 3,1 % en 2017 à 1,3 % en 2025, selon la prévision récente de l’Institut du Québec.

Depuis 2014, le nombre de personnes âgées de 15 à 64 ans est en baisse au QuébecDepuis 2014, le nombre de personnes âgées de 15 à 64 ans est en baisse au Québec Photo : Statistique Canada

L’ex-ministre des Finances Raymond Bachand avait mis en place des mesures, il y a près d’une décennie, pour retenir sur le marché du travail les personnes qui approchaient de la retraite, ne serait-ce qu'à temps partiel. Malgré cela, et malgré le fait que le vieillissement de notre population est plus prononcé qu’ailleurs au Canada, le taux d’emploi des 60-69 ans n’est que de 33,9 %, contre 39,7 % ailleurs au pays.

Chez les immigrants récents, le taux d’emploi est de 60,6 % au Québec contre 64,1 % dans l’ensemble du pays. Le taux de chômage, même s’il baisse, demeure élevé chez les immigrants récents, particulièrement chez les femmes.

Le gouvernement a raison de miser sur des bases de travailleurs potentiels comme les immigrants récents et les personnes expérimentées. Mais comment expliquer que les politiques passées n’aient pas réglé cette situation bien avant aujourd’hui, bien avant d’arriver à ce phénomène de rareté de main-d’oeuvre, qui va ralentir l’économie?

Nous savons qu’il faudra du temps pour réduire les délais d’adaptation de la formation dans les établissements scolaires. Nous savons aussi qu’il faudra du temps pour que l’immigration soit mieux arrimée aux besoins du marché du travail et pour convaincre plus de travailleurs de rester en poste après 60 ans.

Il n’est pas trop tard pour bien faire!

Gérald Fillion

Emploi

Économie