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Le réseau d'aide pour les toxicomanes de North Bay serait inefficace

Une seringue en main, un toxicomane prépare sa prochaine dose d'héroïne.
Des toxicomanes de North Bay qui souhaitent obtenir de l'aide peuvent parfois attendre quelques semaines pour en recevoir. Photo: Radio-Canada / Christine Tremblay
Radio-Canada

Les résidents de North Bay qui luttent contre des problèmes de santé mentale et de toxicomanie font face à un défi de plus : obtenir les services sociaux dont ils ont besoin. C'est du moins ce que déplore le Conseil d'administration des services sociaux du district de Nipissing, le CASSDN.

Un texte de Mathieu Grégoire

Le réseau d'aide est « fragmenté et inefficace », selon la direction de l'organisme. Le CASSDN réclame depuis bientôt 7 mois une intervention de la province, mais en vain.

L’agent principal d’administration, Joseph Bradbury, tente depuis l’automne dernier de convaincre le ministère de la Santé et des Soins de longue durée de l’Ontario de financer une analyse indépendante, faite par un tiers, des besoins de services en santé mentale et en traitement de la dépendance dans la communauté.

Une analyse qui révélerait de grandes lacunes dans le système actuel, selon lui.

Joseph Bradbury dans son bureau du centre-ville de North BayJoseph Bradbury, agent principal d'administration du Conseil d'administration des services sociaux du district de Nipissing Photo : Radio-Canada / Mathieu Grégoire

Par exemple, un individu souffrant à la fois de dépendance à l’alcool, de consommation abusive de drogues et qui a un comportement violent doit naviguer à travers un réseau d’agences pour obtenir toute l’aide dont il a besoin.

Cette personne pourrait ainsi devoir consulter des spécialistes dans trois agences différentes.

Joseph Bradbury s’inquiète que les personnes dans ce genre de situation puissent alors se décourager ou aggraver sévèrement leur état de santé alors qu’elles attendent parfois « plusieurs mois » pour être prises en charge par l’une de ces agences.

Leur seul vrai point d’accès à des soins semble être à l’hôpital et ce n’est pas ce dont certains d’entre eux ont besoin. Ce dont ils ont besoin ce sont des programmes d’aide en santé mentale et en toxicomanie; des programmes faciles d’accès.

Joseph Bradbury, agent principal d’administration du Conseil d’administration des services sociaux du district de Nipissing

Demande exponentielle

Le Centre communautaire de counselling de Nipissing offre une variété de programmes de counselling destinés, entre autres aux personnes souffrant de dépendances et de traumatisme.

Le centre offre aussi une clinique sans rendez-vous pour permettre aux personnes dans le besoin d’obtenir une consultation immédiate. En 2017, le nombre de consultations a augmenté de 73% par rapport à 2016.

Les patients qui se sentent prêts peuvent s’inscrire à de la thérapie. En fonction de leur niveau de risque, leur attente variera.

Temps d’attente moyen pour des services au Centre communautaire de counselling du Nipissing

  • violence conjugale : jusqu’à 6 mois
  • alcoolisme : 4 semaines
  • toxicomanie : 4 semaines

Source : Centre communautaire de counselling du Nipissing

Le Centre régional de santé de North Bay dirige une clinique externe qui offre des programmes de désintoxication. Malgré des demandes répétées au cours de la dernière semaine, l’hôpital refuse de partager les temps d’attente pour ces services.

Valérie PrimeauLa psychiatre Valérie Primeau pratique à North Bay. Photo : Radio-Canada / Mathieu Grégoire

La psychiatre Valérie Primeau aide des patients à se défaire de leur dépendance à l’alcool ou aux drogues. Des patients qui doivent attendre aussi « quelques semaines » pour commencer leurs consultations. Elle constate que la demande pour ses services s’accroît.

Il y a beaucoup plus de gens qui utilisent des substances comparativement à avant; si on regarde les sondages au Canada et particulièrement dans la région de North Bay. [...] Donc, le besoin est plus élevé, mais il n’y a pas vraiment plus de gens qui le traitent en ce moment.

Valérie Primeau, psychiatre de North Bay

Des répercussions pour la police

Les policiers de North Bay sont constamment sollicités pour des interventions impliquant un individu ayant des problèmes de santé mentale ou de dépendances. Si bien que le service de police a mis sur pied un duo spécialisé. Un policier et une infirmière psychiatrique, du Centre régional de santé, sont envoyés en renfort lors d’interventions du genre.

Le duo peut difficilement fournir à la demande comme en témoignent ces statistiques liées au nombre d’appels reçus à la police de North Bay.

11,4 appels / jour sont liés à des cas de santé mentale et 48 appels / jour sont liés à des cas de dépendance à l'alcool ou aux drogues - Source : Service de police de North Bay - Période d'échantillon : 1er janvier 2018 - 16 mai 2018Appels à la police de North Bay, en moyenne par jour Photo : Radio-Canada / Vincent Wallon / Icônes : Freepik de www.flaticon.com

Trouver localement les solutions

Le ministère de la Santé et des Soins de longue durée de l’Ontario estime qu’il n’est pas nécessaire de procéder à une évaluation indépendante des besoins de la communauté de North Bay comme le réclame le CASSDN.

Un porte-parole du ministère indique par courriel que l’organisme devrait plutôt travailler avec ses partenaires locaux pour trouver des pistes de solutions aux défis d’accessibilité des services.

Des représentants de l’hôpital régional, du Réseau local d’intégration de services de santé du Nord-Est et de plusieurs agences des services sociaux de North Bay forment une table de concertation locale. Ce comité est le mieux placé pour développer des stratégies, selon le ministère.

Une réponse qui désole Joseph Bradbury, du CASSDN, qui fait lui-même partie de cette table de concertation. Il persiste à croire que les organismes comme le sien peuvent difficilement répondre à la demande grandissante sans une aide supplémentaire de la province.

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