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  • Exclusif
  • Les mines de cryptomonnaie créent peu d'emplois, selon une nouvelle étude

    Un ouvrier vérifie des ventilateurs.
    « Plus une installation de minage est grande, moins son impact en termes de création de valeur économique par unité d'énergie est élevé », indiquent les auteurs d'une étude sur la cryptomonnaie commandée par Hydro-Québec. Photo: Reuters / Christinne Muschi
    Radio-Canada

    EXCLUSIF - L'installation de grandes mines de cryptomonnaie au Québec créerait moins d'emplois et générerait moins d'activité économique que l'établissement de centres de données traditionnels, indique une nouvelle étude commandée par Hydro-Québec.

    Un texte d'Hugo Lavallée, correspondant parlementaire à Québec

    Au cours des derniers mois, Hydro-Québec a reçu près de 200 demandes de raccordement totalisant plus de 10 000 MW de la part d'installations de minage. L'intérêt grandissant pour les cryptomonnaies et le faible coût de l'énergie québécoise expliquent cet engouement pour le Québec.

    Une nouvelle étude effectuée par la firme KPMG soulève toutefois de nombreuses questions sur l'acceptation de ces demandes. Bien que les emplois générés par cette industrie soient « généralement des emplois de qualité », avec une rémunération annuelle moyenne de 61 000 $, les retombées risquent d'être limitées, prévient le document.

    Selon la grandeur de l'installation, KPMG estime qu'un centre de minage peut créer de 0,4 à 2,3 emplois directs par mégawatt. En comparaison, Hydro-Québec évalue que 8,8 emplois sont créés par mégawatt dans le secteur sidérurgique, 20,7 dans le secteur pétrolier et jusqu'à 27 dans le secteur minier traditionnel.

    En outre, les installations de minage les plus grandes sont celles qui consomment le plus d'énergie, mais qui offrent aussi, proportionnellement, les retombées les plus modestes.

    Ainsi, l'ouverture d'un petit centre de minage pourrait créer en moyenne 2,3 emplois directs par mégawatt de puissance. Un centre moyen en créerait 1,2 tandis qu'un grand centre et un très grand centre en créeraient, respectivement, 0,7 et 0,4. La tendance est la même lorsqu'on s'attarde aux emplois indirects.

    Ces écarts s'expliquent par le fait que tous les centres, peu importe leur taille, doivent pouvoir compter sur du personnel de gestion, d'entretien des équipements et de sécurité du bâtiment. Les plus grands centres consomment plus d'énergie, sans nécessairement avoir besoin de beaucoup plus d'employés.

    « La relation entre la taille d'une installation et son impact économique est négative. Plus une installation de minage est grande, moins son impact en termes de création de valeur économique par unité d'énergie est élevé », indiquent les auteurs de l'étude.

    Moins rentables que les centres de données

    Le document compare aussi les retombées des centres de minage à celles des centres d'hébergement de données, qui avaient eux-mêmes fait l'objet d'une étude précédente.

    KPMG estime qu'un centre de données dédié à une seule entreprise génère autour de cinq emplois par mégawatt, un chiffre qui peut atteindre 12 emplois par mégawatt pour les centres de données qui offrent leurs services à plusieurs clients externes.

    Au chapitre de la création de richesse, on estime qu'un très grand centre de minage générerait une valeur ajoutée totale d'environ 80 000 $ par mégawatt comparativement à près de 250 000 $ par mégawatt pour un petit centre.

    Cette activité est peu intensive en main-d'œuvre et fait principalement appel à des équipements fabriqués à l'extérieur du Québec.

    Extrait de l'étude menée par KPMG

    Dans ce contexte, « les installations de minage pourraient avoir du mal à justifier l'obtention du tarif [d'électricité] spécial de développement économique. La création de valeur économique, qui est en sus de celle obtenue par l'électricité achetée, couvre à peine le crédit de 20 % qui serait accordé sur le tarif d'électricité normal ».

    Les auteurs du document précisent toutefois que leurs estimations ne tiennent pas compte des profits qui pourraient être générés par les installations de minage ni de leur éventuel réinvestissement dans l'économie québécoise. Leur analyse se concentre en outre sur le minage de bitcoins, puisque c'est là l'essentiel des demandes en approvisionnement reçues par Hydro-Québec.

    Lier l'approvisionnement à des obligations

    Afin d'augmenter la création de richesse, le rapport évoque l'idée de rendre la vente d'énergie aux grandes installations de minage conditionnelle au respect de certaines conditions.

    La décision d'approvisionner en électricité ce type de mégasites pourrait faire l'objet d'une analyse spécifique et fort probablement s'accompagner d'exigences en termes d'autres types d'activités génératrices de richesse économique pour le Québec.

    Extrait de l'étude menée par KPMG

    On cite, à titre d'exemples, la possibilité de requérir à « la fabrication, l'assemblage ou la réparation d'équipements de minage » au Québec, le développement de logiciels, ou encore, la réalisation d'activités de recherche et développement au sein des installations. « Cette approche a par exemple été utilisée dans les années 2000 au Québec dans le cas des alumineries », fait-on valoir.

    Enfin, l'étude met en garde contre le fait que la « cryptomonnaie peut être sujette à une crise de confiance, un scandale, des freins politiques ou réglementaires ». Ainsi, « on ne peut donc éliminer le risque que les entreprises qui s'établiraient au Québec pour réaliser du minage de bitcoins, ou certaines d'entre elles, réduisent voire ferment leurs opérations si le contexte change ».

    Hydro-Québec en réflexion

    Hydro-Québec prépare un cadre avec le gouvernement pour déterminer quelles suites seront données aux nombreux projets qui lui ont été soumis au cours des derniers mois.

    La société d'État veut notamment s'assurer qu'elle peut continuer à alimenter ses clients actuels en période de pointe hivernale, sans devoir acheter à fort prix davantage d'énergie sur les marchés internationaux, ce qui pourrait avoir un impact sur les tarifs d'électricité.

    Dans ce contexte, Hydro-Québec envisage notamment, avec les centres de minage, la signature de contrats prévoyant que l'alimentation électrique serait interrompue au besoin.

    Bitfarms réagit

    La société Bitfarms, établie à Brossard, a réagi à la publication de l'étude de KPMG. L'entreprise, qui mine des bitcoins, fait valoir qu'elle génère actuellement 3 emplois pour chacun des mégawatts de puissance qu'elle requiert.

    Elle souligne aussi être déjà engagée dans des activités de recherche et développement.

    « On travaille avec Kaiwen Zhang, une sommité dans le domaine de la blockchain, pour mettre en place une équipe de chercheurs en septembre; on vient d’installer un laboratoire de microélectronique tout neuf à Saint-Jean-sur-Richelieu [qui compte] 10 employés permanents, ils seront 40 une fois notre expansion complétée », a fait valoir le directeur des relations publiques de l'entreprise, Bahador Zabihiyan.

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