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Corée du Nord : le coup de dés de Donald Trump

Kim Jong-un et Donald Trump.
Le chef suprême de la Corée du Nord, Kim Jong-un, et le président américain, Donald Trump Photo: Montage (AP + GI)

Le président américain, Donald Trump, mise gros en participant à un sommet avec la Corée du Nord. En mars dernier, le monde entier, Donald Trump le premier, a été étonné d'apprendre que le leader de la Corée du Nord, Kim Jong-un, était prêt à rencontrer le chef de la Maison-Blanche.

Une analyse de Christian Latreille, correspondant à Washington

Depuis, Donald Trump se voit comme celui qui pourrait débarrasser la planète de la menace nucléaire nord-coréenne. Lui et son entourage se permettent même de rêver au prix Nobel de la paix.

La route s’annonce toutefois très longue et cahoteuse sur le chemin de la réconciliation entre les États-Unis et la Corée du Nord. Les deux pays ont un historique de rendez-vous manqués.

L’actuelle détente, les Américains la doivent surtout à la Corée du Sud et aux initiatives du président, Moon Jae-in, pour se rapprocher de Pyongyang, son éternel ennemi.

La balle est maintenant entre les mains de Washington, qui menaçait, il y a peine quelques mois, de bombarder la Corée du Nord. Les États-Unis sont aujourd’hui forcés de mettre en place une stratégie diplomatique pour laquelle ils n’étaient pas vraiment préparés.

Le président Trump l’a répété souvent : un des objectifs majeurs sera d’exiger la dénucléarisation complète de la part de Pyongyang. Mais rien n'indique pour l’instant que le régime communiste soit prêt à faire cette concession.

Si la Maison-Blanche ne peut avoir la garantie que le président Kim Jong-un est prêt à abandonner son arsenal nucléaire, Donald Trump devrait-il même se rendre au sommet de Singapour?

C’est la question à laquelle réfléchissent tous les experts. Selon le New York Times, plusieurs dans l’entourage du président s’inquiètent de son manque de connaissance des questions en jeu. Ils craignent que le président s’engage dans un sommet où les Nord-Coréens lui feraient faux bond.

Pourtant, Donald Trump semble tenir à ce sommet. Il y voit la possibilité de faire sa marque sur la scène internationale en arrachant des concessions à la Corée du Nord qui paraissaient impossibles il y a deux mois. Mais y tient-il au point de risquer de perdre la face?

Les risques sont énormes pour le président américain. Le régime de Kim Jong-un a été on ne peut plus clair la semaine dernière : « Nous n’avons aucun intérêt au dialogue si les États-Unis insistent pour nous acculer à des demandes unilatérales qui se concentrent exclusivement sur la dénucléarisation. »

Étonnamment, le président Trump s’est abstenu de critiquer publiquement cette volte-face du vice-ministre des Affaires étrangères nord-coréen, Kim Kye-gwan. Mais en privé, Donald Trump n’aurait pas caché sa surprise et son agacement. Il aurait reçu l’assurance par la Corée du Sud que le Nord était prêt à discuter de dénucléarisation.

Victor Cha et Katrin Fraser Katz, deux spécialistes de la Corée du Nord, écrivent dans le magazine Foreign Affairs que la dénucléarisation doit demeurer une priorité stratégique pour les États-Unis. Ils ajoutent qu’un sommet Kim/Trump peut amener une paix durable, mais qu’un échec des négociations peut aussi accroître les risques d’une guerre.

Ces experts affirment que la menace nucléaire nord-coréenne est très sérieuse pour les États-Unis. Cependant, disent-ils, les Américains vont devoir développer une stratégie pour éliminer cette menace tout en évitant un conflit armé aux conséquences désastreuses.

Les personnalités imprévisibles de ces deux chefs d’État rendent les résultats et la tenue même de ce sommet incertain.

Le président Trump a déjà prévenu que si ce sommet se dirigeait vers un échec, il ne s’y rendrait pas. Et que si les négociations ne menaient nulle part, il pourrait aussi quitter la rencontre. Ce sommet est celui de plusieurs dangers pour le président. Il ne lui reste plus que trois courtes semaines pour s’y préparer et éviter les faux pas.

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