•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

De l’Afrique à Picasso… de Picasso à Godbout

Tableau cubiste de Pablo Picasso de 1956.
Pablo Picasso (1881-1973), Femmes à la toilette, Cannes, 4 janvier 1956, huile sur toile. Photo: RMN-Grand Palais / Art Resource, NY / Mathieu Rabeau
Franco Nuovo

Quand ça va moyen, quand l'effort est trop grand, quand le plaisir est absent, quand le cœur est en lutte, quand on se sent trahi, « quand on se sent tout seul peut-être mais peinard » (Ferré), quand les idées se bousculent, quand la tête est si pleine qu'il n'y a plus de place pour l'imprévu, ces jours-là, « donnez-moi, donnez-moi de l'oxygène ». Or, ça se trouve où, l'oxygène?

Il y a toujours les églises, si l’on veut faire le vide en sachant qu’on n’y rencontrera probablement personne. Il y a les musées… que je préfère. Je m’y connais peu en arts visuels et en histoire de l’art, mais, allez savoir pourquoi, monter les quelques marches du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) me rassure déjà. Et cette verrière à travers laquelle le soleil plombe si fort et où la lumière occupe chaque coin, chaque recoin, donne l’impression de nous avaler avant de nous recracher vers les salles d’expositions qui ressemblent à ces grottes aux parois tapissées d’art pariétal et rupestre.

D’Afrique aux Amériques : Picasso en face-à-face, d’hier à aujourd’hui, voilà un titre lourd pour une exposition qui ressemble à une réflexion sur la « décolonisation de l’art », sur l’identité, sur les esthétiques. Des thèmes tout à fait d’actualité. Un titre lourd pour un voyage dans le temps où les masques africains épousent le cubisme, où Aimé Césaire rencontre Picasso, et où Léopold Senghor nous rappelle « qu’il a fallu que Rimbaud se réclamât de la négritude, que Picasso fût ébranlé par un masque baoulé, qu’Apollinaire chantât les fétiches de bois pour que l’art de l’Occident européen consentît après deux mille ans à l’abandon de l’imitation de la nature ».

Le crâne est divisé en deux sections par une arête qui prolonge le nez; les yeux sont des demie-cylindres pointés vers l'avant; le nez est triangulaire. Masque peint de couleurs rouge, bleu et blanc.Artiste songye, République Démocratique du Congo, masque kifwebe, avant 1967, bois, pigments. Photo : Musée du quai de Branly/Claude Germain

J’ai ouvert la porte et je me suis assis sur la banquette. Apaisé. Déjà, mon souffle reprenait son rythme, et ma tête libérait de l’espace, prête soudain à accueillir la beauté.
Sur le mur devant moi, un triptyque vidéo. Dans les pièces voisines, des esquisses, des peintures, des sceptres, des masques. Un curieux parcours auquel le MBAM nous a peu habitués. Paradoxale, cette exposition qui met en parallèle la vie de Picasso et l’influence qu’ont eue sur lui les arts africains – photos, montages, peintures... La photographe sud-africaine Zanele Muholi nous rappelle qu’on ne joue pas à être Noir et que la couleur de sa peau est une condition qui fait partie intégrante de son être. Voilà qui se retrouve sur tous les murs.

Heureusement, des poètes, des théoriciens du post-colonialisme – Malraux, entre autres – laissent ici et là des cailloux en forme de mots pour qu’on ne s’égare pas.

Franco Nuovo

Il est aussi question, étrangement, de chasteté, comportement impossible dans l’art selon Picasso. Il est question d’amour aussi, pour le peintre qui, entre deux clins d’œil à l’une de ses maîtresses, souligne qu’il ne peut vivre sans amour. « S’il n’y avait plus un seul humain, disait-il, j’aimerais une plante, un bouton de porte. »

Entre vous et moi, j'en doute…

Au fait, un mot sur ce volet de l’exposition : l’art contemporain des Noirs canadiens Nous sommes ici, d’ici. Des images suspendues, des photos remarquables, dont cette œuvre de l’Ontarienne Esmaa Mohamoud. C’est une sculpture portable qui trône au centre de la pièce, surplombée par une photographie qui illustre le corps de « l’homme noir sur le terrain, qu’il s’agisse d’esclavage ou de sport ».

Oeuvre d.Omar Victor Diop montrant un pastiche de Jean-Baptiste Belley avec de l'équipement de sport.Omar Victor Diop (né en 1980), Jean-Baptiste Belley, 2014, impression à jet d’encre. Photo : Musée des Beaux-Arts de Montréal / Galerie Magnin-A

Cette photo, je la voudrais chez moi, dans mon salon, pour m’y attarder chaque jour, chaque soir, chaque nuit. Comment ne pas penser, en la regardant, à Colin Kaepernick, qui s’est agenouillé pendant l’hymne américain afin de protester contre le racisme aux États-Unis? L’art n’est que le miroir de la vie…

Et je suis sorti tranquille, calme, descendant une à une les marches rapprochées de cet étrange escalier qui mène du troisième étage au rez-de-chaussée du musée. En constatant, à la suite de cette visite, que de la négritude naît aussi la lumière.

En parlant d'Afrique

Un mot sur la biographie de Jacques Godbout, De l’avantage d’être né. Le lien? L’Éthiopie, où il a séjourné quelques années et enseigné la philosophie et le français à l’Université d’Addis-Abeba.

On y suit la vie fascinante d’un homme qui a sculpté, dans une certaine collégialité avec des camarades, non sans quelques erreurs, le Québec du 20e siècle.

Je ne m’y attarde pas, parce que vous pourrez l’entendre se raconter d’ici peu, en 50 minutes, un grand entretien qu’il m’a accordé il y a quelques jours.

C’est rare que je fasse de l’autopromo, mais là…

Arts visuels

Arts