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Suzanne Clément, visage du féminisme politique dans Numéro une

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Emmanuelle Devos (à gauche) et Suzanne Clément sont des alliées dans le film Numéro une.

Photo : Axia Films

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Partie en France pour y faire carrière, Suzanne Clément poursuit tranquillement son chemin de l'autre côté de l'océan, comme le montre Numéro une, film sorti vendredi au Québec. Le long métrage féministe de la réalisatrice Tonie Marshall plonge Emmanuelle Devos et l'actrice québécoise dans l'univers machiste des grandes entreprises.

Un texte d'Antoine Aubert

Depuis quelques semaines, elle n’est (presque) pas une actrice. Suzanne Clément profite du Festival de Cannes en tant que simple cinéphile, sans aucun long métrage à défendre. « J’ai quasiment vu tous les films projetés », se réjouit-elle au téléphone.

Elle en a même manqué la manifestation de 82 femmes artistes qui, le 12 mai, sur les marches du Palais des festivals, ont réclamé l’égalité salariale et une meilleure reconnaissance du travail des réalisatrices.

Absente de l’événement, Suzanne Clément n’en partage pas moins les revendications. « C’est magnifique ce qui se passe », explique-t-elle. Hasard du calendrier, la sortie au Québec d’un film comme Numéro une constitue pour elle une autre manière de mettre à l’honneur les enjeux féministes.

C’est grâce à une annulation de dernière minute que l’actrice a pu endosser le rôle de Véra Jacob. Cette militante tente, avec les membres de son organisme, de manœuvrer dans les coulisses du pouvoir – jusqu’à l’Élysée – pour favoriser la nomination de la première femme (Emmanuelle Devos) à la tête d’une des 40 plus puissantes entreprises en France.

« Chasse gardée des hommes »

Numéro une montre combien le monde des grandes sociétés en France « reste la chasse gardée des hommes. Il n’y a pas vraiment de place [pour les femmes] », estime Suzanne Clément. Elle y perçoit un monde plus polarisé, plus patriarcal qu’au Québec; un monde où le personnage joué par Emmanuelle Devos déclare : « Toute ma vie, j’ai essayé de faire oublier que j’étais une femme. »

Suzanne Clément se réjouit d’avoir pu jouer avec l’actrice française, découverte notamment dans Sur mes lèvres, de Jacques Audiard (2001). Elle loue une comédienne au jeu « simple, mais où beaucoup de choses se passent », où se mêlent « le flegme, une intériorité et une part de mystère ».

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Emmanuelle Devos dans le film Numéro une

Photo : Axia Films

Si Emmanuelle Devos avait déjà tourné sous la direction de Tonie Marshall, il s’agit de la première collaboration de Suzanne Clément avec la seule femme à avoir décroché le César de la meilleure réalisation, en 2000, pour Vénus Beauté (institut), autre film centré sur des personnages féminins.

Très engagée dans la cause féministe – elle était d’ailleurs présente lors de la manifestation du 12 mai –, la cinéaste avait particulièrement ce film à cœur, selon la Québécoise.

« Je sentais qu’il y avait chez elle une urgence de faire ce film. Elle-même connaît de nombreuses féministes engagées dans les milieux d’affaires, ainsi que des jeunes féministes, modernes, bien dans leur peau. »

— Une citation de  Suaznne Clément à propos de Tonie Marshall
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Tonie Marshall a manifesté avec d'autres artistes femmes sur lors du Festival de Cannes pour protester contre le faible nombre de réalisatrices récompensée dans l'histoire de l'événement.

Photo : Getty Images / Andreas Rentz

Plus qu’à un long métrage classique, Numéro une ressemble parfois à un documentaire de fiction tant il évoque avec force un plafond de verre violent, mettant en danger la santé de celles qui choisissent de se battre. Elles semblent poussées à sacrifier une part essentielle de leur vie, même si elles remportent la partie.

Le film de Tonie Marshall montre également que les efforts de Suzanne Clément pour percer en France, où elle s’est installée ces derniers mois, ont porté leurs fruits. Elle y a enchaîné les seconds rôles (Le sens de la fête, Espèces menacées) et les premiers (Des plans sur la comète, Le rire de ma mère)

Tout est allé très vite, voire trop, peut-être, mentionne-t-elle. Vivre à Paris « constitue quelque chose d’aussi fascinant que "challengeant" ». Voilà pourquoi l’actrice s’est offert une période de repos, délaissant la capitale française et les caméras pour découvrir Lisbonne ou le Cap-Vert.

« J’avais le désir de me réinventer. Je suis une voyageuse, ça fait partie de moi. Je l’avais déjà fait pour mes 40 ans, j’avais pris une année sabbatique avant qu’on me propose Laurence Anyways », rappelle-t-elle.

Néanmoins, de nouveaux projets se trouvent sur sa table. En attendant de revoir Suzanne Clément arpenter les plateaux de tournage, elle ne quitte pas le grand écran, puisqu’on la retrouvera bientôt dans un autre film français, Le jeu, aux côtés de Bérénice Béjo et Vincent Elbaz.

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