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Les vieux réflexes politiques à l'honneur dans le débat Trans Mountain

Une affiche est apposée sur une clôture.
L'entreprise Kinder Morgan est propriétaire de l'oléoduc Trans Mountain. Photo: La Presse canadienne / Darryl Dyck

L'oléoduc Trans Mountain sera-t-il la source d'une crise nationale? Pour l'instant, aucune solution ne semble à portée de main. La résolution du problème serait facilitée si les partis politiques avaient décidé d'abandonner leurs vieux réflexes d'attaquer pour faire de la politique autrement.

Un texte de Philippe-Vincent Foisy, correspondant parlementaire et animateur du balado La mêlée politique

La semaine a été mouvementée dans le dossier Trans Mountain : l'Alberta a adopté un projet de loi qui lui permettrait de couper l'approvisionnement en pétrole à la Colombie-Britannique et le ministre des Finances Bill Morneau a offert d’indemniser Kinder Morgan pour tout retard dû à l’obstruction politique britanno-colombienne.

Ottawa se dit même prêt à aider d’éventuels investisseurs qui souhaiteraient reprendre le projet, si Kinder Morgan décidait de l’abandonner.

Une façon de calmer le jeu et de renvoyer la balle dans le camp de l’entreprise américaine qui menace de mettre fin le 31 mai à son projet, si l’incertitude persiste. Elle a déjà investi plus d’un milliard de dollars.

Graphique qui montre la hausse du prix du pétrole depuis un an. Source : oilprice.com Photo : Tableau réalisé par Gérald Fillion

Le gouvernement Trudeau juge que le projet est dans « l’intérêt national » parce qu’il permettra d’acheminer le pétrole des sables bitumineux vers la côte pacifique pour l’exporter et ainsi obtenir un meilleur prix par baril. Selon le premier ministre, le Canada perd « 15 milliards de dollars par année, car [il est piégé] sur le marché américain ».

La mêlée politique

La question des attaques politiques est un des enjeux abordés par les correspondants de Radio-Canada dans le dernier épisode de La mêlée politique.

L’opposition s’oppose

Personne ne s’attendait à ce que les conservateurs applaudissent l’annonce du gouvernement Trudeau : Ottawa propose d’utiliser de l’argent des contribuables pour indemniser une entreprise américaine.

Les troupes d’Andrew Scheer avaient cependant l’occasion de surprendre. Plutôt que de l’attaquer, ils auraient pu tendre la main au gouvernement, d'autant plus qu’ils partagent le même objectif : voir le projet se réaliser.

Ils auraient aussi pu proposer des solutions, pour montrer qu’ils représentent une autre option.

Dans une entrevue accordée à mon collègue Louis Blouin, le député conservateur Gérard Deltell a répété que Justin Trudeau était l’unique responsable de « cet échec » parce qu’il « méprise le pétrole canadien ». Pourtant, c’est le gouvernement minoritaire néo-démocrate, appuyé par le Parti vert, qui met des bâtons dans les roues du projet.

Gérard Deltell n’est pas tombé dans les attaques personnelles, contrairement à sa collègue Michelle Rempel qui a traité le premier ministre d'idiot (« what a tool ») sur Twitter.

Le chef conservateur albertain, Jason Kenney, a quant à lui soutenu que le premier ministre Trudeau avait la profondeur d’un bol pour se tremper les doigts et qu’il était incapable de comprendre une note technique si elle était plus longue qu’une serviette de table.

Ces attaques démontrent qu’ils n’ont aucun autre choix à proposer pour tenter de dénouer la crise.

Défis pour les libéraux

Cette crise place les libéraux dans une position délicate. Justin Trudeau répète qu’il ne faut pas opposer le développement économique et la protection de l’environnement : l'adhésion de l’Alberta à son plan de lutte contre les changements climatiques devait être accompagnée d'un projet majeur d'oléoduc.

Électoralement, il doit toutefois jouer de prudence : 55 % des Canadiens appuient l’expansion de l’oléoduc, selon un sondage Angus Reid, mais 56 % s’opposent à ce que le gouvernement investisse dans le projet.

En indemnisant Kinder Morgan, le gouvernement Trudeau pourrait « galvaniser » l’opposition, selon le professeur Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de recherche du secteur de l’énergie.

« Toute l’opposition [au plan environnemental du gouvernement Trudeau] se cristallise autour d’un pipeline qui symbolise l’échec climatique », affirme-t-il, expliquant que le Canada ne s'apprête pas à atteindre ses cibles de réduction de gaz à effet de serre.

Pour se sortir de cette situation délicate, le premier ministre aurait pu lui aussi tendre la main aux conservateurs, comme il l’a fait pour l’ALENA, plutôt que de contre-attaquer. À de nombreuses reprises, il les a accusés de n’avoir construit aucun oléoduc majeur… comme quoi les vieux réflexes persistent.

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