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Les enjeux électoraux des francophones du Nord-Ouest

La façade du Centre francophone de Thunder Bay, sur laquelle sont accrochés des ballons.
Les organismes francophones de Thunder Bay partagent un centre multiservice. Photo: Audrey Debruyne
Radio-Canada

La santé et l'éducation figurent au sommet des dossiers importants pour les francophones du Nord-Ouest de l'Ontario, mais la réalité de cette communauté, qui forme une petite minorité dans un immense territoire, amène des enjeux particuliers.

Un texte de Miguel Lachance

Martin Blanchet, un musicien qui habite à Thunder Bay depuis 10 ans, aimerait avant tout que les partis tiennent leurs promesses. « Chaque élection, on se fait bourrer de menteries [..], mais il y a du monde qui s’en rendent pas compte, d’autres qui ne votent pas et ça achète des votes. »

Je n’ai jamais vu un gouvernement qui a respecté ses promesses électorales, ce serait une première. Respecter 75 % [des promesses], ce serait très intéressant.

Martin Blanchet, résident de Thunder Bay

Claudette Gleeson, la vice-présidente de l’Association des francophones du Nord-Ouest de l’Ontario (AFNOO), affirme qu’un défi constant pour la communauté est d’être visible auprès des différents ordres de gouvernement et de la majorité anglophone.

« Nous sommes très minoritaires, c'est difficile de se faire entendre parfois », explique-t-elle.

Une femme derrière un podium, devant des drapeaux, parle dans un micro.Claudette Gleeson siège au conseil administration de plusieurs organismes francophones du Nord-Ouest de l'Ontario. Photo : Audrey Debruyne

On ne devrait jamais être oubliés.

Claudette Gleeson, vice-présidente de l'AFNOO

Des services de santé en français de qualité

En matière de santé, les francophones du Nord-Ouest espèrent que la province en entier sera un jour désignée en vertu de la Loi sur les services en français.

Il s’agit d’une des recommandations du commissaire aux services en français, François Boileau.

Selon la vice-présidente de l’AFNOO, cela permettrait que les francophones du Nord-Ouest ne soient pas ignorés lorsqu'il est question de santé.

À Greenstone, au nord-est de Thunder Bay, près du quart des habitants sont francophones, selon le recensement de 2016. Or, d'après une résidente de l’endroit, il n'y a en ce moment qu'un seul médecin bilingue dans la municipalité.

L'hôpital vu de l'extérieur. Un kiosque est à l'avant-plan.L'hôpital de Geraldton, dans la municipalité de Greenstone. Photo : Radio-Canada / Pierre-Mathieu Tremblay

C’est inacceptable! À l’urgence de l’hôpital, personne ne parle français. Pour plusieurs aînés qui n’ont pas appris l’anglais, la seule option, c’est d’avoir un interprète.

France, résidente de Greenstone

S’inspirer du Québec dans certains domaines

Martin Blanchet, de Thunder Bay, est plutôt satisfait du système de santé ontarien, qu’il trouve supérieur à celui du Québec, d’où il est originaire.

Le père de trois enfants pense cependant que le gouvernement québécois en fait plus pour aider les familles.

Il cite en exemple le modèle des garderies subventionnées, qu’il aimerait qu'on implante en Ontario : « On paie le plein prix. Ce ne serait pas obligé d’être pour tous les enfants. Déjà, [subventionner] le deuxième enfant d’une famille, par exemple, ça serait un début. »

Martin Blanchet croit que l’Ontario pourrait également emprunter des idées du Québec en ce qui concerne la culture.

Un contre-bassiste jouant de son instrument devant un mur en bois et en brique et un placard rempli de canettes.Martin Blanchet est très engagé dans la vie culturelle de Thunder Bay. Photo : Chad Charles Kirvan

Le Québec est en avance. C’est un État qui investit beaucoup dans la culture et ça paraît, c’est pour ça qu’il y a beaucoup de culture qui sort du Québec.

Martin Blanchet, musicien de l'Orchestre symphonique de Thunder Bay

Il est d’avis que davantage de subventions dans ce domaine sont nécessaires, notamment par l'entremise des programmes du Conseil des arts de l’Ontario, et surtout pour les communautés linguistiques en situation minoritaire.


L'éducation en français à tous les niveaux

Les jeunes francophones de Thunder Bay ont en général deux choix après le secondaire : s’exiler pour étudier en français ou rester sur place et étudier dans un collège ou une université anglophone.

« On sait qu'on ne pourra pas avoir une université francophone dans le Nord-Ouest, nous sommes réalistes, explique Mme Gleeson. Mais nous pensons qu’il existe une solution créative pour desservir nos jeunes francophones qui en ce moment n’ont pas accès à des cours de niveau postsecondaire dans la région. »

Dans certains secteurs, l’offre de cours en français s’arrête après le primaire.

Tous nos jeunes deviennent anglicisés après la 8e année.

Sophie Castonguay, présidente de l’Association francophone de Red Lake
Marielle, Kate, Michèle et Nicole de l’Association francophone de Red Lake, en Ontario.À Red Lake, l'Association francophone offre des occasions de parler français, entre autres aux jeunes qui doivent étudier en anglais à partir du secondaire. Photo : Michèle Alderton

Immigration et main-d’oeuvre

Environ 1500 postes ont besoin d’être pourvus à Thunder Bay. Dans la municipalité de Sioux Lookout, qui compte environ 5000 habitants, c’est 135 emplois qui sont affichés en ce moment selon Paula Haapanen, du Réseau de soutien à l’immigration francophone du Nord de l’Ontario.

« Il n’y a pas de croissance de la population dans le Nord-Ouest depuis 40 ans. [..] Ça veut dire que nous sommes passés par plusieurs gouvernements de plusieurs partis politiques et que personne ne prend la situation économique ou celle de la démographie sérieusement. »

Ville de Greenstrone, dans le Nord-Ouest de l'Ontario.Les projets de développement minier dans la région de Greenstone, comme celui du Cercle de feu, pourraient accentuer les besoins de main-d'oeuvre spécialisée déjà importants. Photo : Radio-Canada / CBC

« Juste dans le district de Thunder Bay, nous avons besoin de 50 000 personnes d’ici 2041 pour maintenir l’économie telle quelle, sans parler de croissance. Cela pourrait être par exemple des gens de Toronto, des immigrants, ou même des immigrants installés à Toronto. »

Claudette Gleeson de l’AFNOO affirme que la communauté francophone souhaite travailler de concert avec le gouvernement pour atteindre la cible de 5 % d’immigration francophone.

« On espère qu’il y en aura qui viendront dans le Nord-Ouest. »

Ici, il faut que tu engages ceux qui se présentent, même s’ils n’ont pas les compétences. [...] On est en manque de gens qui ont de l’expérience.

France, de Greenstone

Pérennité et croissance des organismes francophones

Claudette Gleeson est un peu inquiète quant à la venue d'un nouveau gouvernement. « On risque de perdre certains droits quand il y a des changements de gouvernement et on ne sait pas comment tous les partis vont travailler avec nous. »

Elle est toutefois confiante pour les prochaines années. « Il y a eu des avancements dans les dernières années pour les francophones, et nous voulons continuer sur cet élan pour rejoindre tous les francophones avec nos services et assurer la survie de la francophonie dans le Nord-Ouest de l’Ontario. »

Vue extérieure de l'édifice, qui est gris avec une porte bleue.Le Centre culturel francophone de Geraldton abrite de nombreux services destinés aux Franco-Ontariens de la région. Photo : Radio-Canada / Pierre-Mathieu Tremblay

Mme Gleeson est convaincue que cette survie ne sera pas possible sans l’appui des francophones du reste de la province, en plus du soutien des élus.

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