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Quelles connaissances exige-t-on des immigrants ailleurs dans le monde?

Les explications d’Hugo Lavallée

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, propose d'imposer des tests plus rigoureux aux immigrants qui s'installent au Québec, afin de déterminer leur niveau de connaissance du français et des « valeurs québécoises ». Qu'en est-il ailleurs dans le monde?

Un texte de Vincent Champagne, avec la collaboration d'Hugo Lavallée

Dans plusieurs pays, les tests de connaissance exigés pour obtenir la citoyenneté concernent parfois les principes de la société d'accueil, mais portent la plupart du temps sur des connaissances générales. Les questions posées à l'examen auquel doivent se soumettre les candidats à l'immigration au Canada en sont un exemple.

Toutefois, le niveau de difficulté des questions peut représenter une barrière à l’entrée.

L'épreuve danoise

Au Danemark, les candidats qui désirent obtenir la citoyenneté doivent réussir un examen de 40 questions. Ils disposent de 45 minutes pour le faire.

Selon des observateurs, le test est si difficile que même les Danois peinent à le réussir lorsqu’ils se prêtent à l’exercice. On y demande, par exemple :

  • le nombre de municipalités dans le pays (98);
  • la date de sortie du film danois Olsen Banden (1968);
  • le nom d’un restaurant étoilé Michelin (le Geranium).

En 2016, 68,8 % des candidats ayant fait l’examen y avaient échoué. Le gouvernement de droite n'avait pas caché que son intention était de resserrer l’immigration au pays.

Un test corsé pour devenir Allemand

En Allemagne, les immigrants qui désirent obtenir la citoyenneté doivent passer un examen de 33 questions et répondre correctement à au moins 17 d’entre elles. Pour s’y préparer, ils peuvent s'exercer avec un module en ligne qui contient plus de 300 exercices.

Les questions portent sur la société allemande de manière générale, sur les plans autant politique que social. Par exemple, on demande au candidat :

« Lequel des choix suivants est compatible avec la loi allemande? »

  • La punition corporelle
  • La torture
  • La peine de mort
  • Les amendes

(Bonne réponse : les amendes)

D’autres questions s'avèrent plus faciles pour ceux qui ont vécu en Allemagne. Par exemple, on demande :

« Que font traditionnellement les Allemands à Pâques? »

  • Laisser des citrouilles devant la porte de la maison
  • Décorer un sapin
  • Peindre des œufs
  • Allumer des feux d’artifice

(Ils peignent des œufs.)

Fait intéressant, et signe que l’Allemagne n’oblitère pas son passé, les candidats doivent savoir l'année au cours de laquelle Adolf Hitler est devenu chancelier (1933). On leur demande aussi ce qui définissait son régime national-socialiste (le racisme d’État).

Plusieurs autres passages de l'examen concernent la Seconde Guerre mondiale.

De nombreuses questions portent aussi sur la politique contemporaine et peuvent se révéler difficiles. Par exemple, les candidats doivent identifier les partis politiques actuels, la signification de leurs abréviations et le nom de certains dirigeants.

Pour réaliser ce test, les candidats doivent débourser 25 euros (37 $ CA). En plus de l'examen, ils doivent démontrer une maîtrise de la langue allemande et renoncer à toute autre citoyenneté.

Grande-Bretagne, un test coûteux

Les immigrants qui souhaitent devenir des sujets de la Reine en acquérant la nationalité britannique doivent eux aussi réussir un examen, réputé difficile. Là aussi, les 24 questions doivent être résolues en 45 minutes.

Chaque tentative coûte 50 livres (86 $ CA), et certaines personnes doivent faire le test plusieurs fois tant les questions sont pointues. On y demande, par exemple :

  • Le nombre d’élus dans les parlements régionaux
  • La superficie approximative d’une région

Les candidats doivent aussi connaître l’âge de la fameuse tour Big Ben (159 ans) ou encore le nom du premier importateur de curry en Grande-Bretagne (Sake Dean Mahomed).

Pour se préparer à ce test, un document de 180 pages contenant plus de 3000 faits, dont 278 dates historiques, est en vente au coût de 12,99 livres (22,40 $ CA). Il est recommandé de l’apprendre par cœur.

Le gouvernement australien veut imposer un nouveau test

En 2017, le gouvernement australien a mis en place de nouvelles mesures pour resserrer l’octroi de la citoyenneté. Bien que le projet de loi ait été rejeté au Sénat, il a suscité de vives réactions, puisqu’il devait inclure dans le processus d’application un test des valeurs ainsi qu’un examen d’anglais plus difficile.

Le journal The Australian a obtenu copie des questions qui auraient fait partie du test. On aurait, par exemple, demandé aux candidats à la citoyenneté :

  • Dans quel contexte est-il approprié de ne pas permettre aux filles d’accéder à l’éducation?
  • Dans la société multiculturelle australienne, dans quel contexte est-il acceptable de procéder à une mutilation génitale chez les femmes?

Pour le moment, le seul test toujours en vigueur est l’examen général régulier, qui porte sur la société et les institutions australiennes. Il consiste en 20 questions auxquelles les candidats doivent répondre en moins de 45 minutes et pour lesquelles un minimum de 75 % de bonnes réponses est requis.

Les candidats ont accès gratuitement à un document de 84 pages pour se préparer. On y parle des symboles du pays, de sa géographie et de sa politique. On y trouve même des exemples de questions, comme « Quel est le rôle du gouverneur général? »

Au Québec, il faut adhérer aux « valeurs communes »

À l'heure actuelle, une personne qui souhaite immigrer au Québec doit signer une « Déclaration sur les valeurs communes de la société québécoise ». Les quelques lignes de cette déclaration stipulent, notamment, que « les femmes et les hommes ont les mêmes droits ».

Or, la signature de ce document n’est que symbolique. Il n’existe pas de mécanismes pour déterminer si le signataire adhère véritablement aux valeurs énoncées.

Presque la moitié des immigrants admis au Québec proviennent de la filière des « travailleurs qualifiés ». Ils doivent tout d’abord obtenir un certificat de sélection du Québec.

Le gouvernement québécois tient compte de plusieurs facteurs pour évaluer les demandes qui lui sont soumises, notamment l'âge, la formation, l'expérience professionnelle et l'autonomie financière des demandeurs. La connaissance du français et de l'anglais permet aussi aux candidats d'obtenir des points.

Une fois qu'il a obtenu son certificat de sélection du Québec, l'immigrant potentiel doit faire une demande de résidence permanente auprès du gouvernement fédéral. Ce dernier tient notamment compte de l'état de santé et des antécédents criminels des postulants pour statuer.

Ce n'est qu'après avoir passé un minimum de 1095 jours au Canada qu'un résident permanent peut faire une demande pour obtenir la citoyenneté canadienne. Il doit alors démontrer qu'il comprend et parle l'une des deux langues officielles du pays et qu'il a respecté ses obligations fiscales.

Les candidats doivent aussi réussir un test de connaissances sur le Canada. L'examen dure 30 minutes. Il faut avoir 15 bonnes réponses sur 20 questions, qui portent sur les institutions, la culture, les peuples et les symboles canadiens. Un document est disponible gratuitement pour s'y préparer.

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