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Les monarques encore bien présents partout dans le monde

Radio-Canada

Dans 44 pays du monde, soit 23 % des États reconnus par l'ONU, le chef de l'État est un roi ou une reine. Pourquoi, plus de deux siècles après les révolutions américaine et française, cette forme de gouvernement perdure-t-elle?

Un texte de Ximena Sampson

Principauté, royaume, émirat, grand-duché, sultanat… les titres varient, mais une réalité demeure : celle du monarque propulsé sur le trône en raison de sa naissance plutôt que par la volonté expresse du peuple.


Les monarchies dans le monde

Carte des pays du monde selon le type de monarchie en place.Les monarchies dans le monde Photo : Radio-Canada

La version originale de ce document a été modifiée. Pour des raisons techniques, la version interactive de la carte n'est plus disponible.

Par contre, bien souvent, ces non-élus sont très populaires, comme en témoignent les foules qui accompagnent chaque visite de certains membres de la famille royale britannique ou les dizaines de milliers de Thaïlandais endeuillés lors de la mort du roi Bhumibol Adulyadej.

Bien des gens sont attachés à leurs souverains. Dans un sondage mené en mai 2016, 86 % des Britanniques interrogés se sont dits satisfaits de la façon dont la reine remplit son rôle. Ils étaient 75 % à souhaiter que la monarchie se poursuive.

Le Commonwealth

Seize pays dans le monde ont la reine comme chef d’État. Outre le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, il y a des États comme la Jamaïque, la Barbade et d’autres petites îles des Caraïbes.

C’est avant tout un héritage du temps de l’Empire, croit Robert Morris, chercheur associé senior à l'Unité constitutionnelle de l’Université de Londres.

« Ces anciennes colonies de la Couronne britannique ont trouvé, à l’indépendance, que c’était plus efficace de garder la monarchie [que de concevoir un autre système pour la remplacer] », estime-t-il.

Photo : Getty Images / TOBY MELVILLE

Les Australiens ont bien tenté, en 1999, un référendum proposant que le pays devienne une république, mais les tenants du statu quo l’ont emporté.

Au Canada, ceux qui veulent abolir la monarchie se heurtent à la difficulté d'obtenir le consentement unanime des 10 provinces et du Parlement fédéral. Les partisans de la reine sont d'ailleurs la majorité : 64 %, selon un sondage Angus Reid mené en 2016.

Par contre, « plusieurs États pourraient décider de revoir cet arrangement à la mort de la reine Élisabeth », pense M. Morris.

« [Dans plusieurs de ces États], il y a un fort attachement envers la personne d’Élisabeth II, mais un attachement moins fort envers l’institution de la monarchie », croit Benoît Pelletier, professeur à la Faculté de droit de l'Université d'Ottawa.

En tout, 37 États sont membres du Commonwealth, mais n’ont pas la reine comme chef d’État.

Les monarchies absolues

Les monarchies orientales fonctionnent selon un autre modèle. Les princes et émirs y règnent en monarques absolus.

Le roi Salmane ben Abdel Aziz Al-Saoud et la délégation saoudienne. Le roi Salmane ben Abdel Aziz Al-Saoud lors d'une rencontre du conseil de coopération bilatéral irako-saoudien à Riyad, le 22 octobre 2017. Photo : Getty Images / ALEX BRANDON

Alors que dans les pays occidentaux les souverains ont un rôle essentiellement symbolique, en Asie, ils sont souvent détenteurs du pouvoir exécutif, et parfois aussi législatif et judiciaire. Ce ne sont des monarchies constitutionnelles que sur papier puisque, dans la pratique, les monarques ont la mainmise sur les affaires courantes.

Cela peut se baser sur une légitimité religieuse, comme au Maroc et en Jordanie, où les rois se disent descendants de Mahomet, ou sur une appartenance clanique, comme en Arabie saoudite ou à Bahreïn, explique Sami Aoun, professeur à l’Université de Sherbrooke et directeur de l’Observatoire sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord à la Chaire Raoul-Dandurand de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Cependant, il y a aussi d’importantes différences entre ces pays. « Les Saoudiens ne croient pas au multipartisme, aux associations, ni à la liberté de presse, alors qu’à l’autre extrémité, la Jordanie est une monarchie semi-libérale qui accepte les partis politiques et les syndicats », soutient M. Aoun.

Après la tournure qu’a pris le printemps arabe en Libye, en Syrie et en Égypte, les pays gouvernés par des monarques se considèrent, somme toute, chanceux. Tout comme ils semblent préférer être gouvernés par des rois plutôt que par des dictateurs.

[Dans ces monarchies], il y a de l’autoritarisme, du népotisme et de la corruption, mais pas de despotisme.

Sami Aoun, Chaire Raoul-Dandurand

Le rôle du monarque

Il faut dire aussi que certaines républiques, comme la France, sont plutôt des monarchies électives tandis que certains régimes monarchiques, comme le Royaume-Uni, correspondent à l’idée qu’on se fait d’une république, estime Robert Morris.

« Les différences sont en réalité bien moins grandes que ce qu’on pourrait croire », affirme-t-il.

Emmanuel Macron est souvent traité dans la presse de « monarque républicain », « régalien » ou « jupitérien », qui cherche à concentrer tout le pouvoir entre ses mains.

Des manifestants brandissant un cadre où l'on peut voir Emmanuel Macron en royauté française.Plusieurs dizaines de milliers de protestataires ont dénoncé le « coup d'État social » du président dans les rues de Paris. Photo : Reuters / Charles Platiau

À l’inverse, dans le système parlementaire, le rôle du souverain est avant tout symbolique.

« La reine règne, mais ne gouverne pas », précise Estelle Bouthillier, spécialiste de la monarchie à l'Université Concordia. Le monarque a un rôle rassembleur, au-delà des considérations politiques, à différence d’un premier ministre « qui pense toujours un peu aux prochaines élections et au poste qu’il veut conserver », affirme-t-elle.

Dans plusieurs États monarchiques, le souverain est « un gage de stabilité », indique Benoît Pelletier. « C’est un élément unificateur plutôt que diviseur », soutient-il.

« La reine a passé 66 ans sur le trône », ajoute Mme Bouthillier. « Elle en a vu des premiers ministres, elle en a vécu des événements. C’est cette continuité que les gens apprécient. »

Et si le fils d'Élisabeth II, Charles, est beaucoup moins populaire que sa mère, ses enfants, William et Harry, ont fait renaître l'intérêt pour la famille royale.

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