•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Toutes les écoles ne sont pas égales devant les collectes de fonds

Enfants sur une glissoire dans la cour d'une école.
L'école Joseph Howe, dans le quartier nord d'Halifax, a lancé une collecte de fonds pour offrir à ses élèves un terrain de jeux. Photo: CBC / Eric Woolliscroft
Radio-Canada

Des données sur les collectes de fonds réalisées par les écoles de la région d'Halifax indiquent une grande disparité entre les sommes récoltées par les établissements situés dans des milieux moins nantis et ceux qui se trouvent dans des secteurs mieux nantis.

Dans certains cas, des écoles recueillent quatre fois et demie plus d’argent que d’autres, situées à quelques kilomètres à peine.

C’est ce que démontrent deux années de rapports financiers de sept écoles primaires de la région d’Halifax, obtenus par CBC grâce à des demandes d’accès à l’information.

Les collectes de fonds organisées par l’école primaire Sir Charles Tupper, située dans le quartier sud d’Halifax, ont permis d’amasser en moyenne de 70 000 $ en dons au cours des années fiscales 2016 et 2017.

Cela a été accompli par différentes activités de financement : vente de magazines et de repas chauds, collecte de bouteilles consignées et organisation d’une dégustation de vins, par exemple.

En moyenne, les sommes récoltées à Sir Charles Tupper représentent un montant de plus de 360 $ par élève.

À l’inverse, l’école primaire Joseph Howe, dans le quartier nord d’Halifax, a récolté 15 000 $ en moyenne par an, ou 82 $ par élève.

Selon Statistique Canada, le revenu familial moyen dans le secteur autour de l’école Sir Charles Tupper est de 130 000 $ par année. Dans le secteur de l’école Joseph Howe, le revenu familial moyen s’élève à 55 000 $ par an.

Un homme annonce le bingo.Agrandir l’imageLe bingo est une activité de financement de l'école élémentaire Sir Charles Tupper, dans le quartier sud d'Halifax. Photo : @Tupper1930 / Twitter

Les écoles utilisent l’argent récolté lors des collectes de fonds pour financer des sorties spéciales pour leurs élèves, acheter de l’équipement sportif supplémentaire, des uniformes, des livres pour garnir leurs bibliothèques, des instruments de musique ou des articles de bureau, comme des marqueurs pour les tableaux blancs.

L’école Sir Charles Tupper s’est même payé un filtre à eau et des gradins pour sa chorale avec l’argent amassé. Une autre école primaire, l’École St. Catherine's Elementary, a ainsi payé les câbles pour brancher son projecteur.

Les sept écoles examinées emploient le même logiciel pour assurer le suivi de leurs activités de financement, bien que chacune l’utilise à sa façon, avec quelques différences. Les montants obtenus lors des collectes ne tiennent pas compte des dépenses qui peuvent être associées à la tenue de ces événements.

Une situation difficile à expliquer aux enfants

L’équation est simple, explique Alyson Hillier, une directrice d’école qui a pris sa retraite après 45 ans passés dans le domaine de l’éducation. Les capacités d’une école à recueillir des fonds est en directement liée à la situation financière des gens de la communauté qu’elle dessert.

Dans les quartiers mieux nantis, les parents ont aussi souvent des amis et des connaissances eux aussi à l’aise financièrement, améliorant d’autant plus le succès de leurs collectes.

Shaun Carvery vit dans le quartier nord d’Halifax et envoie son fils à l’école Joseph Howe. « On est la classe ouvrière ici, dit-il, il ne reste plus beaucoup d’argent pour contribuer à une collecte de fonds. »

Shaun Carvery.Agrandir l’imageShaun Carvery, père d'un élève de l'école Joseph Howe, dans le quartier nord d'Halifax Photo : CBC / Nina Corfu

M. Carvery indique que, dans les dernières années, les membres de la communauté et certains politiciens se sont joints aux parents pour réussir la collecte de fonds qui a permis de bâtir un nouveau terrain de jeux. Mais la plupart du temps, les ménages n’ont pas beaucoup d’argent à consacrer aux campagnes de financement.

Il n’est pas facile d’expliquer la situation aux enfants. M. Carvery dit que, lorsque les élèves de Joseph Howe visitent une autre école, la différence leur saute aux yeux et ils se demandent pourquoi leur école n’a pas les mêmes choses.

Clare Bilek, présidente de l’association parents-professeurs de l’école Sir Charles Tupper, mentionne sa surprise, lorsque ces enfants ont intégré le système scolaire, de constater tout ce qui n’était pas payé par le gouvernement.

Mme Bilek, une mère de quatre enfants, dit que l’expérience en milieu scolaire serait considérablement différente sans les efforts du groupe pour amasser des fonds. « Je ne sais pas ce qu’on ferait sans cela », dit-elle.

Une aide gouvernementale en fonction du nombre d'élèves

Cathy Montreuil, sous-ministre de l’Éducation en Nouvelle-Écosse, explique que la province ne collige pas de données sur les collectes de fonds effectuées par les écoles.

Elle fait valoir que la Nouvelle-Écosse a créé une subvention durant l’année scolaire 2014-2015 pour réduire la pression sur les écoles. En vertu de cette subvention, chaque école de la province reçoit automatiquement 5000 $, plus 1 $ par élève par année.

Le problème évident avec ce modèle est que tous les établissements sont admissibles à une aide équivalente, quels que soient leurs besoins respectifs.

Mme Montreuil indique que le rapport de la Commission sur l'intégration dans l'éducation, déposé en mars, recommandait un modèle de financement qui tiendrait justement compte des besoins et des manques dans chaque école, plutôt que de se fonder sur le nombre d’étudiants.

Une iniquité inévitable?

Gin Yee, qui était directeur du conseil scolaire régional d’Halifax avant que celui-ci ne soit démantelé le 31 mars dans le cadre de la réforme scolaire provinciale, dit que la disparité entre les sommes récoltées par les écoles dans le cadre de leurs collectes de fonds est inévitable.

Portrait de M. Gin YeeGin Yee était président du Conseil scolaire régional d’Halifax, dissous avec les autres conseils scolaires anglophones en mars 2018. Photo : Conseil scolaire régional d’Halifax

Certaines écoles seront toujours meilleures pour recueillir des fonds, affirme-t-il. Les écoles situées dans des milieux où la population a un faible revenu sont déjà considérées comme prioritaires et bénéficient de sommes supplémentaires injectées là où cela compte le plus, selon lui, c’est-à-dire en classe.

M. Yee dit que les collectes de fonds financent des choses qui ne sont pas considérées comme essentielles.

« C’est l’enseignant qui prodigue l’éducation », insiste-t-il. Investir dans les professeurs et réduire le nombre d’élèves par classe est selon lui ce qui importe auprès des jeunes.

Groupe d'enfants sur un petit bateau en mer.Agrandir l’imageL'argent recueilli par l'association parents-professeurs de l'école Sir Charles Tupper a permis aux élèves de 6e année de partir en excursion à l'île McNabs en 2016. Photo : @Tupper1930 / Twitter

Shaun Carvery souhaite un nouveau modèle de financement pour éliminer les disparités entre les écoles. Il se demande pourquoi les établissements dont les collectes de fonds connaissent du succès sont admissibles à des octrois gouvernementaux identiques à ceux qui sont incapables de recueillir autant d’argent de leurs donateurs aux revenus plus modestes.

En outre, il suggère de fixer un plafond pour les campagnes de financement. Toute école dépassant la limite maximale autorisée verserait la différence à un fonds, qui serait ensuite redistribué aux écoles ayant récolté moins d’argent, pourvu que celles-ci aient déployé des efforts équivalents. « Ça serait la seule manière juste de procéder », croit-il.

D'après des informations de Nina Corfu, de CBC

Avec les informations de CBC

Nouvelle-Écosse

Éducation