•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L'opposant historique malaisien Anwar Ibrahim, de la prison aux portes du pouvoir

Anwar Ibrahim, souriant, aux côtés sa femme et de sa fille.
Anwar Ibrahim est apparu aux côtés de sa femme et de sa fille, lors d'une conférence de presse tenue mercredi à Kuala Lumpur, après sa libération. Photo: Reuters / Lai Seng Sin
Agence France-Presse

L'ex-dirigeant de l'opposition malaisienne, Anwar Ibrahim, a été libéré de prison mercredi après avoir obtenu une grâce. Il estime que la victoire historique de sa coalition aux élections début mai ouvre une « nouvelle ère » pour ce pays d'Asie du Sud-Est.

Âgé de 70 ans, Anwar est sorti d'un hôpital de Kuala Lumpur où il avait été admis pour une opération à l'épaule sous le régime de la détention. Il a passé trois ans derrière les barreaux pour une condamnation en 2015 à cinq ans de prison pour sodomie, un crime dans ce pays d'Asie du Sud-Est à majorité musulmane.

Sa libération marque un spectaculaire retournement de situation politique dans cette ancienne colonie britannique multiethnique de 32 millions d'habitants, après le revers aux législatives du 10 mai de la coalition du premier ministre Najib Razak, sous lequel Anwar avait été emprisonné.

Les élections ont été remportées contre toute attente par la coalition d'opposition dirigée par Mohamad Mahathir, 92 ans, et soutenue par Anwar, ex-ennemi juré du nonagénaire.

Les deux hommes s'étaient réconciliés pendant la campagne, et Mahathir, redevenu premier ministre après une première période de chef de gouvernement (1981-2003), avait promis de céder la place à Anwar une fois celui-ci sorti de prison.

Dans les années 1990, Anwar avait été le bras droit de Mahathir avant d'être limogé en 1998 en raison de divergences politiques avec ce dernier, puis condamné l'année suivante à six ans de prison pour corruption et sodomie.

Anwar Ibrahim serre la main du premier ministre Mahathir Mohamad.Anwar Ibrahim serre la main du premier ministre Mahathir Mohamad, un ex-ennemi avec lequel il s'est réconcilié lors de la dernière campagne électorale, devant le palais royal, à Kuala Lumpur. Photo : Reuters / Department of Information/Krish Balakrishnan

Mais Anwar a indiqué mercredi qu'il avait pardonné Mahathir. « Enterrer la hache de guerre? Cela fait déjà longtemps. Je lui ai pardonné », a assuré Anwar, qui répondait à des questions sur Mahathir.

« Maintenant, c'est une nouvelle ère pour la Malaisie. Je dois remercier le peuple malaisien », a déclaré Anwar peu après sa libération, au côté de son épouse Wan Azizah Wan Ismail et d'autres membres de son parti politique.

Les Malaisiens à tous les niveaux, peu importe l'ethnie ou la religion, sont attachés aux principes de démocratie et de liberté. Ils demandent du changement.

Anwar Ibrahim

Mahathir a fait savoir qu'il resterait premier ministre pendant un ou deux ans, soit jusqu'à 94 ans au plus tard, et qu'il céderait ensuite la place à Anwar.

Ce dernier a indiqué que les deux hommes partageaient les mêmes objectifs consistant à réformer le pays et à mener des investigations sur l'énorme scandale de détournements de fonds dans lequel est empêtré l'ex-premier ministre Najib Razak, qui s'est vu signifier il y a quelques jours une interdiction de quitter la Malaisie.

Excédé par ce scandale au détriment du fonds souverain 1MDB, créé par Najib à son arrivée au pouvoir en 2009 pour moderniser le pays et endetté aujourd'hui à hauteur de 10 milliards d'euros (15,3 G$ CAN), Mahathir était sorti de sa retraite pour rejoindre l'opposition avant les législatives et prendre la tête d'une coalition formée de nombreux politiciens qui s'étaient opposés à lui du temps où il était un autoritaire chef du gouvernement.

Anwar Ibrahim s'incline devant Muhammad V.Anwar Ibrahim a présenté ses respects au roi malaisien Muhammad V au palais royal, à Kuala Lumpur. Photo : Reuters / Palais royal/Roskhadijah

Ce spectaculaire retour sur le devant de la scène politique suivi par la grâce et la libération d'Anwar nourrit les espoirs de changement exprimé par les électeurs qui ont sanctionné la coalition au pouvoir pendant 61 ans, accusée notamment de corruption.

Mercredi est « une journée mémorable pour tous les Malaisiens », a estimé Xavier Jayakumar, député de Keadilan Rakyat, le parti d'Anwar.

« La joie est comparable à la jubilation des Sud-Africains après la libération de Nelson Mandela », a estimé le parlementaire.

Libre, Anwar va cependant devoir patienter avant de pouvoir entrer au gouvernement. Il devra d'abord être élu au Parlement, après avoir été privé de son mandat en 2015 à la suite de sa condamnation pour sodomie, largement considérée comme politiquement motivée.

Politique internationale

International