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L’hymne national en français aux matchs des Jets? « Oui, oui » répondent des anglophones

Une femme chante dans une micro.
Stacey Nattrass, la chanteuse des hymnes nationaux aux parties des Jets. Photo: Radio-Canada

Alors que les Jets de Winnipeg sont la seule équipe canadienne encore en lice pour remporter la Coupe Stanley, une question occupe les partisans francophones de hockey : pourquoi l'hymne national ne serait-il pas, aussi, chanté en français? Une idée qui séduit le public anglophone.

Un texte de Barbara Gorrand

Si elle est particulièrement visible à travers le Whiteout, la ferveur des partisans des Jets est aussi très sonore. À chaque match de l’équipe de hockey, des milliers de partisans reprennent l’hymne national à pleins poumons, notamment au moment de scander les paroles « True North », devenues un cri de ralliement depuis que la firme True North Sports and Entertainment a ramené la franchise à Winnipeg en 2011.

Mais depuis quelques jours, une question revient : pourquoi l’hymne national serait-il uniquement chanté en anglais? Après tout, le « chant national » a tout d’abord été écrit par Adolphe-Basil Routhier en français, avant d’être adapté en anglais.

En la matière, il n’y a pas vraiment de protocole formel, explique Michel Vigneault, historien des sports à l'Université du Québec à Montréal et spécialiste de l’histoire du hockey.

« Les deux versions sont acceptées, précise-t-il. C’est souvent par convention, en fonction de la population locale que l’on chantera une version plutôt qu’une autre. Ainsi à Montréal et à Ottawa, on chante les deux versions des hymnes. Ailleurs au Canada, on chante plutôt l’hymne en anglais, alors que dans le reste du Québec, il sera chanté en français. »

Un homme est assis à un bureau alors que derrière lui on distingue des livres et un chandail de hockey.L'historien des sports et spécialiste du hockey, Michel Vigneault Photo : Radio-Canada

Pour les partisans francophones rencontrés dans les rues de Winnipeg ce mardi matin, la question semble évidente. « En tant que francophone, c’est quelque chose qu’il faut faire valoir. D’autant que plusieurs joueurs dans les équipes sont francophones », analyse par exemple Alexandrine McCue.

De son côté, Christian Dandeneau avoue ne s’être jamais vraiment posé la question. « Mais ce serait une bonne idée puisque le Canada est un pays bilingue », dit-il. Un avis partagé par Jalene Trudel, qui ajoute que Winnipeg étant une ville bilingue, le chant de l’hymne en français aurait toute sa place.

Le public anglophone favorable

Et le public anglophone semble lui aussi séduit par l’idée. Heather Baxter-Naughten se dit tout à fait d’accord : « Et pas uniquement aux matchs des Jets. Après tout, nous sommes censés être une ville bilingue. »

« Je n’y ai jamais pensé, mais je n’y serai pas opposé », confirme pour sa part Michael Hagen. Quant à Rachel Morrow, elle va même plus loin. « Saint-Boniface constitue une part importante de la scène culturelle de Winnipeg, et abrite la communauté francophone, alors oui, l’hymne devrait être chanté en français », affirme-t-elle.

Même le député fédéral de Saint-Boniface-Saint-Vital, Daniel Vandal, se dit favorable à un hymne bilingue : « Mais d’une façon qui permettrait aux partisans de continuer à crier le “True North!” en même temps. Ça, ce serait l’idéal. »

À cette problématique de traduction, l’historien des sports Michel Vigneault répond qu’il existe des versions bilingues de l’hymne national. « À Ottawa, on chante le début en anglais, puis le milieu en français et on termine en anglais. On pourrait ajuster cela de façon à permettre une version bilingue qui permette de conserver les mots True North en anglais », dit-il.

Quelle légitimité pour les hymnes en Ligue nationale?

Mais selon lui, le débat autour de l’hymne national, pour qu’il respecte l’égalité des genres ou qu’il soit adapté à la langue majoritaire, montre les limites de l’exercice.

« Les hymnes nationaux ont commencé pendant les guerres, par patriotisme, rappelle-t-il. Tout d’abord aux États-Unis, puis le Canada a suivi. Après les guerres, on a continué par tradition, mais il serait peut-être temps que ces hymnes nationaux disparaissent des événements sportifs de la Ligue nationale. Après tout, lorsque l’on regarde la composition des équipes, il faudrait chanter l’hymne canadien, américain, tchèque, russe, finlandais, suédois… ça deviendrait un peu trop long! »

Avec des informations de Denis-Michel Thibeault

Manitoba

Hockey